Biyana, 26 ans

Biyana, 26 ans

Photographie de la série Empreintes

Biyana, 26 ans

En 1944, les crimiens tatars ont été déportés sous le gouvernement de Staline. Ils ont dû aller en Sibérie, en Ouzbekistan ou au Kazakhstan. Mes grand-parents se sont retrouvés au Kazakhstan, une partie de la famille de mon grand-père en Sibérie et une partie de celle de ma grand-mère en Ouzbekistan. Beaucoup de familles ont été séparées, des milliers de gens sont morts en route. Il a été interdit à mon peuple de parler sa propre langue et surtout il n’avait pas le droit de revenir en Crimée. La séparation avec leur pays natal a été très douloureuse pour mon peuple et j’ai ressenti cette douleur à travers les histoires que mes grand-parents m’ont raconté. Quand enfin, ils ont eu le droit de retourner dans leur pays, en 1987, les crimiens ont été très mal acceptés par les russes et les ukrainiens qui se moquaient très méchamment de notre langue ou de nos prénoms par exemple. Encore aujourd’hui, un crimien tatar a du mal à trouver un emploi. Cela ne va pas durer longtemps car nous allons nous battre, dans le bon sens du terme, et nous serons acceptés comme n’importe ukrainien ou russe. Ma mère est crimienne tatar et mon père est kazakh. Je ne veux surtout pas ressembler à mon père et je fais tout pour oublier mes origines kazakhs. J’ai été élevée par ma mère et ses parents et je me considère comme une pure crimienne tatar. Je suis venue en France il y a cinq ans. Pendant un an et demi j’ai été jeune fille au paire, puis j’ai fait mes études à Strasbourg. Je me suis mariée il y a deux ans. Toute ma famille est en Crimée. C’est pourquoi je retourne dans mon pays au moins une fois par an et chaque fois que je reviens j’apporte des cadeaux à mes amis français auxquels je parle beaucoup de la Crimée. Malheureusement, je ne parle le crimien tatar que chez moi et j’ai tendance à oublier certains mots. Lors de mon dernier séjour là-bas, je me suis acheté un dictionnaire et des livres en crimien tatar.

Je sais que lorsque j’aurai des enfants, je leur transmettrai beaucoup de mes origines pour qu’ils en soient fiers.