« On m’appelait la veuve »

Elle n’a aucune idée de son âge. Elle dit que ses rides et son dos parlent pour elle. Ses parents lui ont raconté qu’elle est née «l’année des Américains » ! [1] Elle, qui ne sait ni lire ni écrire, elle a comme ça des repères historiques qui jalonnent sa vie. Elle s’est mariée quand il y a eu le tremblement de  terre d’El Asnam.[2] Son mari et plusieurs jeunes du village sont partis en France à la saison des figues.

Continuer la lecture

« …Alors on reconstruit son environnement originel. »

Comme beaucoup d’autres de sa génération, Habiba est un témoin averti de l’histoire de l’immigration, de son intégration, des difficultés rencontrées pour y parvenir ou pas, enfin de son évolution ethnologique et socioéconomique.

« Je suis née à l’Escale (dans le quartier des Founottes) dit-elle. C’était une cité de transit qui accueillait beaucoup d’immigrés. Pourtant il y avait peu de mixité. On était parqué par communautés parce qu’à l’époque  l’Administration ne voulait pas de mélanges. On habitait une cité de transit mais c’était plus « luxueux » que chez ceux qui vivaient dans des roulottes. » Continuer la lecture

Aller vers le meilleur de soi-même

–         Identité et  représentation sociale

–         Violences psychologiques

–         Reconstruction de soi

Ce  sont autant de thématiques que nous avions voulu traiter. Il nous a paru utile, voire évident,  de clore ce travail avec la thématique de la beauté, tant l’image prend de plus en plus   le pas dans la vie sociale et dans la sphère intime.

Ce que nous ne voulions surtout pas, c’était d’aborder la question sous l’aspect de l’esthétisme ou du consumérisme.

Nous avions plein d’idées et savions quel message faire passer, mais au fur et  à mesure de nos  échanges, nous constations combien le sujet est vaste et complexe car très subjectif.

La notion de beauté a évolué à travers les âges et les civilisations. Elle diffère d’une culture à l’autre.

Chacune et chacun de nous a sa propre  appréhension de la beauté, mais l’image qu’on renvoie et qu’on se renvoie peut parfois être fortement influencée par le regard de l’Autre, les stéréotypes, le matraquage des marchands de beauté.

Ne pas se laisser  entraîner dans cette spirale, au risque de se perdre. L’important c’est  d’être  soi car comme le dit si bien J.Salomè « c’est  à tout âge et chaque matin qu’une femme devient femme, en affirmant ses choix, en allant au bout de ses désirs, en acceptant d’aller vers le meilleurs d’elle-même. »

S’initier au code de la route

Aux Clairs soleils, des jeunes femmes dynamiques, entreprenantes montent des projets innovants. Pour se donner confiance et dépasser leurs difficultés linguistiques, après l’obtention du brevet aux premiers secours, certaines d’entre elles s’attèlent à l’initiation au code de la route à la cyberbase du centre martin Luther King avant de franchir la porte d’une auto école.

7 juin 2010

La formation est maintenant terminée.Le groupe d’apprenantes a passé l’examen pour l’obtention du code de conduite depuis un peu plus d’un mois. Et comme convenu depuis le début, nous nous retrouvons au Centre Martin Luther King pour faire le point de cette expérience.  Sur les 16 candidates, 2 ont obtenu le fameux sésame pour commencer l’apprentissage de la conduite. D’aucun diront peut-être  que c’est peu, cependant on peut affirmer que l’expérience est très positive. Les candidates malheureuses l’ont manqué de très peu, puisqu’en grande majorité elles ont fait entre 6 et 8 fautes.  Ce qu’il faut retenir de cette expérience si particulière c’est que :

– toutes ces jeunes mamans se sont accrochées à ce projet dont la genèse remonte à novembre 2008.  Pour certaines c’était la première fois de leur vie qu’elles passaient un examen. Joignant le geste à la parole  Yamina confie :  » j’ai très stressée. J’avais le boitier entre les mains et mon cœur battait, battait très fort. Entendre mon coeur me gênait.

-toutes ont décidé de se représenter à l’examen en septembre, vacances estivales obligent. Elles ont déjà fait des devis et opté pour une auto école.

– Elles ont donné envie à d’autres femmes du quartier de se lancer dans l’expérience.

Au delà de l’apprentissage du code de la route, elles sont contentes  d’avoir « pris contact avec l’informatique avec Internet » pour certaines et d’avoir amélioré leur niveau de français pour d’autres.

Si le permis de conduire leur ouvre des voies, pour nombre d’entre elles, ce document s’inscrit dans une démarche professionnelle. Elles insistent pour le faire savoir. « Nous, ce que nous voulons, c’est avoir les outils pour pouvoir travailler.

Nous avons nos projets professionnels. Leila titulaire du BEP couture veut passer son bac pro et monter sa micro entreprise.

malika  n’a pas travaillé pendant un certain temps pour se consacrer à ses enfants. Aujourd’hui, elle se retrouve chef de famille. Elle  souhaite reprendre ses études et faire une formation pour être auxilliaire de vie auprès de personnes âgées. Et pour exercer , un véhicule est indispensable !

Asma, récemment arrivée en France a un diplome anglais d’ ingénieur en génie civil. Elle   attend une réponse à sa demande d’équivalence.

Les cinq jeunes femmes présentes à notre ultime rencontre, parlant au nom de toutes les candidates affirment combien cette expérience est importante.  Ce projet a montré combien elles sont capables d’aller au bout d’une aspiration. C’est aussi « un exemple pour nos enfants. Nous avons dépassé nos difficultés et nos appréhension et nous voulons aller plus loin. Nous en sommes capables. On doit nous faire confiance.  »

Continuer la lecture

La France est désormais ma patrie

La France est désormais ma patrie

J’ai quitté Alger où je suis née à 9 ans.

J’ai quitté Besançon où j’ai grandi à 18 ans.

J’ai quitté Lyon où j’ai fait mes études à 24 ans.

Aujourd’hui, je vis à Paris où je travaille comme fiscaliste dans une grande entreprise.

Demain ? Je ne sais pas.

Suis-je un oiseau migrateur ?

Je pense que quelque part cela a été un bon apprentissage et j’ai pu ainsi développer une grande capacité d’adaptation.

Au début c’était très difficile. J’ai perdu le monde, mon monde. Je ne voulais plus parler ou qu’on me parle de l’Algérie. Je disais toujours « l’Algérie est derrière la mer. On n’en parle plus. » Je m’étais murée dans une sorte de silence.

Continuer la lecture

Le rêve d’Yvonne

On m’avait beaucoup parlé d’Yvonne METE Nguemeu, de son livre « Femmes de Centrafrique, âmes vaillantes au cœur brisé », de son engagement pour les femmes dans son pays natal. Cela m’a donné très envie de faire sa connaissance.  Puis le  hasard  des rencontres ayant fait son oeuvre, rendez-vous fut pris.

Moment intense que cette rencontre traversée par de fortes vagues d’émotion !

« On parle mieux de ce qu’on fait »

Moment de souvenirs, de nostalgie très discrète d’une enfance hyper protégée par la bienveillance du père, de rêves d’étudiante, d’interrogations aussi : « à cinquante deux ans qu’as-tu fait de ta vie ? As-tu été utile pour ton pays d’origine et ton pays d’accueil ?».

Continuer la lecture

Aider ici aussi

Je suis créatrice de bijoux.

Au début, j’ai commencé à faire des bijoux et c’est ce qui m’a sauvée. Puis j’ai voulu créer ma propre boutique de produits africains.  Il fallait voir ma motivation et mon enthousiasme ! Pourtant, je n’avais trouvé personne pour m’aider à monter mon projet ! On m’a même fortement découragée. Vous savez ce qui m’été répondu un jour ? « Ici, on est en Franche- Comté. Les Francs-comtois n’aiment que leurs produits régionaux ! ».

Malgré tous les obstacles, j’ai tenu bon. Je m’accrochai avec la plus grande énergie à mon projet. Je répondais à tous ceux qui me décourageaient : « je vais essayer et si ça ne marche pas, j’aurai quand même essayé.  Mon projet a enfin vu le jour. Aujourd’hui avec le recul je me dis : pendant l’élaboration de mon projet, je croyais que tous ceux qui ne me disaient pas oui immédiatement voulaient me décourager. Aujourd’hui, avec le recul, après avoir réussi, je me dis, en fait les gens voulaient tester mes motivations.

Donc, j’ai ouvert ma boutique Rêves d’Afrique. Ma première boutique était située au fond d’une cour. Je partais en Afrique et rapportais des produits de grande qualité, pas des faux produits pour touristes. Mon choix se portait sur de véritables pièces de tissage, des perles, différents produits très recherchés. Petit à petit, je me suis fait  ma clientèle. J’ai commencé à créer mes propres bijoux et décidé de travailler avec des coopératives africaines et latino-américaines. Comme je n’avais pas d’argent pour payer le fret, je prenais ma voiture pour récupérer mes produits et aussitôt arrivée à Besançon, le plus souvent de nuit, je livrai mes clients. Le dimanche je renouvelais ma vitrine. Cela a duré plusieurs années. Mes affaires marchant bien j’ai pu déménager de mon arrière cour pour un magasin plus spacieux  dans une rue bien fréquentée.

J’ai pu démontrer que j’avais raison de m’accrocher à mon projet. Pendant toute cette période, j’ai formé beaucoup d’apprentis. J’accueillais beaucoup de jeunes défavorisés à qui on avait refusé un stage. J’ai décidé de donner leur chance à ces derniers parce que combien de fois quand j’appelais pour un poste, on me disait « oui venez ! »

– « vous êtes sûre ! »

-« oui, oui »

Lorsque je me présentais pour l’entretien d’embauche on me disait : « désolée, je ne savais pas que mon mari avait déjà donné la place ».

Au bout d’un moment vous comprenez quelles sont les véritables motivations de ces refus. Vous comprenez que ce n’est pas seulement professionnel.

C’est la vie. Il ne faut pas être amer. Alors si  un jour vous occupez cette place d’employeur et qu’à vous-même on ne vous avait pas donné votre chance, aidez ceux qui sont défavorisés si ces derniers sont motivés.

Au bout d’une dizaine d’années, j’ai cédé ma boutique à mon fils. Aujourd’hui, je sais que je sais que je suis capable de mener à terme un projet.

Safia s’investit aussi beaucoup pour aider son village natal au Burkina (cf. « [post=’154′ text=’Pour mon village’] »)

Pourquoi je témoigne !

Aujourd’hui je veux témoigner parce que la bipolarité n’est pas une maladie anodine et qu’elle peut avoir des conséquences personnelles, sociales, douloureuses et parfois dramatiques.

Je suis suivie psychiatriquement depuis plusieurs années. En fait, depuis mon enfance,

Je me croyais simplement dépressive et je me disais  « je vais m’en sortir » : il y a tellement de gens qui m’ont dit s’être sortis de la dépression !

Puis en début d’année, mon médecin m’a expliqué que je souffrais de troubles bipolaires, que la bipolarité est une maladie qui ne guérit pas et que je serais sous traitement toute ma vie.

Quel choc ! !

Continuer la lecture