Ljiljana, 34 ans

Ljiljana, 34 ans

Photographie de la série Empreintes

Ljiljana, 34 ans

Je suis d’origine serbe par mes deux parents arrivés en France dans les années 70. Je suis née en France et y ai grandi. Cependant, je parle le serbo-croate et j’ai de la famille là-bas. Mes racines y sont encore. Mais plutôt que de parler de Serbie, je parlerais plutôt de Yougoslavie ou ex-Yougoslavie.

Je suis allée, bien-sûr en Serbie, au fin fond de la Serbie centrale. Je suis aussi allée en Slovénie, une des six républiques de l’ex-Yougoslavie, chez ma cousine qui y vit actuellement.
Quand j’étais plus jeune, j’y allais un mois par an environ pendant les vacances scolaires, jusqu’à ce que la guerre arrive…
Ma culture française et mon ignorance historique sur la Yougoslavie rendaient ces confrontations incompréhensibles et complétement irrationnelles. Cependant les discriminations occidentales et surtout locales françaises vis-à-vis des Serbes m’ont fait prendre parti : j’étais aux côtés de ceux de mon sang. Je ne saurais dire le nombre de fois où mon prénom a suscité des questions quant à mes origines, auxquelles je répondais: « je suis yougoslave », et on me rétorquait «oui, mais serbe ou croate?», pour dire en gros, « méchants ou gentils?»…Et j’avoue que ça en est devenu énervant. Dieu merci, je n’ai perdu personne de ma famille, la plupart vivait en Serbie.
Je me suis toujours sentie plus yougoslave que serbe. Je suis aussi française. Or, mon  patriotisme ressort vite quant on s’attaque à la Serbie. Je trouve que la double nationalité n’est pas chose évidente. Longtemps, on constate que quel que soit l’endroit où on se trouve, on est considéré comme un étranger. En vieillissant, heureusement ce sentiment s’estompe.
Depuis la fin de la guerre, je n’y suis retournée que deux fois, cette année et il y a deux ans. Il ne m’est pas évident de revenir aux sources car je me sens de culture française et une partie de mes racines se trouve ici. En devenant adulte, ce retour aux sources me paraît de moins en moins évident…