Pour mon village

On est arrivé là-bas le soir. On s’est perdu parce qu’on était vraiment dans la brousse. Et dans la brousse, il n’y a pas de route. A un moment, on est descendu de voiture et on a ramassé des cailloux pour, en quelque sorte, tracer le chemin à suivre par le chauffeur. Arrivés à la maison de mon oncle, on était tout couvert de poussière rouge. La poussière de la brousse. On a dormi ainsi « peints en rouge » et en plus transis de froid. La nuit, il fait très froid. Le lendemain matin, on nous a chauffé de l’eau et on s’est lavé avec les calebasses !

Cette aventure a décidé mon fils à fonder l’association « rêves d’Afrique » pour aider les villageois à avoir de l’eau. Mais cela a mis tellement de temps que ces derniers ont pensé qu’il avait changé d’avis.  Il a mis deux ans pour pouvoir récolter des fonds. Nous avons pu alors repartir au village avec une  pompe de forage.

Imaginez, il faut 17 personnes pour la transporter de la ville jusqu’à la brousse !

Tout le village en effervescence est venu assister au forage.
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Dire les maux

texte : miroirs de femmes, reflets de quartiers - illustration : Christian Maucler

En France plus d’une femme sur 7 est victime de violences conjugales. Celles-ci ne sont pas seulement physiques. Elles sont aussi psychologiques (critiques plus ou moins systématiques, contrôle de tous vos actes, interdictions diverses et humiliations en privé ou en public).
Au début, il n’y a pas nécessairement volonté de faire du mal de la part du compagnon, mais la frontière entre le simple mot et celui qui va trop loin est très fine. C’est la façon dont les mots sont dits, sont enfoncés qui va faire basculer les choses. Il y a aussi les attitudes, les silences.

La violence psychologique ne s’installe pas comme ça brutalement. C’est comme une toile d’araignée. La personne est dans un mouvement, dans un rôle dont on ne peut plus se sortir. Les deux sont dans une spirale de violence.

Ne vous dites pas que vous la seule et surtout pas que vous êtes seule. Subir les violences de son conjoint n’est pas une situation normale ou une fatalité. C’est tout simplement inacceptable.
Ne restez pas dans le silence et la peur. Pouvoir parler, pouvoir agir : c’est déjà s’en sortir.
Des [post=’8′ text=’professionnels’] peuvent vous aider à prendre une décision.
Psychologique, verbale ou physique, la violence isole. Ne la laissez pas s’installer ( le site stop-violences-femmes-gouv.fr vous donne beaucoup d’informations)
vous pouvez appeler le 39 19 (n° gratuit)

En France plus d’une femme sur 7 est victime de violences conjugales. Celles-ci ne sont pas seulement physiques. Elles sont aussi psychologiques (critiques plus ou moins systématiques, contrôle de tous vos actes, interdictions diverses et humiliations en privé ou en public).

Au début, il n’y a pas nécessairement volonté de faire du mal de la part du compagnon, mais la frontière entre le simple mot et celui qui va trop loin est très fine. C’est la façon dont les mots sont dits, sont enfoncés qui va faire basculer les choses. Il y a aussi les attitudes, les silences.

la femme du futur

L’action collective « Les elles du vendredi » co-animée par madame Anne Claire Malcuit,éducatrice de prévention spécialisée à l’ADDSEA avec deux assistantes sociales du centre médico-social de Planoise (Mme Palenciano et Mme Jeanningros), s’adresse à un groupe de femmes de tout âge, habitant le quartier de Planoise.
Cette action a pour objectifs principaux : l’estime de soi, la découverte d’activités culturelles, de bien être et l’expression des personnes, visant à une meilleure insertion sociale et professionnelle.

En avril 2009, nous avons accueilli la compagnie théâtrale Gravitation afin d’imaginer ensemble un futur idéal…
Les idées des femmes ont été notées par la compagnie qui s’en servira prochainement pour la création d’un spectacle de théâtre ayant pour thème « Now Futur » et qui se jouera au Nouveau Théâtre de Besançon du 23 au 27 novembre 2009.

Beaucoup d’autres groupes sollicités par les éducateurs de Prévention Spécialisée, ont participé à cette action avec Gravitation, notamment les élèves des collèges Diderot, Voltaire, le lycée Tristan Bernard et d’autres groupes de jeunes des autres quartiers de Besançon.

A la suite de cette rencontre avec les comédiens et le metteur en scène de la compagnie Gravitation, le groupe des « elles du vendredi » a décidé d’écrire un texte poétique en imaginant la femme dans le futur, texte qui a vu le jour au sein d’une activité de réalisation de foulards à porter lors de la fête des femmes organisée par les femmes des « elles » et celles participant au temps des mamans de la loulouthèque.

C’est dur d’être une femme aujourd’hui
Parce qu’elle n’est pas reconnue
Dans le futur, la femme sera soutenue et entendue
Tout au long de sa vie
La femme sera en haut
Et l’homme la couvrira de cadeaux
Il s’occupera des enfants
Fera le ménage de l’appartement
Il sera doux et attentionné
Il aimera discuter
Pour elle, son mari sera parfait
La femme n’est pas une bête
Mais ne se transformera pas en machine
Elle ne sera plus jamais analphabète
Et fera le métier qui lui plait
La femme sera critique
Elle fera de la politique
Dirigera la vie économique
Pour la femme du futur,
Plus rien ne sera dur…

Awatif, Hadda, Jacqueline, Kedidja, Nora, Sandrine, Souad. Participant « aux Elles du vendredi »

Une petite escapade entre filles

Une petite escapade  entre filles  entre 1000 étangs

Isabelle la potière

Tenacité et persévérence réflètent le caractère d »une femme qui se dit têtue et qui n’a de cesse de mettre en oeuvre son projet et vivre de son métier : potière.
Isabelle n’a pas hésité à ouvrir les portes dont celles du Centre National d’initiation de Formation et de Perfectionnement de la poterie et du grès.

Ma devise : « il y a toujours une porte qui s’ouvre.»

Mon histoire avec la poterie est tout d’abord une histoire de rencontres avec en filigrane un souvenir d’enfance : J’avais 5 ans.

Un voyage avec mon grand-père dans le Lot.

Un potier sous un arbre.

Il était grand, il était beau. L’image idéale de vacances.

Je me suis dit : c’est ce que je veux faire.

Puis j’ai grandi. J’ai fait mon petit bout de chemin.

Les aléas de la vie font que je me retrouve seule avec deux jeunes enfants.
Il faut reprendre les rênes de sa vie, aller de l’avant, se reconstruire, rechercher un emploi, etc.

Comment ? Se pose alors la question : qu’est-ce que j’aime faire ?  Cette image du potier sous son arbre et toute la sérénité qui se dégageait de lui ressurgit de ma mémoire. Voilà ! Je veux être potière.

Même si je suis rurale et très manuelle, je n’ai jamais travaillé la terre et encore moins de la poterie.

Mon histoire avec la poterie est bien toute une histoire de rencontres :

– D’abord avec ce potier de mon enfance.

– Aujourd’hui avec une conseillère de l’ANPE. Elle me tend une grosse enveloppe pleine de documents sur l’Ecole nationale de poterie. Elle passe un coup de fil pour un petit stage d’initiation.

Tout s’est fait dans l’heure : un véritable cadeau de la vie !!!

Reste la question du financement et du lieu du stage.

J’habite la Haute-Savoie, le CNIFOP est dans la Nièvre et il commence bientôt. Il faudra déménager.

A Dieu va !

Pas peur ! je fonce !

Je trouve des financements à droite et à gauche.

J’arrive à l’école avec mes deux gamines sous le bras !

Problème ! Pour l’hébergement il n’y a que le dortoir, les enfants ne sont pas prévus. Nous avons été superbement accueillies et au bout d’une semaine on nous a trouvé un petit logement.

La formation peut commencer sans trop de stress.

Tout a été simple. Je n’avais pas le sentiment d’être en apprentissage, d’avoir à faire un quelconque effort. C’est comme si mon corps avait enfoui un souvenir. Tout se délie et tout me paraissait naturel.

Les difficultés du métier ont commencé à m’apparaître quand j’ai commencé à transmettre mon savoir faire et à dire aux autres : regardez comme c’est facile, faites le. Eh bien, ce n’était pas si simple : maîtriser la terre, la caresser et la dominer en même temps.

Il faut 7 ans de tournage pour acquérir le métier. Pour cela, j’ai entrepris mon tour de France.

Mais auparavant, j’ai passé une année au Sénégal en Casamance où j’ai rencontré différentes ethnies de potières. C’est vraiment là qu’a commencé mon vrai apprentissage d’une autre vie. J’ai découvert une autre chaleur, une autre façon de penser et de vivre. Tout était différent de ce que j’avais connu auparavant.

Cette riche expérience sénégalaise m’a donné une nouvelle ouverture d’esprit qui fait que l’adaptation est déjà facile. L’Afrique m’a apporté ce regard de tolérance.

A mon retour en France, j’ai travaillé dans une grande poterie dans la Drome puis  dans le Lot. Les pièces étaient tellement grosses qu’on pouvait se cacher dedans !! Ensuite, j’ai travaillé plutôt de petites pièces plus délicates.

Enfin, il y a quatre ans, j’arrive à Besançon où il n’y a pas de potiers. Ils sont tous à la campagne.

En fait je suis venue à Besançon pour soutenir ma fille. Elle a 20 ans, un CAP de tourneur et un BMA. Actuellement elle est au chômage. C’est pour cela qu’aujourd’hui mon projet professionnel intègre ma fille. J’ai mon propre four mais pas encore d’atelier.  J’en cherche un pour nous deux.

Actuellement et transitoirement, je suis salariée- entrepreneur dans une coopérative au sein de laquelle nous pouvons rester pendant deux ans pour viabiliser notre projet. Au mois de décembre prochain, je devrais opter pour mon statut : soit je deviens coopératrice soit entrepreneur indépendant.

Après des mois de recherche, mon atelier va enfin ouvrir ses portes en septembre à Recologne (2 rue de Chevigney – mail : yzapot@)hotmail.com) où je pourrai fabriquer mes pots et transmettre mon savoir-faire par le biais de cours et de stages.

Fermé


Ouvert

On m’avait intégrée dans une CLIN

Meriem : « Nous sommes arrivés d’Algérie au mois de mai 1994.  A Alger j’étais au CM1 en arabe mais à l’école on nous apprenait le français à partir du CE2.  A Alger, le français est pratiquement une deuxième langue nationale.

On m’avait intégrée dans une CLIN où il y avait des enfants étrangers, beaucoup de Yougoslaves, qui ne parlaient pas le français. J’ai de vagues souvenirs de cette période, mais je me rappelle qu’on avait voulu me maintenir en CLIN, tout simplement parce que je venais d’Algérie ! Ma scolarité aurait pu être un vrai gâchis.

Aujourd’hui, j’ai fini une formation universitaire de haut niveau et j’ai intégré une grande entreprise où j’occupe un bon poste.

Je ne savais ni lire ni écrire le français

Johra : « J’ai quitté la campagne marocaine dans les années 80 pour rejoindre mon père à Besançon. J’avais alors 14 ans. Je ne savais ni lire ni écrire le français. D’ailleurs, je n’ai jamais été à l’école de ma vie. Je ne comprenais rien, mais rien en classe. Alors la maîtresse me disait «tu es trop grande, tu perds ton temps en classe, il vaux mieux aller apprendre la couture.»  Aujourd’hui, j’ai 35 ans et je n’ai toujours pas digéré que ces paroles de la maîtresse, pour moi elle ne voulait pas s’occuper de moi ». 

Pour une école de la première chance

Quand une famille étrangère arrive en France, à Besançon en l’occurrence, elle a deux priorités : faire les démarches nécessaires auprès de la préfecture pour obtenir un titre de séjour et inscrire les enfants à l’école.

Si les démarches administratives pour l’école sont très simples, l’intégration de l’enfant -quand il parle peu, voire pas du tout la langue française ou qu’il est trop âgé pour sa classe de référence – peut se relever très problématique.

Madame Joëlle Cailleaux a dirigé pendant 20 ans le collège Diderot dans le quartier de Planoise, véritable melting-pot de cultures. Elle nous relate son expérience.
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Défi…lé

Chaque semaine, « en partant d’un rien », elles redonnent vie à des vêtements, des lés de tissus dont plus personne ne veut, créent des accessoires en matériaux divers. En mars 2009, elles ont accepté de participer au défilé de la boutique ELZA.

Pour toutes ces jeunes créatrices, le maître mot de cette belle aventure, c’est la confiance, c’est : oser. Oser faire face à des obstacles.

Elles se retrouvent, depuis deux ans pour certaines d’entre elles, chaque semaine sous la houlette bienveillante de Bernadette, conseillère en économie sociale et familiale, à l’Espace solidaire Centre Ville du CCAS de Besançon. Elles habitent différents quartiers de Besançon.

Chaque semaine, « en partant d’un rien », comme l’explique avec beaucoup de malice Patricia, elles redonnent vie à des vêtements, des lés de tissus dont plus personne ne veut, créent des accessoires en matériaux divers.

Au fil du temps une relation amicale s’est tissée avec ELZA une boutique de dépôt-vente de vêtements dans le quartier de Saint Claude. Cette dernière leur cède gracieusement certains invendus. C’est donc naturellement qu’ ELZA propose à ces petites fées de participer à son défilé annuel au Petit Kursaal de Besançon le 23 mars dernier : Une grande aventure pour Carole, Marie-Line, Lioudmilla, Béatrice et Chantal, Patricia et les autres. Un vrai défi !

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S’initier au code de la route

Le 12 mai 2009

Aujourd’hui, elles sont toutes, ou presque toutes, là pour faire un premier bilan.

Comment l’apprentissage se passe ? Quelles sont les difficultés rencontrées ? Et puis Paula finit son stage à la fin de la semaine et doit réintégrer l’IRTS ! !

Un tour de table s’organise :

Pour Habiba : « c’est compliqué, mais ça me donne du courage. Dans une auto école, avec tous les jeunes autour de moi, je ne pourrai pas. »

Pour Soraya : « Des fois c’est rouge, des fois c’est vert.»

« Moi, je n’ai fait que du rouge.» lance une voix au bout de la table.

« Quand je ferai zéro faute, j’irai m’inscrire à l’auto école. Ici, j’ai appris à utiliser l’ordinateur, à chercher sur Internet. C’est la première fois, mais maintenant je sais bien.  A la rentrée, on aura Internet à la maison, alors je pourrai plus m’entraîner parce qu’une fois par semaine c’est insuffisant. Mais quand je sors avec mon mari, il m’interroge sur les panneaux qu’on rencontre sur la route. Il m’explique quand je ne sais pas.»

Plusieurs d’entre elles disent l’importance de l’aide du mari et de la famille d’une façon générale. Très motivées, maintenant qu’elles ont appris à manipuler l’ordinateur et Internet, elles s’exercent à la maison pour celles qui le peuvent.

Yasmine ne lit ni n’écrit le français, aussi c’est très difficile pour elle car beaucoup de mots et surtout de tournures de phrases sont totalement incompréhensibles.

« Moi, j’ai peur que ça s’arrête et que le groupe ne vienne plus, alors je serai découragée.»

« Oh non ! réplique vivement Yamina, c’est notre rêve à toutes : on a commencé à parler de ce projet en novembre 2008.»

Agréable surprise : Djouahra qui, découragée par tant d’échecs, refusait de participer au projet est là et ne lâche pas. Quand je suis arrivée en France, dit elle, je ne parlais pas un seul mot de français, je ne comprenais rien. Je ne sais pas lire, pas écrire.» 

Mais ça, c’était avant, lui  répliquent les copines, faut s’accrocher ! Tu sais bien,  madame …, elle ne parle pas du tout le français et elle conduit !

Les panneaux : c’est une langue des signes compréhensible par tous.

Nadia a déjà le permis, mais elle a besoin de venir ici pour apprendre le code français. Elle a passé son permis au Maroc et dit-elle, « les panneaux sont différents. Pas facile, pas évident pour les gens qui ne comprennent pas trop la langue.» explique t-elle.

-«Je lis, mais je ne comprends pas, alors je demande à Hanane qu’est ce ça veut dire en arabe.» 
-«Demande à ton mari !!!»

-«Il me montre sur Internet.»

Malgré les difficultés de vocabulaire des unes et des autres, elles s’accrochent, s’entraident. Elles  comprennent l’importance  non seulement des mots  mais aussi des subtilités de la langue, car le jour de l’examen c’est un vocabulaire  très  précis qui sera utilisé par l’inspecteur.

Actuellement, on peut dire que toutes ces jeunes femmes dynamiques et très attachantes font en quelque sorte de l’auto formation à la cyberbase avec Paula et l’animateur qui viennent à la rescousse avec force de dessins ou de gestes quand c’est trop dur à comprendre.

L’association AGIR abcd viendra bien apporter  son savoir faire dans l’apprentissage de la langue. Ses bénévoles viendront à partir de septembre. 

Dans cette expérience, au-delà du simple apprentissage du code de la route c’est toute la dynamique que ce projet engendre qui est importante : apprentissage ou perfectionnement de la langue française, familiarisation et démystification de l’outil informatique et autonomie, parce que toutes ces jeunes mamans sont très volontaires, elles apprennent pratiquement toutes seules, elles continuent pour celles qui en ont la possibilité à la maison. Elles prennent confiance, se donnent confiance mutuellement. Elles prennent conscience qu’elles peuvent dépasser les obstacles  de la langue.

Une auto-école est positionnée pour préparer le groupe à l’examen. Une première mise en situation d’examen devrait avoir lieu à  la mi juin.

Pour plusieurs d’entre elles : obtenir le permis de conduire c’est non seulement un point supplémentaire pour la recherche d’emploi, mais aussi l’autonomie : accompagner les enfants, se déplacer sans être tributaires des uns et des autres, etc.

Elles continueront à fréquenter la cyberbase jusqu’aux vacances estivales.

Celles qui ne partiront pas, pourront continuer à venir quand elles le souhaitent à la cyberbase. 

Toutes ont signé un contrat d’engagement pour mener  à bien leur projet.
Entre temps, les projets de partenariat continuent de se tisser entre l’Espace solidaire du CCAS, la MJC, la Bibliothèque du quartier. Les représentantes des apprenantes participeront aux réunions des partenaires. Elles sont les mieux placées pour défendre leur projet.