Souvenir d’enfants

Pour les  personnes arrivées en france à l’âge adulte, les souvenirs du contact avec leur nouveau pays restent longtemps vivaces même si paradoxalement au fil du temps ils sont de plus édulcorés. Qu’en est-il alors pour les enfants ?  Il y a quelques mois j’étais en contact avec des jeunes femmes des Clairs soleils.   Ce sont de jeunes mamans pour la plupart, toutes très dynamiques en tous cas. Elles ont environ entre 25 et 35 ans. Certaines sont nées ici en France, d’autres , aînées de leur fratrie étaient jeunes voire en très bas âge lorsqu’ en en 93 /94, elles ont rejoint le père immigré en 93 /94 et si elles sont attachées au pays de leurs ancêtres elles ne le sont pas moins à la France : leur propre pays natal.

J’ai eu envie de leur demander quel souvenir le plus frappant elles gardaient de leur arrivée à Besançon, même si pour beaucoup notre ville  n’a pas été leur destination première.

 Pour un grand nombre d’entre elles, c’était l’école et surtout l’accueil de la maîtresse. Elles sont unanimes : « nous n’oublierons jamais notre maîtresse d’école. Aujourd’hui nous n’aurions jamais été accueillies comme nous l’avions été. »  (elles étaient en CLIN  ou classe d’intégration pour les primo arrivants).

Malika  très enjouée avoue avoir été fascinée par un jeune garçon de sa classe; un Suédois : »pour moi, il était comme un grand soleil tellement il était blond. J’arrivais  d’un petit village marocain et je ne connaissais que des enfants bruns. Uneblondeur pareille a été un choc pour l’enfant que j’étais alors.  »

Johra : « J’ai quitté la campagne marocaine dans les années 80 pour rejoindre mon père à Besançon. J’avais alors 14 ans. Je ne savais ni lire ni écrire le français. D’ailleurs, je n’avais jamais été à l’école de ma vie. Je ne comprenais rien, mais rien en classe. Alors la maîtresse me disait «tu es trop grande, tu perds ton temps en classe, il vaux mieux aller apprendre la couture.»  Aujourd’hui, j’ai 35 ans et je n’ai toujours pas digéré que ces paroles de la maîtresse, pour moi elle ne voulait pas s’occuper de moi ». 

Elles ont pratiquement toute eu la même maitresse et elles ont souhaité la revoir après tant d’années. Lorsque les retrouvailles ont pu être organisées, ce fut un moment d’intense émotion où larmes, souvenirs, rires étaient intimement mêlés. Autre souvenir marquant : la réaction des grands parents à l’annonce du départ des petits enfants et de leur maman pour rejoindre le père en France depuis plusieurs années.

Amusée, Lila raconte :  » lorsqu’elle  a appris que mon père allait nous emmener en France, ma grand-mère a caché puis déchiré nos passeports. « 

Zohra explique : Mon père a dû refaire faire deux fois le passeport de ma mère, car à chaque fois mes grand parents le détruisaient. En fait, ils étaient tristes et affolés en même temps. Mon père étant absent, nous vivions chez nos grands parents et notre présence auprès d’eux étaient la garantie que l’exil de notre père était temporaire. Nous, l’ayant rejoint, les grands-parents étaient persuadés qu’ils perdaient à jamais leur fils.

Farida TOUATI

Regard de femme sur sa place dans la société

11 avril 2011

Nous avons reçu les premières photos de Magali qui sont magnifiques . Elles nous montrent la vie quotidienne d’une communauté  inconnue de nous, habitations, habillements, paysages et  lieux de travail.

Pour visionner les photos : cliquer sous le lien ci dessous

.http://www.flickr.com/photos/magalijeanningros/sets/72157626446697922/show/

4 avril 2011

Nous continuons à prendre des contacts pour rencontrer le plus de femmes possibles.

  20 mars  2011 

Aurélien  et Magali sont partis pour 3 mois en Chine à la rencontre de la société matriarcale des Mossuos.

Avant de partir, Aurélien nous a remis un appareil d’enregistrement afin d’assurer la continuité du projet et a demandé à ses collègues de nous aider techniquement en cas de besoin, ce qu’ils ont accepté gentillement.

Nous espérons avoir prochainement des nouvelles de nos deux voyageurs.

14 mars 2011

De janvier à mars, nous avons rencontré 4 groupes de femmes  de différents quartiers de la ville, à savoir :

un groupe de Planoisiennes accompagnées par une éducatrice de l’ADDSEA  ;

un groupe de femmes participant à un atelier couture sur le Centre Ville ;

un groupe de femmes étrangères nouvellement arrivées à Besançon ;

un groupe de femmes habitant le quartier de la Grette.

Après avoir présenté le projet, nous nous sommes entretenu avec les personnes qui souhaitaient y participer.

A ce jour, nous avons déjà réalisé 11 interviews.   A chaque fois les femmes se sont montré très intéressées par ce projet. Si pour certaines, il a été assez facile de s’exprimer, pour d’autres cela a été difficile car c’était la première fois qu’on leur demandait leur avis. Nous apprécions beaucoup ces rencontres avec des femmes de tous horizons avec lesquelles nous pouvons échanger nos expériences et qui se sentent en confiance avec nous. Ce que nous aimons aussi dans ce projet c’est qu’il permet à beaucoup de femmes de « s’ouvrir » et de se valoriser.

31 janvier 2011

De Novembre  2010 à Janvier, nous avons travaillé pendant plusieurs séances sur lélaboration du questionnaire.

Nous avons été attentives au choix des questions pour qu’elles soient simples, accessibles et en lien  avec  notre projet.

Nous avons testé ce  questionnaire au sein de notre groupe en utilisant du materiel d’enregistrement. Cela a été pour la plupart d’entre nous une nouvelle expérience c’est à dire de nous retrouver dans un rôle de « journaliste ».

Aurélien nous a fait visiter Radio Campus pour mieux connaitre le travail , l’ambiance dans un studio radio.

visite à Radio campus

Christine s'essaie au micro

Lors de cette visite, Magali  quant à elle, nous a présenté son travail de photographe. Nous avons beaucoup apprécié sa façon de photographier les personnes qu’elle a rencontrées.

Au fur et à mesure des séances, nous nous sommes approprié le projet et nous sommes à l’aise, en confiance. Cette confiance en soi nous parait indispensable pour pouvoir rencontrer et interroger d’autres femmes.

20 décembre 2010

Aurélien Bertini, journaliste à Radio Campus et Magali Jeanningros, photographe, nous ont proposé de nous associer à leur projet sur la place de la femme dans différentes cultures. Ces derniers iront découvrir une société matriarcale : celles   des Mosuo (le royaume des femmes) en Chine.

Quant à nous, nous irons à la  rencontre de Bisontines de cultures et de générations différentes pour recueillir leur regard sur leur place dans la société. Nous utiliserons différents supports : photos, prises de son .

L’objectif de ce projet à travers ces différentes rencontres est de valoriser la diversité culturelle dans la société française. Ces différents regards  feront l’objet d’une exposition « Regards croisés » en lien avec les portraits réalisés par Aurélien et Magali.

Nous tiendrons un journal de bord tout au long de ce projet.

Si vous souhaitez y participer, contactez nous soit par mail, soit au 03.81.25.00.91.

Devenir français, est-ce juste obtenir des papiers ?

 

La culture française m’a toujours imprégnée, avant même mon installation en France il y a deux décennies de ça.

Je suis née en Algérie, alors département français, à Alger plus précisément. Ma langue d’usage, voire ma langue maternelle était et demeure en quelque sorte le français. Mon père, instituteur, nous a appris à lire et  à écrire cette langue avant même d’entrer en maternelle. Ma mère, quant à elle, nous enseignait la langue arabe pendant les grandes vacances scolaires. C’est dire, qu’à la maison nous parlions, réfléchissions, rêvions naturellement en français.  Chez nous, nous avons toujours parlé français.

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