On m’avait intégrée dans une CLIN

Meriem : « Nous sommes arrivés d’Algérie au mois de mai 1994.  A Alger j’étais au CM1 en arabe mais à l’école on nous apprenait le français à partir du CE2.  A Alger, le français est pratiquement une deuxième langue nationale.

On m’avait intégrée dans une CLIN où il y avait des enfants étrangers, beaucoup de Yougoslaves, qui ne parlaient pas le français. J’ai de vagues souvenirs de cette période, mais je me rappelle qu’on avait voulu me maintenir en CLIN, tout simplement parce que je venais d’Algérie ! Ma scolarité aurait pu être un vrai gâchis.

Aujourd’hui, j’ai fini une formation universitaire de haut niveau et j’ai intégré une grande entreprise où j’occupe un bon poste.

Je ne savais ni lire ni écrire le français

Johra : « J’ai quitté la campagne marocaine dans les années 80 pour rejoindre mon père à Besançon. J’avais alors 14 ans. Je ne savais ni lire ni écrire le français. D’ailleurs, je n’ai jamais été à l’école de ma vie. Je ne comprenais rien, mais rien en classe. Alors la maîtresse me disait «tu es trop grande, tu perds ton temps en classe, il vaux mieux aller apprendre la couture.»  Aujourd’hui, j’ai 35 ans et je n’ai toujours pas digéré que ces paroles de la maîtresse, pour moi elle ne voulait pas s’occuper de moi ». 

Pour une école de la première chance

Quand une famille étrangère arrive en France, à Besançon en l’occurrence, elle a deux priorités : faire les démarches nécessaires auprès de la préfecture pour obtenir un titre de séjour et inscrire les enfants à l’école.

Si les démarches administratives pour l’école sont très simples, l’intégration de l’enfant -quand il parle peu, voire pas du tout la langue française ou qu’il est trop âgé pour sa classe de référence – peut se relever très problématique.

Madame Joëlle Cailleaux a dirigé pendant 20 ans le collège Diderot dans le quartier de Planoise, véritable melting-pot de cultures. Elle nous relate son expérience.
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Défi…lé

Chaque semaine, « en partant d’un rien », elles redonnent vie à des vêtements, des lés de tissus dont plus personne ne veut, créent des accessoires en matériaux divers. En mars 2009, elles ont accepté de participer au défilé de la boutique ELZA.

Pour toutes ces jeunes créatrices, le maître mot de cette belle aventure, c’est la confiance, c’est : oser. Oser faire face à des obstacles.

Elles se retrouvent, depuis deux ans pour certaines d’entre elles, chaque semaine sous la houlette bienveillante de Bernadette, conseillère en économie sociale et familiale, à l’Espace solidaire Centre Ville du CCAS de Besançon. Elles habitent différents quartiers de Besançon.

Chaque semaine, « en partant d’un rien », comme l’explique avec beaucoup de malice Patricia, elles redonnent vie à des vêtements, des lés de tissus dont plus personne ne veut, créent des accessoires en matériaux divers.

Au fil du temps une relation amicale s’est tissée avec ELZA une boutique de dépôt-vente de vêtements dans le quartier de Saint Claude. Cette dernière leur cède gracieusement certains invendus. C’est donc naturellement qu’ ELZA propose à ces petites fées de participer à son défilé annuel au Petit Kursaal de Besançon le 23 mars dernier : Une grande aventure pour Carole, Marie-Line, Lioudmilla, Béatrice et Chantal, Patricia et les autres. Un vrai défi !

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S’initier au code de la route

Le 12 mai 2009

Aujourd’hui, elles sont toutes, ou presque toutes, là pour faire un premier bilan.

Comment l’apprentissage se passe ? Quelles sont les difficultés rencontrées ? Et puis Paula finit son stage à la fin de la semaine et doit réintégrer l’IRTS ! !

Un tour de table s’organise :

Pour Habiba : « c’est compliqué, mais ça me donne du courage. Dans une auto école, avec tous les jeunes autour de moi, je ne pourrai pas. »

Pour Soraya : « Des fois c’est rouge, des fois c’est vert.»

« Moi, je n’ai fait que du rouge.» lance une voix au bout de la table.

« Quand je ferai zéro faute, j’irai m’inscrire à l’auto école. Ici, j’ai appris à utiliser l’ordinateur, à chercher sur Internet. C’est la première fois, mais maintenant je sais bien.  A la rentrée, on aura Internet à la maison, alors je pourrai plus m’entraîner parce qu’une fois par semaine c’est insuffisant. Mais quand je sors avec mon mari, il m’interroge sur les panneaux qu’on rencontre sur la route. Il m’explique quand je ne sais pas.»

Plusieurs d’entre elles disent l’importance de l’aide du mari et de la famille d’une façon générale. Très motivées, maintenant qu’elles ont appris à manipuler l’ordinateur et Internet, elles s’exercent à la maison pour celles qui le peuvent.

Yasmine ne lit ni n’écrit le français, aussi c’est très difficile pour elle car beaucoup de mots et surtout de tournures de phrases sont totalement incompréhensibles.

« Moi, j’ai peur que ça s’arrête et que le groupe ne vienne plus, alors je serai découragée.»

« Oh non ! réplique vivement Yamina, c’est notre rêve à toutes : on a commencé à parler de ce projet en novembre 2008.»

Agréable surprise : Djouahra qui, découragée par tant d’échecs, refusait de participer au projet est là et ne lâche pas. Quand je suis arrivée en France, dit elle, je ne parlais pas un seul mot de français, je ne comprenais rien. Je ne sais pas lire, pas écrire.» 

Mais ça, c’était avant, lui  répliquent les copines, faut s’accrocher ! Tu sais bien,  madame …, elle ne parle pas du tout le français et elle conduit !

Les panneaux : c’est une langue des signes compréhensible par tous.

Nadia a déjà le permis, mais elle a besoin de venir ici pour apprendre le code français. Elle a passé son permis au Maroc et dit-elle, « les panneaux sont différents. Pas facile, pas évident pour les gens qui ne comprennent pas trop la langue.» explique t-elle.

-«Je lis, mais je ne comprends pas, alors je demande à Hanane qu’est ce ça veut dire en arabe.» 
-«Demande à ton mari !!!»

-«Il me montre sur Internet.»

Malgré les difficultés de vocabulaire des unes et des autres, elles s’accrochent, s’entraident. Elles  comprennent l’importance  non seulement des mots  mais aussi des subtilités de la langue, car le jour de l’examen c’est un vocabulaire  très  précis qui sera utilisé par l’inspecteur.

Actuellement, on peut dire que toutes ces jeunes femmes dynamiques et très attachantes font en quelque sorte de l’auto formation à la cyberbase avec Paula et l’animateur qui viennent à la rescousse avec force de dessins ou de gestes quand c’est trop dur à comprendre.

L’association AGIR abcd viendra bien apporter  son savoir faire dans l’apprentissage de la langue. Ses bénévoles viendront à partir de septembre. 

Dans cette expérience, au-delà du simple apprentissage du code de la route c’est toute la dynamique que ce projet engendre qui est importante : apprentissage ou perfectionnement de la langue française, familiarisation et démystification de l’outil informatique et autonomie, parce que toutes ces jeunes mamans sont très volontaires, elles apprennent pratiquement toutes seules, elles continuent pour celles qui en ont la possibilité à la maison. Elles prennent confiance, se donnent confiance mutuellement. Elles prennent conscience qu’elles peuvent dépasser les obstacles  de la langue.

Une auto-école est positionnée pour préparer le groupe à l’examen. Une première mise en situation d’examen devrait avoir lieu à  la mi juin.

Pour plusieurs d’entre elles : obtenir le permis de conduire c’est non seulement un point supplémentaire pour la recherche d’emploi, mais aussi l’autonomie : accompagner les enfants, se déplacer sans être tributaires des uns et des autres, etc.

Elles continueront à fréquenter la cyberbase jusqu’aux vacances estivales.

Celles qui ne partiront pas, pourront continuer à venir quand elles le souhaitent à la cyberbase. 

Toutes ont signé un contrat d’engagement pour mener  à bien leur projet.
Entre temps, les projets de partenariat continuent de se tisser entre l’Espace solidaire du CCAS, la MJC, la Bibliothèque du quartier. Les représentantes des apprenantes participeront aux réunions des partenaires. Elles sont les mieux placées pour défendre leur projet.