Paris : Une vie bien mouvementée

(les noms sont des pseudonymes)

Je suis née en 1935, à Port-Royal dans le 14eme arrondissement de Paris. J’ai grandi en banlieue, d’abord à Villiers sur Marne, puis à Créteil, dans un petit pavillon entouré d’une cours et d’un jardin, remplacés aujourd’hui par des immeubles.

Créteil, première école, première cours de récréation, premières petites amies, celles qui me voyant un peu à l’écart vinrent me prendre la main, m’entraînant dans la ronde, petite anecdote qui n’a plus aujourd’hui, de visage mais dont le geste reste. Créteil toujours, promenades dominicales sur les bords de la Marne non loin des guinguettes, de leurs lampions et flonflons. La barque et la marche étaient nos loisirs, les trottoirs verglacés en hiver, notre patinage…

1939, sirène des alertes, descente aux abris, mobilisation, mon père part sur le front du coté de Lisieux. Pour ma mère ma sœur et moi, c’est l’exode en « zone libre », du coté de Giat, au centre de la France. Après les péripéties du voyage : mitraillés sur les routes et dormir dans le foin, nous y sommes restés peu de temps, je crois, à peu près tranquilles, ravitaillés à coup de tickets de rationnement.

maisonRetour à Paris dans un train lent et faiblement éclairé de petites ampoules bleues. Il stoppait souvent en pleine campagne, toutes les lumières éteintes, à la moindre alarme aiguë et plaintives des sirènes annonçant une bataille aérienne. Le ronflement accéléré des avions, le bruit des obus, des mitraillettes suivaient. La peur était en chacun de nous.

A Paris, à la gare de Lyon, plus de trafic, plus de transport. Paris semblait désert, vidé, défait. Nous avons pris place dans les seuls taxis en usage en cette période : vélos attelés d’une remorque, pour rejoindre notre père démobilisé à Créteil. Celui-ci, employé à la Régie Autonome des Transports Parisiens, fut muté en forêt d’Othe non loin d’Auxerre, afin de produire du charbon de bois, seul carburant possible pour faire marcher les autobus cette année là.

Nouveau départ et déménagement en Bourgogne, dans l’Yonne où, jusqu’en 1944 nous avons vécu, une vie campagnarde, dans une petite maison agréablement entourée d’un parc fait d’une belle allée de tilleuls, sapins, haies de lilas et potager. En montant ses stères, Papy, comme beaucoup, en profitait pour faire aussi de la résistance. Notre voisinage, des fermiers, nous aidaient et nous ravitaillaient, moyennant quelques petits travaux au moment des fenaisons et des moissons. Je n’ai pas le souvenir de réelles privations mais je vivais, bien sûr, dans l’imaginaire heureux de mon enfance. Les adultes, eux percevaient plus que moi les réalités du moment.

tourEn 1945, retour vers Paris, à St Maur des fossés. C’était la crise du logement et notre hébergement était d’anciens box à chevaux, réaménagés pour nous, très étroits et inconfortables.

Avec l’opportunité d’un appartement libre dans le 11ième arrondissement, vers la place de la Bastille, c’est pour nous un nouveau déménagement.

J’avais 16 ans et pour la première fois, je regrettais de partir et de quitter mes amies, mes sorties de vélo en forêt de Sénart, mes petites activités, mon lycée.

Cependant, ce quartier populaire chaleureux m’a bien vite charmé : rue de Lapes et ses boîtes, rue de la Roquette, son marché, ses vitrines bigarrées…

C’est à ce moment là, je crois, que Paris « m’a prit dans ses bras » et ses monuments, ses magasins, ses spectacles, ses jardins, ses fontaines, son métro sont encore gravés en moi.

J’y ai fini mes études d’infirmière et travaillais à peu près un an au service pour enfant, avant de rencontrer mon futur époux natif d’un petit village de l’Ain. Il gagnait son pain à Vénissieux, banlieue de Lyon. Il était momentanément à Paris, caserné Place Balard pour y accomplir son service militaire, armée de l’air.

fourviereDéchirée, j’allais à Lyon et m’embauchais dans la même entreprise que lui, à Venissieux, avec l’idée d’en partir très vite après avoir aidé à monter quelque peu notre ménage. J’eus deux enfants, Marie-Claire, née en 1962 puis Florence, née en 1965. J’y restais 33 ans et nous habitions Bron. Les salaires étaient corrects mais des horaires bien pleins, pas de chômage ou très peu nous a incité à faire construire une maison.

Départ de Bron à Satolas, petit village sans commodité et d’un mode de vie encore très rangé. Autre façon de vivre, donc, différente de ce que jusque là j’avais aimé, mais pour y avoir vécu en partie j’aimais aussi beaucoup la campagne et la nature. Je m’y fis ! Pour 30 ans, émaillés de feux de bois, de journées bucoliques…

J’oubliais Paris d’autant que pour y être retournée plusieurs fois pour faire des stages professionnels, j’en revînt souvent déçue par ses nouveaux aspects ; plus négligés me semblait-il et avec l’impression d’avoir été trahie par lui. Mais cela est le coté subjectif qui assaille, parfois. Lorsqu’on revient sur les lieux qui ont marqué la jeunesse.

J’étais restée à l’écart de Lyon, cette belle ville chargée d’une histoire, d’une culture, à proximité des Alpes, je ne m’y suis pas admise. Je l’ai donc à peine quitté après le décès de mon compagnon, il y a deux ans. J’ai vendu la maison et aujourd’hui je suis ici, en Franche-Comté, plus près de mes enfants.

notredameJ’ai élu domicile, cette fois, dans une petite ville à la campagne, paisible, agréable, tous ce dont j’ai besoin et où, je l’espère, je me sentirais, enfin chez moi.

En ce qui me concerne, je peux donc dire que mes déplacements n’ont pas été motivés par le goût du voyage, de l’évasion (que j’éprouve par ailleurs) mais sont consécutifs aux rencontres et aux événement de ma vie m’amenant à faire des choix.

Laura

Portugal : Tel est le destin

M-A V., de son nom de jeune fille T., est née le 10 avril 1954, dans un petit village qui porte le nom de Bouça, situé vers Covihã au Portugal. Elle est la fille de C. T. et de A. T., tous deux nés et maintenant décédés au Portugal. Son père était ouvrier dans une usine en ville ; elle ne le voyait pas souvent, en général le soir lors du repas. En effet, il travaillait dur pour pouvoir nourrir toute la famille. Sa mère, elle, était mère au foyer. Dans l’ancien temps, une très grande majorité des femmes mariées étaient femmes au foyer. Elles devaient s’occuper de leurs nombreux enfants, de leurs animaux ainsi que de leurs récoltes personnelles. A. a eu avec son époux six enfants. Elle devait donc s’occuper d’eux tout en gérant l’ensemble du ménage.

M-A a suivi une courte scolarité dans son village natal. Du temps de son enfance, l’école se terminait à l’âge de 11 ans, les élèves passaient un diplôme pour évaluer leurs compétences. Seul les plus riches pouvaient poursuivre leurs études dans les grandes villes ; mais M-A était d’une famille très modeste qui n’avait pas les moyens de payer les études à leurs enfants. De plus M-A est allée à l’école jusqu’à l’âge de 12 ans, puisque alors qu’elle n’était âgée que de 11 ans elle tomba gravement malade et ne put se rendre à l’école durant trois mois. Son institutrice décida de la faire redoubler à cause du retard qu’elle avait pris.

Puis vint son premier voyage en France en septembre 1970. Elle avait 16 ans. Son père était déjà en France. Il avait trouvé du travail en tant que ouvrier. Elle est venue en France pour aider sa belle sœur à s’occuper de ses enfants. En effet l’un des frères de M-A était parti à l’armée et sa femme s’était retrouvée seule avec déjà trois enfants. M-A fit le voyage seul. « Ce fut un très long voyage » dit-elle ; certainement dû à la distance et aussi au conditions du voyage, puisqu’elle prit tout d’abord un taxi, puis un autocar dans lequel il y avait beaucoup de personnes, aucune qu’elle connaissait.

Elle vivra un an chez sa belle sœur. Puis sa maman la rejoint et elles s’installèrent dans un petit appartement avec son père à Pontarlier. A 16 ans et demi, elle commença à travailler à l’hôtel de la poste comme femme de ménage. C’était son premier vrai travail. Elle savait qu’elle devait travailler dur sans rien dire car c’était une chance que la jeune immigrée trouve du travail comme cela. Elle en garda des bons souvenir, comme le jour où Alain Delon était client de l’hôtel lorsqu’il tournait « Les granges brûlées ». Mais aussi des mauvais souvenirs, lorsque ses collègues la faisait passer pour coupable des fautes qu’elle ne commettait pas, parce qu’elles étaient jalouses.

En 1971, M-A trouve un travail en usine elle fera la rencontre de Manuel V. Elle le connaissait déjà puisqu’il habitait le village à côté de chez elle au Portugal. Mais elle ne lui avait jamais adressé la parole. Tout alla très vite entre eux.

Le 12 mai 1973 elle se maria à l’église Saint-Bénigne de Pontarlier où nombre de personnes de sa famille se déplacèrent pour l’événement. Mais d’autres ne viendront pas puisque les mariés vivaient dans le pêché. En effet, M-A attendait un enfant. Et comme les Portugais sont très pointilleux sur la religion chrétienne, cela était considéré comme un pêché. C’est le 8 octobre 1973 que M-A mit au monde le premier de ses quatre enfants.

M-A et son époux ne retournèrent jamais au Portugal, sauf pour passer des vacances. Mais ils ont le projet de repartir plus tard.

Annabelle

Algérie : Comme si c’était hier

Histoire imaginée

Gilbert Garcia né à Alger en 1941. Son père Guillermo est espagnol et sa mère Berthe est française. Ils se rencontrent en Espagne en 1920 et peu de temps après se marient et partent vivre en Algérie. Il est le cadet d’une famille de quatre enfants, un frère plus grand et deux sœurs plus petites.

Alors que Gilbert est à peine âgé de six ans, ils partent pour Barcelone en 1947. Là bas son père travaille en tant qu’ouvrier qualifié dans le fer et sa mère reste à la maison. Gilbert est très vite envoyé à l’orphelinat car leur vie ne leur permet pas de subvenir aux besoins de toute la famille. Son frère le rejoint une semaine après. L’orphelinat représente en ce temps là une école et un endroit où l’on peut dormir et manger à sa faim. Il en fait voir de toutes les couleurs aux religieuses. N’étant pas croyant, ni pratiquant, ne comprenant pas grand-chose à la religion, il se révolte. Il ne fait pas ses devoirs, fait pipi au lit ou ne mange pas son repas du soir. Son père meurt quelques mois après son entrée.

Quand il atteint ses seize ans Gilbert s’engage dans l’armée. Il apprend dans ce système très strict à obéir aux ordres et à se contrôler. Il apprend également à conduire des voitures et des camions. En 1963, il est âgé de vingt-deux ans et a fini son service militaire. Il décide de quitter l’Espagne pour la France. Il rencontre une jeune femme qui a un sacré caractère, presque le même que lui à vrai dire. Ils se marient et ont une petite fille, née le 3 novembre 1964. Comme il est chauffeur routier, il n’est pas souvent à la maison, et à chaque fois qu’il rentre à la maison des disputes éclatent avec sa femme. Il la quitte en 1974. Sa fille est alors âgée de dix ans.

Au cours de ses voyages, Gilbert a la chance de faire escale en Corse où il rencontre sa deuxième femme. Sa fille à vingt ans. Il s’installe en Corse et profite de sa vie avec la femme qu’il aime. Sa fille se marie à l’âge de vingt-trois ans en France. Ayant trop de tensions entre son père et sa mère, son père n’assiste pas au mariage. Elle lui rend visite en Corse alors qu’elle est enceinte de quatre mois de son premier enfant qui est une fille. Elle découvre donc son père et sa vie. Il travaille à ce moment là dans le BTP. Après quinze ans de vie en Corse, il décide de revenir vivre en France à Aix en provence.

Alors que Gilbert a quarante six ans, une de ses sœurs meurt. Sa fille réapprend à le connaître, car n’ayant pas pu voir son père pendant presque toute son adolescence, elle perçoit un vide dans sa vie et souhaite que ses enfants connaissent leur grand-père. Sa petite fille est née en 1990, elle s’appelle Isabelle. Il est installé à Aix, dans un appartement au dessus de la poste, car sa femme y travaille. En 1992, il fait un safari au Kenya. Son petit fils né en 1993, s’appelle Benoît. Gilbert est alors âgé de cinquante-deux ans. Dans la même année, il a un accident du travail. Il est arrêté jusqu’à la fin de sa vie. Il achète une maison dans le même village et vit confortablement avec sa femme. Il n’aura pas d’autres enfants. Il effectue des travaux dans la maison. Il garde toujours le contact avec sa fille, son frère et sa dernière sœur qui meurt l’année d’après. Sa fille vient le voir tous les ans au mois d’août. Il gâte ses petits enfants du mieux qu’il peut, car il ne les voit pas souvent. C’est un homme honnête, courtois, poli et très serviable. Il est adoré de tous.

C’est alors que survient le plus grand malheur de sa vie. Le 25 décembre 2005, il apprend qu’il est atteint du cancer du pancréas. Gilbert et sa femme sont tous les deux sous le choc et n’en reviennent pas. Il entreprendra pendant un an des soins, comme la chimiothérapie, la prise de cachets. Mais rien y fait. Il s’éteindra le 27 décembre 2006 à l’âge de soixante-cinq ans. Sa femme est épuisée, toute sa famille est sous le drame ainsi que ses amis. Ils viendront tous à la cérémonie et n’oublieront jamais cet homme incroyable, qui les a tant fait rire.

Algérie : Algérie – France, un parcours marquant

Z. B. est né dans un petit village de Kabylie, en Algérie française, dans les années 1925-1930, aucun livret de famille ne pouvant attester l’année précise. Sa mère ayant contracté la rubéole durant sa grossesse, il vint au monde avec une atrophie du bras gauche, ce qui ne l’empêchait pas d’être très habile bien qu’il n’ait pas d’avant-bras. Malheureusement, ce handicap mal accepté par sa famille, et le décès prématuré de sa mère peu après sa naissance, en firent un peu le souffre-douleur de tous. Sa belle-mère lui déléguait l’éducation de ses frères et sœurs et il fréquentait peu l’école.

Son rêve était de rejoindre la France qu’il aimait. Il disait que c’était son pays. Seuls ses grands-parents le soutenaient, et à leur décès, il s’enfuit pour rejoindre la métropole. Il débarqua à Marseille en pleine guerre d’Algérie, sans papier et sans un sou en poche. En auto-stop il monta à Paris où il rêvait d’y trouver un travail et un toit. Ce fut la galère durant quelques années, avec souvent la faim au ventre. SDF avant l’heure, disait-il en riant, et sans beaucoup s’étendre sur cette période difficile où les petits boulots se succédaient et où chaque soir il fallait trouver un endroit pour dormir. Jusqu’au jour où il rencontra Denise Legris, handicapée, car née sans bras et peintre avec la bouche. Au sein de son association il rendait service et cela lui permit de trouver un travail dans une imprimerie de la région parisienne.

Z. B. entreprit alors des démarches administratives afin d’obtenir définitivement la nationalité française. Sans état civil, l’administration définit qu’il était né un 1er janvier entre 1925 et 1930. Durant dix années il renouvela sa demande avant d’obtenir la réalisation de son vœu le plus cher : être français. Ce petit homme sec, ne se plaignant jamais, connut alors quelques ennuis de santé dus à la malnutrition et à la fragilité de ses poumons pour avoir séjourné dans des lieux malsains.

Sur les conseils d’un médecin il partit faire des cures à Amélie-les-Bains. Lors d’une de ces cures, en 1974, il rencontra Élisabeth qui, comme lui, était curiste et avait également eu de gros problèmes de santé. Une amitié lia ces deux personnes au seuil de la quarantaine et ils décidèrent de se revoir à leur retour à Paris.

Cette amitié sincère se transforma au fil du temps en amour. Leurs différences de culture et de situation ne les rebutèrent pas et ils se marièrent en 1976. La famille d’Élisabeth accueillit Z. B. un peu froidement au début, mais il su conquérir les jeunes, car il était avide d’apprendre et de partager. Ce nouvel oncle était un pur bonheur, car il apportait le soleil et la naïveté.

Élisabeth faisait partie d’une chorale dans la région parisienne et Z. B. y fut accueilli chaleureusement, tant pour sa joie de vivre que pour son immense disponibilité. Il passa son permis de conduire afin de pouvoir accompagner sa femme aux répétitions, et surtout pour éviter les 2 h de trajet matin et soir pour se rendre à son travail, de l’autre côté de Paris. Il aurait pu être chauffeur de taxi tellement il connaissait les rues, les sens interdits et les raccourcis possibles de la capitale et de sa banlieue.

La chorale possédait un camp de vacances en Bretagne qu’il découvrit à l’occasion d’un séjour. Il régalait les visiteurs par son couscous et cela ne le gênait pas d’en préparer pour cent personnes. Il était généreux du cœur et, ayant trop souvent manqué de nourriture enfant et au début de son séjour en France, il ne lésinait pas sur les quantités. Il y avait toujours de tout à profusion.

Z. B. était émerveillé de découvrir comment cuire un crabe et décortiquer les pattes d’une araignée de mer. Les enfants adoraient l’accompagner à l’auberge pour récupérer des pains de glace. Il n’y avait pas encore d’électricité sur le camp donc pas de réfrigérateur. Les enfants l’aidaient à porter la glace jusqu’au coffre de la voiture, et en remerciement, il leur offrait une boisson fraîche ou une glace.

Il était astucieux et avait inventé quelques accessoires pour faciliter la vie de chacun sur le camp et la sienne en particulier, afin que personne ne lui fasse reproche de son handicap.

A l’occasion de divers concerts à l’étranger, il découvrit le Québec, le Brésil, la Norvège, l’Autriche. A chaque fois il ramenait des souvenirs à ses neveux et nièces, et des quantités de photographies qu’il prenait plaisir à leur commenter avec force anecdotes.

Arriva le moment où l’imprimerie dut licencier du personnel en raison de la restructuration avec un autre groupe. Il était possible à Z. B. de partir en préretraite avec une certaine indemnité, ce qu’il fit. Il profita un temps de cet arrêt d’activité professionnelle pour entreprendre des travaux dans leur pavillon, afin de le rendre plus confortable et moderne, pour le plaisir de voir la joie d’Élisabeth une fois les travaux réalisés. Elle adorait les rosiers et, une année, il lui fit la surprise d’en planter en forme de E dans le petit jardin derrière la maison.

Mais le temps lui paraissant long, il rechercha un autre travail et fit le siège de l’ANPE locale. Après maintes tentatives d’entretien sans suite, de refus dus à son handicap ou à son âge, il fut embauché comme réceptionniste à l’accueil d’un grand hôpital de la région parisienne. Il était connu de tout le personnel hospitalier et des ambulanciers pour sa bonne humeur et son sens de la précision afin de ne pas perdre de temps lors de l’acheminement d’un malade.

Au bout de quelques années, comme sa femme, Z. B. prit enfin une retraite bien méritée. Ils en profitèrent pour voyager à l’étranger et en France et rendre ainsi visite à la famille dans l’Est et le sud-est. Lors d’un séjour à Annecy, il eut un grave malaise cardiaque et fut rapatrié dans l’hôpital où il avait précédemment travaillé. Mais cette fois, il était le malade. Depuis ce jour, il se déplaça avec une bouteille d’oxygène. Une installation fut réalisée dans la maison avec une valve, afin de basculer l’arrivée d’oxygène le soir dans la chambre à coucher située à l’étage, et la journée dans le reste du rez-de-chaussée. Il passait beaucoup de temps dans la véranda qu’il avait fait aménager dans le fond du jardin, en regardant Élisabeth s’occuper de son jardin et de ses rosiers en particulier.

Il avait toujours le sourire et comme il disait « je nargue la mort, elle n’a pas encore voulu de moi ». Malheureusement, un soir, a-t-il oublié d’ouvrir complètement cette valve ou y a-t-il eu un défaut, mais l’oxygène n’a pas été diffusée uniformément et le matin il fut pris d’un malaise. Paniquée, Élisabeth alerta les secours qui sont intervenus rapidement. Ils transportèrent Z. B. à l’hôpital le plus proche où il séjourna dans le coma durant quelques jours avant de s’éteindre doucement. C’était en octobre 1999.

groupe berberes

C. S

Cuba : La vie de Roberto

Histoire imaginée

Roberto DA COSTA naquit le 2 février 1957 à La Havanne, une très grande ville de Cuba. Malgré la richesse de cette ville, plus particulièrement grâce au tourisme, Roberto et sa famille habitaient un bidonville à quelques pas « del centro habana ». Roberto vécut avec ses parents qui vendaient des légumes sur une petite place de la ville et sa sœur qui les aidait. Lui mendiait, revendait des objets qu’il récupérait dans les décharges, ou encore aidait les employés de l’entreprise la plus proche pour gagner un peu d’argent. La famille Da Costa, bien qu’elle vive dans la misère, était très liée. Les membres de cette famille s’aimaient, faisaient preuve de solidarité les uns envers les autres et se débrouillaient toujours pour survivre malgré leur pauvreté.

Mais le régime dictatorial de Fidel Castro était très dur à supporter. Quand ses parents et sa petite sœur allaient sur le petit marché pour vendre leurs légumes, la police politique, chargée de surveiller la population venait en fin de journée et les obligeait à donner une part de leur argent. Plus les jours avançaient, plus les parts demandées par la police étaient grandes. Mais les Cubains n’avaient pas le choix ; la dictature était sévère. De plus, la police profitait de son statut pour profiter des plus faibles. Les opposants étaient torturés, tués ou mis en prison. C’est donc pour cela que Roberto et sa famille ne disaient rien. Les libertés étaient réduites, aucune liberté d’expression n’était accordée, et la presse officielle était surveillée de très près par le gouvernement.

Un jour que la sœur de Roberto était malade, il fut obligé de la remplacer pour aller au marché. Ils partirent. Quand la fin de la journée arriva, ils aperçurent la police qui venait comme tous les jours chercher de l’argent. Le père de Roberto prit la décision de ne plus se laisser faire par la police et ordonna à sa femme et à son fils de courir. La police les rattrapa, mais Roberto avait réussit à s’échapper, et s’était caché derrière un petit mur. Il vit son père se faire frapper jusqu’au sang, pendant que l’autre policier tenait sa mère. Son père s’évanouit, et sa mère se retrouva face aux deux policiers. Elle tremblait et les suppliait de la laisser partir. Mais les deux jeunes hommes rigolèrent aux éclats. Ils prirent tout son argent, lui donnèrent un coup de pied violent et partirent en ricanant.

fidel castroRoberto, la main devant la bouche pour s’empêcher d’hurler, vînt au secours de sa mère pendant que son père reprenait conscience. Sur le chemin du retour, un grand silence était présent. On entendait encore les pleurs de sa mère ; elle se calmait petit à petit. Mais son père et lui restèrent forts et silencieux. Une fois arrivés dans leur bidonville, la petite sœur de Roberto les questionna. Sa mère lui raconta, mais bien sûr, pour ne pas la rendre triste, elle lui dit qu’il n’y avait rien de grave, que c’était juste une petite altercation. Mais le visage de la femme prouvait le contraire, marqué de terreur. Roberto était choqué et très triste pour sa mère, il avait à cette époque seize ans. Le lendemain, personne ne vit la famille DAa Costa au travail. Roberto n’osait plus sortir, et son père pensait sérieusement à s’exiler en Europe pour protéger sa famille.

Une solution mit plusieurs jours à arriver : le père de Roberto appela un ami qui pouvait les aider à quitter le pays. Roberto était très soulagé d’apprendre que lui et sa famille pouvaient fuir ce régime dictatorial et toutes les injustices qui allaient avec. Le 21 mai 1973, ils prirent place clandestinement dans un bateau en partance pour la France. Le voyage fut long, avec, pour Roberto, la peur de se faire prendre à l’arrivée .

Mais tout s’est finalement bien passé. Toute la famille fut accueillie chez un ami de l’homme qui les avait aidés. Les parents de Roberto trouvèrent du travail, ils pouvaient ainsi scolariser leurs deux enfants. Roberto fut membre d’une association défendant les citoyens cubains victimes de la dictature.

Centre : Quand on y repense !

Née le 14 mai 1961 à Orléans (Loiret), Véronique Moreau habita d’abord à Saint-Jean-de-la-Ruelle pendant un an, puis à Fleury-les-Aubrais pendant deux ans. Puis elle partit à 3 ans dans le village de Saint-Pryvé-Saint-Mesmin, où elle passa son enfance au bord du Loiret, accompagnée de sa sœur Brigitte et de ses parents, Pierre et Thérèse, eux-mêmes déracinés d’une autre région. Pierre est né dans l’Oise et a vécu à Bourges avant de venir à Orléans, et Thérèse est née et a vécu à la Mure en Isère avant de venir à Orléans.

Scolarisée à l’âge de 3 ans, Véronique alla à la maternelle des Sablons puis à l’école primaire des Sablons, où elle découvrit la mixité à partir de la classe de CM1. A cette époque, le jour de repos était le jeudi au lieu du mercredi. Elle écrivait avec un porte-plume, elle fabriquait l’encre pour la classe (quand elle était de service). Elle mangeait à la cantine tous les jours. Il fallait amener son pain, mettre le couvert, débarrasser la table, balayer et faire la vaisselle. Il fallait manger de tout, notamment la soupe qui commençait chaque repas. Puis, pour l’entrée en 6ème, elle intégra le collège Etienne Dolet dans le quartier Saint-Marceau à Orléans, où elle resta jusqu’en 3ème.

orleansA l’age de 15 ans, Véronique entra au lycée Jean Zay à Orléans, près du parc Pasteur, en filière littéraire où elle était une élève moyenne. A la fin de la terminale, elle quitte Orléans pour aller à Châteaudun en Eure-et-Loir, où elle redouble sa Terminale en raison de son échec au bac. Cette année là sera une année difficile, car elle ne connaît personne et a du mal à se faire de nouveaux amis. La région est triste et monotone : c’est la Beauce. Véronique obtient son bac et part faire une faculté de psychologie à Tours, en Indre-et-Loire, où elle prend un appartement avec une amie. Mais elle doit travailler (baby-sitting, serveuse dans un restaurant le week-end, donne des cours pendant les vacances scolaires et agent de service dans un hôpital local) pour payer le loyer et les frais. Elle apprécie beaucoup d’être dans une ville universitaire où la vie étudiante est enrichissante. A cause du manque de débouchés et du coût des études, elle décide de se présenter au concours d’entrée à l’école d’infirmière. En 1981, elle obtient le concours et entre a l’école d’infirmière à Châteaudun où elle sera interne pendant ses trois années d’études. Avec son diplôme d’infirmière, elle part travailler à Besançon en 1984. Ses parents sont partis dans cette région un peu avant elle, et elle a envie d’y faire sa première expérience professionnelle. C’est une région qui lui plait par la diversité des paysages. Mais y créer un réseau relationnel s’avérera plus difficile. Il faudra du temps pour se faire de nouveau amis. C’est dans cette région qu’elle rencontre son futur mari et qu’elle y fonde une famille.

Vincent Remille

Espagne : Et un jour, una mujer…

Hidalgo Tejero Consuelo est née le 3 mars 1929 en Espagne, dans un village situé aux alentours de Cordoba à Baena, dans la région de l’Andalousie. Son père, Manuel Tejero Serrano, était fermier et sa mère, Laura Lozano Lopez était mère au foyer. Son père est mort le 28 mars 1976 et sa mère en 1985.

Monsieur et Madame Tejero on eut 12 enfants, mais 6 d’entre eux sont morts jeunes. Donc il ne restait plus que Consuelo, Natalia, Laura, Manola, Antonio et José. Seuls Laura et Consuelo sont toujours en vie.

Étant jeune, Consuelo ne put suivre une scolarité à l’école. En effet, la guerre civile ainsi que le régime franquiste le lui interdisaient, car les enfants socialistes n’étaient pas acceptés au sein de l’école. Ce fut donc son frère José, qui était instituteur, qui lui apprit à lire et à écrire, mais seulement en espagnol, leur langue maternelle. Consuelo apprendra le français une fois arrivée en France. Même si elle n’a pas pu aller à l’école, elle a su dire à ses enfants l’importance de l’école car ils avaient les capacités. Mais malgré cela, certains d’entre eux ont arrêté leur scolarité très jeunes pour pouvoir rentrer dans la vie active.

En 1945, Consuelo rencontra José Hidalgo qui fut son mari le 10 mai 1953. Ensemble ils eurent 6 enfants. Leur premier enfant fut Josepha, née le 8 mars 1954. Puis le 29 septembre 1955 arriva leur second enfant, Consuelo, suivi de José le 21 novembre 1957. En effet, Consuelo et José Hidalgo donna leur prénoms à deux de leurs enfants, car dans leur temps c’était une tradition de donner les prénoms des parents aux enfants. Ensuite, en quatrième position arriva Miche le 21 septembre 1959. Leurs quatre premiers enfants sont nés à Victoria en Espagne.

Consuelo n’a jamais travaillé. Ce n’est pas parce qu’elle ne voulait pas, mais dans la mentalité espagnole la femme préfère se consacrer entièrement à ses enfants et à son mari, même si on ne lui impose pas ! Mais elle pense que de nos jours il est devenu nécessaire de travailler…

Consuelo et son époux décidèrent de quitter l’Espagne pour aller vivre en France, car ils voulaient fuir le régime franquiste. Pour Consuelo, la France représentait un pays plus démocratique que l’Espagne, où les gens ont le droit d’exprimer leurs pensées à l’inverse du franquisme qui était instauré. Donc, le 30 juin 1960, Consuelo accompagnée de ses 4 enfants vint en France en train. Son mari José l’avait devancée d’un mois pour leur trouver un logement et du travail. Donc, lorsque Consuelo arriva, José leur avait trouvé un appartement à Lods dans la Franche-Comté. Ce furent des réfugiés espagnols qui les aidèrent à trouver l’appartement. Mais étant en France, Consuelo n’a jamais demandé la nationalité française.

Le 19 septembre 1961, elle donna naissance à son troisième fils Georges, à Lods. Le 25 juin 1961, Consuelo, son époux et leurs 5 enfants déménagèrent à Besançon. Puis le 28 mars 1964, Consuelo a mis au monde leur dernier enfant : Laura.

Consuelo se confiait beaucoup à sa maman, Laura. Elle lui racontait ses histoires de coeur car pour elle, sa mère était sa confidente et d’une grande tolérance avec ses enfants. Donc elle a suivi le même exemple avec ses enfants, ce qui permit à ses filles de se confier à elle. Même si Consuelo et José étaient espagnols, ils n’avaient aucune préférence pour leurs gendres, qu’ils soient espagnols ou français. ça leur était égal, du moment que c’était leur choix. Cela leur convenait.

Aux trois filles de la maison, Consuelo a appris à faire la cuisine espagnole. En ce qui concerne les tâches ménagères, c’étaient les filles qui aidaient le plus Consuelo, car dans l’éducation espagnole ce sont les femmes qui font les tâches ménagères ainsi que la nourriture ; mais Josepha, Consuelo et Laura aimaient bien aider leur mère, donc ce n’était pas un problème.

Après quelques années à Besançon, Consuelo et son mari décidèrent d’aller vivre à Perpignan dans les Pyrénées Orientales en avril 1982. Seulement deux de leurs enfants, Laura et José, les rejoignirent, car étant célibataires ils préféraient rester aux côtés de leurs parents. Donc Consuelo, José et leur deux enfants habitèrent au Moulin à Vent dans le centre de Perpignan.

Depuis son arrivée en France, Consuelo est souvent retournée en Espagne pour les vacances afin de voir sa famille ainsi que la famille de son mari. Et aujourd’hui, les contacts que Consuelo garde avec l’Espagne sont les appels téléphoniques et les visites.

Les enfants ainsi que les petits enfants de Consuelo et de José sont sensibles à leurs origines. Consuelo y attache beaucoup d’importance car si ses petits enfants, voire même ses enfants, reniaient leurs origines, elle serait malheureuse. Avec son mari et ses enfants, elle parle l’espagnol, mais avec ses petits enfants Consuelo parle le français avec quelques mots en espagnol.

Aujourd’hui Consuelo habite toujours à Perpignan, à Saint-Cyprien-Plage dans un F4, depuis plus de 17 ans en compagnie de son mari et de son fils José. Tous ses enfants sont encore en vie. Josepha habite en Espagne. Michel, Georges, Consuelo et Laura, eux, habitent à Besançon.

Consuelo a Aujourd’hui 78 ans et a dix petits enfants, ce qui la comble énormément.

Amandine

Algérie : Une vie mouvementée

A. est née en 1951 en Algérie, à Sidi Bel Abbès. Elle a trois frères et six sœurs dont une qui est décédée. Lorsqu’elle était jeune, elle est allée à l’école maternelle Gaston Julia puis à l’école Pasteur, à Sidi Bel Abbès. L’enseignement y était fait en français jusqu’en 1962, puisque l’Algérie était une colonie française jusqu’à cette date-là ; mais sa langue maternelle est l’arabe. Avant son départ pour la France, A. était institutrice à Sidi Bel Abbès. Elle a dû quitter l’Algérie très jeune pour la France, car son père l’a mariée à un Algérien émigré, et elle a dû suivre son mari. Cela a été atroce pour elle de ne pas avoir connu son mari avant de l’épouser, mais elle n’avait pas le choix.
Lorsqu’elle est arrivée en France, A. ne connaissait personne à part son mari. Elle a fait le voyage seule en avion. Elle est arrivée en France le 24 avril 1974. Elle a tout d’abord habité Valdahon, où elle logeait avec son époux dans une sorte de grenier, une chambre sans aucun confort. Lors de son arrivée, A. parlait parfaitement le français. Elle a trouvé très rapidement du travail (cinq jours seulement après son arrivée) ; mais personne ne l’a aidée, elle s’est débrouillée seule. Elle a remarqué qu’il y avait pas mal de publicité en faveur de l’émigration, dont des bureaux de main d’œuvre qui étaient ouverts dans chaque ville : il suffisait simplement de présenter sa carte d’identité. A. à tout d’abord été horlogère chez les « Spiraux Français » à Besançon. Elle a travaillé ensuite dans une entreprise de nettoyage puis dans une collectivité (Conseil Régional de Franche-Comté).
Elle a en premier lieu habité rue des Granges à Besançon, où le logement était insalubre : « il fallait descendre quatre étages et un long couloir pour aller aux toilettes ». Ensuite, elle a habité aux 408 à la Grette (quartier de Besançon) où là « c’était la vie dans la cité (bruit, voisinage, etc…). Il y avait des voitures cassées et mes filles se faisaient battre ». Et enfin, elle a habité à Pouilley-Français où elle réside encore aujourd’hui et où c’est agréable à vivre.

A. a quatre enfants : deux filles et deux garçons qui sont nés entre 1975 et 1983.

En arrivant en France, A. se sentait différente des autres habitants. On lui faisait sentir cette différence en lui disant qu’elle était exubérante et donc très différente des Français. Elle n’avait pas beaucoup de rapports avec les gens de Besançon : elle a fait des rencontres et a commencé à s’intégrer à partir de son premier enfant scolarisé, grâce à son suivi scolaire et au milieu associatif. Pour A., l’école a été un « vecteur ». Elle avait de bonnes relations avec ses collègues de travail, avec ses voisins, et de très bonnes avec les commerçants. Elle n’a demandé la nationalité française qu’en 1996. Pour A., la France représentait le pays où elle est née et celui dont elle n’a plus fait partie à l’âge de onze ans. Cela a été une frustration pour elle de ne plus être française et de devoir s’adapter à la vie musulmane (indépendance de l’Algérie à partie de 1962). Pour A., la phrase qui illustre le mieux la France est : « l’amour et la haine ».

Aujourd’hui, A. travaille toujours au Conseil Régional. Elle a une facilité de communication remarquable et fait partie de plusieurs associations comme l’association de parents d’élèves, l’association de familles laïques, les conseils de quartier, l’association de soutien scolaire, etc…

Elle retourne en Algérie seulement pendant les vacances scolaires et estivales pour une durée de deux à quatre semaines.

Pauline

Laos : Ravi de vous rencontrer

D-jai thii hû káp jâo ( « ravi de vous rencontrer » en lao)

L’histoire que je vais vous raconter est celle d’un jeune homme, arrivé du Laos et résidant en France pratiquement depuis une vingtaine d’année .

Tout commence le 10 novembre 1976. Les époux de la famille C. vont bientôt être parents pour la deuxième fois d’un petit garçon, Alexis. Né à Vientiane, la capitale du Laos, tout comme sa maman, née en 1954, Alexis passera sa petite enfance avec ses parents et son frère, d’une année son aîné, où ils parleront le vietnamien au sein de leur foyer. Son père, né à Ha Dong au Vietnam en 1953, enverra son deuxième fils à l’école au Laos jusqu’à ses 10 ans.

L’enseignement était donné en laotien et en vietnamien, ses deux langues maternelles. Durant les années 1980 et 1981, la famille s’agrandit puisque Alexis et son grand frère accueilleront chez eux deux petites sœurs, nées également à Vientiane. En 1986, Alexis verra sa grand-mère, ses oncles et ses tantes partir en France. Ce n’est que dans l’année de son douzième anniversaire qu’Alexis, ses frère et sœurs, ainsi que ses parents, vont quitter le Laos. Les principales raisons étant les actions et les gros problèmes causés par le régime totalitaire mis en place par le Parti communiste Vietnamien. La vie était devenue trop horrible pour avoir toujours l’envie de rester dans leur pays.

C’est donc durant l’année 1988 qu’Alexis et sa famille se dirigèrent vers la ville de rassemblement dans un camp en Thaïlande, puis prirent l’avion pour effectuer le voyage jusqu’à leur pays d’adoption, la France. Ce pays ne représentait rien pour lui, ce qui renforçait d’avantage l’appréhension face à ce périple. A leur arrivée, ils eurent heureusement de l’aide de leur famille déjà en France depuis 1986 tout d’abord, mais aussi des aides associatives. La langue était une des premières barrières puisque la famille C. ne parlait pas un mot de français. Les voilà arrivés à Paris, dans un foyer où ils resteront deux semaines.

Ensuite, ils arriveront à Besançon au foyer « forum » (plus précisément à Planoise). Ils y resteront 6 mois avant d’habiter, pour finir, dans une HLM F4 à Planoise. Ce n’est qu’à ses débuts à l’école que le petit Alexis apprendra rapidement le français et se fera de nombreux amis. La famille continuera encore à s’agrandir malgré la distance entre eux et leur pays d’origine, puisque dans les années 1988 et 1992 naîtront à Besançon deux autres petites filles.

En 1998, Alexis obtiendra la nationalité française et quelques années plus tard, après des études et des petits boulots, il rencontrera une femme, Freddy D., avec laquelle il aura des jumeaux, Théo et Lilian, nés le 12 juin 2002, aujourd’hui en deuxième année de maternelle. Un heureux événement étant également prévu pour août 2007 ravira les parents et les deux grands frères.

De son pays natal, le Laos, Alexis n’a gardé aucun contact et n’y sera jamais retourné. De plus, ses enfants ne sont pas sensibles à leurs origines et ne parle ni le laotien ni le vietnamien. Sans doute une manière de couper les ponts avec un pays où il a connu l’horreur du communisme.