Dominique, 54 ans

Dominique, 54 ans
Photographie de la série Empreintes

Dominique, 54 ans

Je suis d’origine congolaise. Je suis venu en France en 2002 pour fuir la barbarie meurtrière qui s’est abattue sur mon  pays le Congo Brazzaville depuis 1997. Le départ fut douloureux mais atteindre la France a été pour moi comme atteindre l’autre rive quand on coule dans un fleuve. Le choix de la France n’a pas été fait au hasard. C’est un pays que j’ai connu un peu depuis le berceau. Né pendant la colonisation française que mon pays a connu j’ai appris, comme tous ceux  de ma génération, que «mes Ancêtres étaient gaulois». Cette anecdote dit cependant une vérité qui fait que les gens de ma génération respirent la France et vivent dans cette double appartenance congolo-française. Dès mon CP, j’ai appris à lire et à compter en français, bref à penser en français. Les cultures congolaise et française m’ont véritablement façonné. J’étais déjà venu en France. Dans le prolongement de mes études universitaires, j’ai en effet, passé neuf ans en France de 1977 à 1986. L’arrivée comme le retour à cette époque ont été pour moi un mouvement logique. On venait faire des études dans des cycles d’études qui n’existaient pas sur place et on repartait dans son pays une fois les études terminées.

Le second voyage était forcé avec un sentiment de douleur d’avoir été arraché de sa terre par les contraintes de la guerre. L’ancrage ou plutôt l’insertion dans la vie française y était plus rude mais plus réelle. En même temps, il faut dire que le paysage socio-économique et politique a bien changé depuis. J’ai décidé d’y vivre malgré tout, mais les choses ne sont pas faciles. Je suis toujours persuadé que le back ground ou le socle de ma personnalité de base est un atout pour vivre l’écartèlement avec lucidité et discernement. Les jeunes générations comme celle de ma fille qui a treize ans ont, à n’en point douter, plus de mal à vivre cette double identité dans un monde où l’actualité nous rappelle constamment que nous sommes d’ailleurs. Heureusement qu’en France comme partout on se fait des amis qui nous réchauffent le cœur.