Miroirs d’elles

Une plume libre pour écrire et décrire le groupe « Miroirs de femmes » et l’expérience vécue le 7 décembre 2011  » Lecture à voix autres » à travers leurs mots:

Karima : Je ne sais pas où on trouve la force pour dépasser sa timidité. Je me suis dit : « Chanter en arabe devant des personnes que je ne connais pas, non, ce n’est pas possible » ! J’ai souhaité être un papillon, celui de ma comptine, et m’envoler mais comme par magie, je me suis vue me présenter devant le public et chanter. J’ai vu les yeux emplis de douceur m’encourageant  à continuer. A cet instant bref, j’étais à la fois dans les bras de ma maman, dans mon « bled » et ici, à la bibliothèque, dans mon nouveau pays.

Lioudmila : Ici ou là bas…j’essaye de remplir chaque moment de mon existence avec des choses qui me comblent. Cette expérience, (elle réfléchit un instant) oui, en effet, en Russie j’enseignais l’anglais aux enfants dans une école primaire. Et là, devant les petits et leurs parents je retrouvais la  Lioudmila d’avant. Le cœur bat bien fort quand les sentiments brodent des œuvres autour de lui.

Sona : J’ai un travail à accomplir. Une trace à laisser à mes enfants et mes petits-enfants. Leur permettre de garder des liens avec l’Arménie. Présenter des comptines dans ma langue devant le public c’est aussi rendre hommage à ma mère qui chantait si bien. J’appréhendais ce moment, mais ce jour-là, une force inexplicable  m’a donné des ailes.

Christine : (d’abord un rire du fond du cœur) J’ai dit oui parce que j’aime chanter ! Parce que je suis fière de vous « amener » au bord de la rivière de mon enfance, au Congo. Le son du lingala est magique et quand on y croit, la magie se produit. La musique traverse des paysages inconnus et fabuleux. Les gens devant moi avaient l’air heureux,  j’étais si contente !

Julienne : Je devais partir travailler et je suis restée en me disant : tant pis si j’ai du retard pour une fois ! Tous ces visages d’enfants et de leurs parents valent  mille fois mieux que tous les papiers et les mots qui vous parlent de « vivre ensemble ». Là, dans la simplicité de cette rencontre je me suis sentie la bienvenue et celle qui peut donner un peu de soi, de son pays. A travers une berceuse pour les petits qui réunit les deux Congo-s. Qui réunit les gens. Le monde.

Chantal : A part mon accent franc-comtois, je n’en ai pas d’autres. Je suis celle qui vous dira « bonjour » en français et qui est très fière d’être membre du groupe « Miroirs de femmes ». Dans la solitude encore plus prononcée de la journée pluvieuse du 7 décembre, j’avais envie d’être parmi ma « petite famille adoptive ». Chaque accent, chaque chanson, peu importe la langue, c’était une caresse pour ma p’tite Sophie, ma girafe, seul souvenir de mon enfance. Ce fut une journée où mon cœur a vu plus clair que mes yeux.

Floriane : Je suis très heureuse d’avoir fait partie de cette expérience. Je me suis sentie « intégrée » au groupe « Miroirs de femmes » ahahah ! J’ai été très émue de pouvoir partager la langue de ma grand-mère avec des enfants et leurs parents. Cela m’a permis à la fois de me rapprocher de mes origines espagnoles et aussi de me rappeler la si belle diversité de mon pays, la France.

Nineli : Le chemin de confiance (en soi, aux autres) est long et il n’est pas toujours lisse. Il faut du temps et j’espère être à « l’heure » pour le rendez-vous prochain. (elle a contribué par écrit avec une comptine en géorgien).

Tanja : Rendre visible « un jardin » dans lequel chaque fleur a sa propre histoire, sa beauté et sa fragilité. L’entretenir par ce qu’il enrichit le paysage. Prendre soin de « la culture » pour qu’elle puisse être sur une terre fertile et  donner la naissance à des « variétés » encore plus belles et plus solides.

Françoise : Habituer les oreilles des petits-enfants à entendre des mots venus d’autres pays, ça ne peut que les rendre plus tolérants vis à vis des autres, les différents, les « pas comme eux », les étranges, pour qu’ils ne soient pas inquiétants.
C’était une belle expérience !
Les enfants étaient si attentifs devant ces femmes qui avaient dépassé leur timidité pour transmettre un message dans leur langue dont elles étaient si fières ce jour-là.