Doubs : Clin d’oeil sur le passé

Madame Monique R. est née le 19 Octobre 1935, à Passonfontaine dans le Doubs. Elle habite actuellement à Valdahon, tout prêt de sa première fille, Claude.

Avant sa naissance, il y avait déjà trois enfants : une fille, Renée, de deux ans son aînée, et deux garçons, Claude, décédé à l’âge de 16 ans d’une grave maladie, et Michel qui s’est suicidé à l’âge de 49 ans suite à une dépression. Son père s’appelait Léon G. et sa mère Augusta. Ses parents étaient agriculteurs.

Monique est allée à l’école à partir de trois ans. Elle adorait l’école et se donnait les moyens pour réussir. Elle n’a pas eu la possibilité de continuer des études comme elle l’aurait désiré car ses parents n’avaient pas suffisamment d’argent. A l’époque, des revenus importants étaient nécessaires pour assurer les études des enfants.

Elle a quatre sœurs, encore toutes mariées, avec des enfants et des petits enfants. Elles sont restées très proches les unes des autres. La plus lointaine habite à seulement 30 kilomètres et la plus proche à 6 kilomètres.

Elle a rencontré son mari dans sa famille à 17 ans. Leurs parents étaient très amis et se fréquentaient souvent.

A partir de 15 ans, une fois qu’elle ne fut plus scolarisée, faute d’argent, elle aidait souvent ses parents et d’autres personnes à la ferme.

Elle a eu son premier enfant, Claude à 20 ans, son second, Gilles à 24 ans, son troisième, Nadine à 28 ans, et son dernier, Bruno à 32 ans.

Son mari était bûcheron lorsqu’elle l’a connu, puis il est parti en Gendarmerie. Ils se sont mariés deux ans après. Une dizaine de jours après son mariage, son mari est parti en Algérie, dans le cadre de son métier. Elle le suivit pour le retrouver à Batna, une petite ville à 500 kilomètres d’Alger. Son premier jour là-bas à été sans conteste le plus difficile. En effet, c’était la première fois qu’elle quittait son pays, la France, en laissant tout ce qu’elle connaissait depuis toujours, sa famille ainsi que ses amis. La fatigue qu’elle avait accumulée, lors du trajet en train pour traverser la France jusqu’à Marseille, celui en bateau pour traverser la Méditerranée, et pour finir celui en train, de nuit, d’Alger jusqu’à Batna, ne l’avait pas beaucoup aidée. Elle reconnaît ne pas avoir eu de problème pour s’adapter dans son nouvel environnement, l’Algérie étant encore Française en 1954. Elle ne connut donc aucun problème de langue, c’était une difficulté d’intégration en moins.

Trois mois ont passé avant que son mari René soit désigné pour partir en Indochine. C’est alors qu’il reçut une permission d’un mois pour bien préparer son départ. Ils sont revenus en France pour cette durée, permettant ainsi à son mari de dire au revoir à sa famille. Dans ce laps de temps, l’Algérie réclama son indépendance à la France au mois d’octobre. L’envoi de son mari en Indochine fut annulé et il fut envoyé en première ligne en Algérie, seul pour un an. Sa première fille est née en 1955, l’année de son départ pour la guerre. Renée ne l’a connu qu’au mois de septembre de cette même année, lors de son retour définitif en France. Le séjour de son épouse lui a laissé un excellent souvenir, trop court à son goût.

Après son retour en France, une fois ses enfants entrés dans la vie active, et jusqu’à la mort de son mari, en 1989, qui est également l’année de sa retraite, elle fut ouvrière dans une usine de Valdahon, France Ebauche, spécialisée dans les mouvements horlogers, maintenant nommée Techno-Time suite à son rachat par une société chinoise.

Madame Monique R. à aujourd’hui 71 ans. Elle est en pleine forme physique et morale, et coule des jours heureux dans son appartement de Valdahon.

Y. Locatelli

Tunisie : Biographie réelle de Cavaglia Fernando Dominique

Tout commence le 13 avril 1927 à Tunis, jour où est né mon grand-père sous le nom de Cavaglia Dominique Fernando. Ses parents s’appellent Cavaglia Augustin et Grech Maria, tous deux Italiens. Ils ont déjà émigré en Tunisie depuis quelques années lorsque mon grand-père vint au monde.

Avant lui, mes arrière-grands-parents ont eu un autre fils et une fille. Il vit avec ses parents, son frère et sa sœur dans une magnifique demeure luxueuse à Tunis. Il a des domestiques tunisiens à son service. Pendant son enfance, Dominique va à l’école où il parle le Français couramment puisque la Tunisie est sous le protectorat français depuis 1881.

Puis la 2ème guerre mondiale commence, nous sommes en 1939. Mon grand-père travaille dans les chemins de fer, il n’a que 12 ans. Le travail est pénible, mais il doit rapporter de l’argent à la maison, car en temps de guerre, même les plus riches souffrent. En 1941, un drame se produit. Alors que mon grand-père n’a que 14 ans, un obus tombe sur la demeure familiale, détruisant sa vie : son père et son frère meurent dans les décombres, et lui se retrouve blessé aux jambes.

europeAprès ce grand malheur, sa sœur décide de changer de vie et de s’éloigner de la Tunisie. Elle émigre seule en France vers 1942. Mon grand-père continue a vivre seul avec sa mère à Tunis, sans argent, sans confort, sans luxe, tout ce à quoi il avait été habitué auparavant. Puis la Tunisie demande son indépendance et mon grand-père et sa mère sont donc obligés de quitter définitivement le pays. Ils vont émigrer vers la France en bateau. Dominique a alors 24 ans.

Ils arrivent à Marseille le 17 septembre 1951 pour reprendre le train jusqu’à Mamirolle où habite sa sœur depuis 9 ans déjà. Elle va l’héberger avec sa mère pendant 2 ans, après quoi, il va faire une demande d’appartement en HLM à Besançon. Sa mère va rester vivre avec sa sœur. Quelque temps après, mon grand-père trouve un travail dans une métallerie comme soudeur. Il a 30 ans. Par ailleurs, il rencontre la même année ma grand-mère, Jeannine Simon.

Mais malgré ce bonheur, Dominique regrette sa vie confortable en Tunisie. Le luxe et le soleil lui manquent beaucoup. En 1959, il se marie avec Jeannine, à Besançon, sa ville d’accueil, pour ne plus la quitter. Il a 32 ans. Dominique doit travailler dur pour gagner sa vie et ne retournera plus jamais en Tunisie car il n’a plus de biens, ni de famille là-bas. Sa place est maintenant en France avec sa femme. Il va avoir 6 enfants ; 4 filles et 2 garçons qu’il élève du mieux possible.

Mon grand-père se découvre de nouveaux loisirs comme la pêche et la chasse dont il fait profiter toute la famille le dimanche après-midi. Malheureusement, il se fait prendre au jeu de la cigarette pendant toutes ces années. Il va même jusqu’à fumer deux paquets par jour. Il est atteint d’un cancer des poumons dont il décèdera le 2 janvier 1996 à l’age de 69 ans. Il repose aujourd’hui au cimetière de Besançon.

Eline Grillon

Île-de-France : De Calais à Soisy

Je ne pourrais commencer l’histoire de Serge Gangloff qu’à l’âge de 11 ans, le manque de renseignements antérieurs m’y oblige.

C’est à cet âge qu’il se retrouva face au décès de son père. Il vivait a Calais avec sa mère et son unique sœur. Peu après qu’il eut ses 17 ans, il perdit ce qui lui restait et qu’il aimait plus que tout, il se retrouva orphelin. Sa mère atteinte d’une maladie grave décéda cette année là et mon grand-père, encore mineur et non responsable aux yeux de la loi, perdit par la suite sa jeune sœur qui fut placée.

Et c’est avec cette magistrale démonstration de ce qu’était la vie à cette époque qu’il n’eut d’autre solution que de se mettre au travail pour gagner de quoi survivre.

La haine d’avoir perdu ceux qu’il aimait, n’a pas commis les ravages qu’elle aurait pu commettre sur n’importe quelle autre personne que la vie aurait giflée ainsi depuis le plus jeune âge. C’est avec une étonnante force qu’il prit la pente inverse, avec comme objectifs de se stabiliser et d’arriver un jour à retrouver sa sœur qui était sa seule famille et dont on l’avait séparé.

soisyDe travail en travail, la vie suivit son cours et, petit à petit, il put se prendre en main et se reconstruire, avec cette fois-ci comme seule envie de fuir son passé. Puis il partit pour Paris et s’installa dans le Val d’Oise ou il passa le reste de sa vie et où il eut la chance de pouvoir se construire une famille.

C’est là-bas qu’il rencontra ma grand-mère avec laquelle il eut deux enfants, mon père et sa sœur. A Paris il travailla pour la fabrique de verrerie Maccoco SA, où il était chargé des réalisations de divers vitrages pare-balles. Il travailla dans cette entreprise dont la renommée prenait chaque année un peu plus d’ampleur, et il évolua ainsi dans sa branche jusqu’à la retraite.

Il profita ainsi de ce repos pour reprendre son combat de jeunesse et se mit à entreprendre des recherches pour retrouver sa sœur, ce qu’il parvint à faire au bout de quelques temps.

Il profita aussi beaucoup de sa retraite pour se cultiver, il aimait beaucoup lire et apaiser sa soif d’apprendre. Mon grand-père parlait cinq langues qu’il aimait exercer lors de voyages répétés à l’étranger, dans des villes à la richesse culturelle énorme telle que Tunis ou encore Venise.

En 2004 il fut atteint par un lymphome qui deviendra un cancer généralisé. Il ne pouvait plus se déplacer et dut finir ses derniers jours à l’hôpital. Malgré ses souffrances, c’était un homme de cœur qui aimait la vie et il était apprécié de tous.

Il s’est éteint le 2 juillet 2005 en début de matinée dans les bras de mon père. C’est fou le vide qu’il a pu laisser derrière lui. Deux ans après, ma peine reste intacte.

A son enterrement plus de 80 personnes lui témoignèrent un dernier hommage.

Maxime GANGLOFF

Turquie : Récit d´une vie

Seda* est née le 5 août 1968, dans un village en Turquie qui s’appelle Havrek, pas très loin d’Erzincan. Elle est une petite fille qui habite dans un village où il n’y a ni téléphone, ni électricité. L’eau potable provient d’une petite fontaine où tous les villageois se serrent pour leurs besoins quotidiens. A 10 km du village, son père a une petite épicerie. C’est la seule du coin. Seda adore y aller parce qu’elle peut se servir autant qu’elle veut de bonbons. En 1974, son père décide de vendre l’épicerie pour aller travailler en France comme maçon. Elle n’a que 6 ans lors de son premier départ. Cela fut très dur pour elle, mais il a promis de leur écrire tous les jours, ce qui la rassura un peu. De toute manière, elle n’a que ce moyen de communication.

Il les prévient de ses retours en Turquie trois mois à l’avance. Ces trois mois lui paraissent une éternité. Elle compte chaque jour qui reste avant son arrivée. Mais, en attendant, Seda vit avec ses quatre frères, sa petite soeur, sa mère et sa grand-mère. Elle ne va pas encore à l’école. Donc elle s’occupe comme elle le peut. Elle joue avec ses frères et sa soeur à des jeux traditionnels, comme avec les cartes, les cinq pierres, ou encore avec les toupies. Une fois que son père rentre, c’est le bonheur total, elle ne veut plus le quitter, même si elle sait qu’il doit repartir dans quelques jours. Il les couvre de cadeaux qu’il a achetés en France, de nouveaux vêtements et des jouets. Cela lui fait beaucoup plaisir. En 1976, Seda va à l’école, mais que pendant un an, car en 1977, son père décide de ramener ses enfants et sa femme en France, après avoir fait toutes les démarches nécessaires, les passeports, les examens médicaux… qui les autorisent à s’installer en France, elle ne veut pas partir, quitter le reste de la famille. Elle a peur de ne plus les revoir, elle est triste de partir.

havrekSeda fait le voyage en train. Elle passe par plusieurs pays, dont la Bulgarie, la Yougoslavie, l’Autriche et l’Allemagne avant d’arriver en France. Après quatre jours de voyage, de fatigue, de tristesse, elle arrive à la gare de Besançon, où l’attend un autre train qui la conduira à Morteau. Puis, une fois arrivée à Morteau, un taxi les attend pour aller à Villers-Le-Lac. C’est le village où son père travaille, c’est là qu’il a trouvé un appartement. Il a déjà tout meublé, il ne manque rien sauf la télé. Elle est étonnée de voir tout ce que son père a fait pour eux. C’est une grande et agréable surprise pour toute la famille. Mais ce qui compte la plus pour elle, c’est d’être avec son père. Dans ce même village, il y a deux autres familles turques arrivées quelques mois avant eux.

A l’école, tout se passe bien pour Seda, les professeurs sont très gentils, ils l’aident beaucoup. Cela lui permet d’apprendre rapidement à lire, écrire et parler le français. Elle s’intègre très bien en France. Ses voisins de pallier y sont aussi pour quelque chose. Quelques années plus tard, elle part s’installer à Morteau avec sa famille où elle continue ses études. Tout se passe bien, elle est heureuse même si elle a toujours une pensée pour sa famille et Havrek. A Morteau, il y a beaucoup de familles turques, donc la plupart de ses amies sont turques.

En 1985, pendant les grande vacances, Seda part en Turquie à Havrek, pour rendre visite à sa famille. Au bout des trois semaines, elle doit retourner en France. Elle est heureuse et triste de repartir. De retour en France, elle va au lycée jusqu’à ses 18 ans, car ses parents ne veulent pas l’envoyer dans d’autres villes, contrairement à ses frères, pour qu’elle puisse continuer ses études. Elle décide alors de travailler. Elle commence par le métier de vendeuse dans une boulangerie. Entre-temps, sa famille s’agrandit, ses frères se marient. A son tour, elle se marie à l’âge de 19 ans avec un Turc venu d’Istanbul quelques années plutôt. A l’âge de 20 ans, elle devient maman : d’une petite fille en premier, puis d’une autre à 21 ans, et d’un petit dernier à 23 ans. Elle va tout les ans à Istanbul, car son époux a sa famille là-bas.

Quelques années plus tard, Seda déménage à Franois, mais elle n’y reste que deux ans. En 1996, elle part s’installer à Planoise où elle vit toujours avec sa famille. Depuis 1985, elle n’est jamais retournée dans son village d’origine, parce qu’elle n’a pas eu la possibilité d’y aller, malgré qu’elle allait à Istanbul. Mais Seda a promis à ses enfants d’y retourner un jour avec eux.

* Seda est un pseudonyme

A. D.

Île-de-France : Biographie de Sébastien Rousseau

Sébastien est né le 3 août 1987, à Châtenay-Malabry. Élevé par ses deux parents, Sébastien passe son enfance à Asnières. Son père est né à Montbéliard le 5 février 1962, et sa mère à Fontainebleau, le 28 décembre 1965. Deux ans après la naissance de Sébastien, le 2 août 1989, sa mère mit au monde une petite fille nommée Isabelle. Contrairement à son frère, elle est née à Asnières. En 1997, ses parents décident d’aller s’installer en Franche-Comté car son père a fini son service militaire aux pompiers de Paris. Ils choisissent cet endroit car ils souhaitent vivre dans un lieu tranquille, afin que Sébastien et sa sœur puissent étudier. De plus, la grand-mère de Sébastien vit à Besançon, dans le Doubs, et elle leur conseille de vivre à Saint Vit. C’est aussi grâce à elle que Sébastien découvrit la ville de Besançon.

franceSébastien, ainsi que sa sœur étaient d’accord pour partir. A son arrivée, Sébastien pratiquait du foot (à Saint Vit car il n’avait pas de moyen de transports). Puis à 16 ans, il a arrêté pour s’inscrire dans un club de hand, à Quingey, car il s’est trouvé de nouveaux amis qui lui ont proposé de l’emmener avec eux. Pourtant au début, les gens lui faisaient sentir qu’il était différent, car ils savaient qu’il venait de Paris, et la réputation de cette ville était mal vue par les habitants. De plus, à son arrivée, sa voiture portait toujours la plaque d’immatriculation de Paris, ce qui provoquait des regards assez méchants à l’égard de Sébastien, qui était soumis aussi à de nombreuses insultes. Mais malgré cela, il était content d’habiter à Saint Vit car, comparé à Paris, il y a beaucoup moins de circulation, et moins de délinquants.

A Paris, il était scolarisé à Jules Ferry, et à son arrivée à Saint Vit, il fut inscrit au collège de cette ville, puis au lycée Victor Hugo, à Besançon. Actuellement il fait des études de comptabilité au lycée Pergaud, situé également à Besançon, et est toujours ravi d’être venu habiter en Franche-Comté.

Emilie D

Portugal : Mon départ, ma vie et ma famille

A la descente du bus la neige recouvrait le sol. La température était glaciale ; nous étions à la mi-février 1966. Malgré le froid des rues, la joie et le bonheur des retrouvailles avec mon mari m’envahissaient. Trois ans étaient passés depuis son départ du Portugal pour le travail. Par obligation il était parti seul, laissant femme et enfants au pays ; l’adieu avait été douloureux. Nos retrouvailles, enfin un moment tant attendu ! Je l’ai vu, ses yeux, son regard si profond me troublaient encore et encore. Les larmes se mirent à couler le long de mes joues, mon cœur s’emballait comme au premier jour de notre rencontre.

Je m’en souviens comme si c’était hier. Je venais d’avoir 17 ans. Pendant la fête du village, nous deux, enfants du pays, nos regards se croisèrent et là le coup de foudre ! Je ne m’y attendais pas. Il était si beau, si fort. Comme moi il était d’une famille de paysans pauvres.

A cette époque au Portugal, la misère régnait. Quelques temps après s’être revus nous nous sommes mariés, modestement mais dans la tradition. Ce fut un mariage d’amour.

Cinq enfants sont nés de notre bonheur conjugal, mais ils ont souffert eux aussi de l’absence de leur père. Je les ai élevés seule pendant trois ans dans une petite maison héritée de mes parents. Je voulais le meilleur pour eux. Je ne voulais pas qu’ils vivent ce que j’avais vécu auparavant. Eux avaient eu de la chance d’aller à l’école dès leur plus jeune âge. Mon enfance à moi n’était pas ce qu’elle est maintenant. L’école n’existait que pour les enfants de bonne famille, et nous autres devions aider nos parents à la maison et sur les terres. A l’âge de dix ans je commençais à travailler dans un atelier de confection de tissu, en pleine expansion à cette époque. Je devais aider ma famille à subvenir à ses besoins. Je n’ai jamais eu la chance de pouvoir apprendre à lire et écrire, c’est pour cela que je voulais que mes enfants apprennent, pour pouvoir s’en sortir.

Bref, revenons à ce voyage long et éprouvant pour mes enfants tout comme moi. Trois de mes enfants étaient encore en bas âge. Leurs éclats de rires, leur joie et leurs petits yeux ébahis à la descente du bus, lorsqu’ils se blottirent dans les bras de leur père ! Ce moment fut mémorable, cette image reste gravée dans ma mémoire à jamais. Lors de notre arrivée mes intentions étaient variées. La joie de nos retrouvailles mais aussi la tristesse de notre départ. J’avais laissé ma famille, ma vie au Portugal, à plus de mille kilomètres, pour tout recommencer ici, en France. A mon arrivée, la barrière de la langue était présente. Je me sentais seule, isolée. Mes enfants s’adaptaient, ils m’étonnaient de jour en jour. C’est grâce à eux que j’ai su aller au contact des autres, après avoir longtemps hésité. Près de chez moi se trouvait une association créée par quelques Portugais arrivés à la même époque. Nous parlions pendant des heures, sans avoir à nous soucier de la barrière de la langue. En effet, nous parlions portugais, car pour le français nous paraissait encore trop inaccessible. Nous restions là à parler du passé, de nos vies au Portugal. C’est à cette époque que mon dernier enfant est né. Ce fut peut être un déclic pour moi. Je m’investis alors d’avantage dans notre vie en France. Je fis la rencontre de Français et Françaises qui m’aidèrent beaucoup par la suite. Je me suis mise à apprendre le français, à le parler et à essayer de le comprendre.

Ce que je regrette encore aujourd’hui, et qui est pour moi encore un grand handicap, c’est de ne savoir ni l’écrire, ni le lire.

Mes nouveaux amis me permirent par la suite de travailler. Je gardais des enfants et amis de mes enfants français. Ils m’aidèrent beaucoup par la suite à m’améliorer en français, chaque jour un peu plus. Merci. Depuis le fameux jour de notre arrivée, beaucoup de temps s’était écoulé. Nous avons quelques fois dû déménager, et au fil du temps notre vie en France s’améliorait. Nous vivons à présent à six dans un petit appartement à Maiche, dans une petite cité ou différentes cultures vivent en harmonie. Aujourd’hui je ne remercierais jamais assez la France de son accueil, mais jamais je ne pourrais renier mon pays.

Mes enfants ont grandi depuis.

Quelques années plus tard, mon mari décéda à l’âge de quarante ans, il était trop jeune. Ce jour la je me suis retrouvée seule comme abandonnée dans ce pays ou finalement mes repères avaient disparu avec lui.

Depuis ce jour mes enfants me soutiennent, car la perte de l’homme que j’aime reste encore en moi. Aujourd’hui mes enfants ont fait leur vie. Je suis seule à présent dans cet appartement beaucoup trop grand à présent pour moi. Ma vie suit à présent son cours à petits pas, comme moi. Mes amies sont toujours présentes pour moi et je leur en suis reconnaissante.

Je ne suis plus qu’une mère comblée mais aussi une grand-mère et arrière grand-mère heureuse, entourée de toute ma famille qui ne cesse de s’agrandir au fil des années. Aujourd’hui que je suis seule, le Portugal me manque. Ma vie est ici maintenant, près de ma famille. Mais au fond de moi, je sais que j’y retournerai.

Propos recueillis et transcrits

Annabelle PINTO

Paris : Ma campagne, ma source de vie

[Histoire fictive]

Aujourd’hui, assis sur un banc à contempler la cascade du cirque de Consolation (dans le département du Doubs), je repense à mon passé, et plus précisément ce qui m’a conduit ici. Je me repasse les images qui me restent de ma ville natale, Paris. Dans mon entourage, les gens se sont toujours demandés comment un homme peut habiter un si petit village tel que Consolation, après avoir vécu dans cette immense capitale.

Mes parents étaient locataires d’un petit appartement. Mon père, Jean Martin, était surveillant dans une petite boutique de chaussures, et ma mère, Valérie, y travaillait comme vendeuse. Ils avaient donc un revenu plutôt modeste. Pour ce qui est de ma personne, je suis né en juillet 1931, dans l’appartement de mes parents. Mes souvenirs sont très flous, pour ne pas dire quasiment inexistants jusqu’à l’année 1936. Ce dont je me souviens, c’est de mon entrée à l’école, en cours préparatoire, car à l’époque, nous n’avions pas d’école maternelle comme à l’heure actuelle. Mes souvenirs les plus proches m’amènent en 1939, ou on apprit le début de la seconde guerre mondiale. Je me rappelle ce regard plein d’inquiétude qu’échangeaient mes parents, en apprenant cette nouvelle dramatique par l’intermédiaire du poste de radio. C’est en 1941 que mon père partit pour combattre, pendant que ma mère s’est vue confiée la gestion de la boutique de chaussures. Je me souviens avec horreur du jour où mon institutrice de CM2 a été emmenée par les Allemands pour avoir refusé de signer un papier prouvant qu’elle n’était pas juive. Un midi de février 1944, ma mère et moi faisions la vaisselle quotidienne, quand le téléphone sonna. C’est ma mère qui répondit. C’était un général qui nous annonça la mort de mon père lors d’une bataille. C’est à partir de ce moment là que nous avons commencé à voir la vie en noir. Tout un enchaînement d’événements ne fit qu’accentuer notre pessimisme. Tout d’abord, l’Allemagne qui gagnait de semaine en semaine les batailles, ensuite les affaires qui ne marchaient pas à la boutique de chaussures. Et par conséquent les salaires diminuaient. Beaucoup de gens se trouvaient dans de mauvaises situations.

Je vécus des bons moments à partir de 1945, année durant laquelle l’Allemagne a été vaincue. Comme nous étions à cours d’argent, suite à la faillite de la boutique, ma mère eut l’idée de contacter son frère pour qu’il nous héberge. Il habitait à Besançon, mais ma mère voulait s’installer chez sa belle-sœur qui habitait une maison dans un coin perdu en Franche Comté, qui s’appelle Consolation.

Nous nous y sommes installés en juin, emportant le peu d’affaires que nous avions. Je n’avais jamais vu ce côté de ma famille. Ma tante nous a accueillis les bras ouverts. Un changement s’est alors produit. L’ambiance était très différente, il y avait une grande solidarité entre les habitants, par exemple pour mettre en commun des ressources telles que la nourriture, provenant entre autres du troupeau de vache que ma tante élevait. Des habitants s’étaient proposés pour aller aider à reconstruire les habitations détruites dans les villages des environs, où les ravages étaient nombreux. Les gens étaient très sympathiques et les relations assez conviviales. Cet endroit avait eu la chance de ne pas avoir été ravagé par les Allemands. A mon avis, c’est à cause de sa situation géographique. Ensuite, l’environnement était très différent, la qualité de l’air était différente, celle de la ville était remplie de pollution, alors que celle de Consolation y était pure. Le paysage y est magnifique : par la verdure, par l’espace, et par les sommets des montagnes qui forment un cirque. Ce qui change beaucoup du paysage de la capitale, qui est fait essentiellement de bâtiments sans avoir vraiment de verdure.

Après cet été d’adaptation, je fus envoyé dans un internat pour mon année de troisième, jusqu’à la fin de mes études. C’est en 1949 que je quittai l’école pour m’installer dans un appartement à Besançon pour travailler en tant que responsable chez Peugeot, grâce à un coup de pouce donné par mon oncle Bisontin qui en est le directeur. J’aimais beaucoup ce travail, du fait de ma passion pour les automobiles, mais aussi parce que je trouvais que les employés qui fabriquaient les pièces dans leurs ateliers avaient de l’or dans les mains. A ma grande tristesse, cet oncle décéda dans l’année 1954. Suite à cet évènement, je fus nommé directeur de l’entreprise. Ma mère mourra en 1988, suite à une maladie. C’est en 1995 que je pris ma retraite et que je retournai vivre à Consolation. Cet endroit est décidément un endroit qui me plait et qui me rappelle des souvenirs inoubliables que j’ai vécu.

Thibault DUFOUR

Normandie : Un nouveau départ

J’étais dans la voiture et nous roulions en direction de la Normandie pour rendre visite à ma famille. En regardant par la fenêtre, je voyais les voitures défiler le long de la route et je me disais que le temps passait aussi vite que ces voitures. En automne cette année, cela fera treize ans que j’ai quitté la Normandie pour venir m’installer en Franche Comté. Je me souviens encore très précisément de mon arrivée, c’était pendant l’été 1995. Avant cette époque, mon père était boulanger et ma mère femme au foyer. Mes deux sœurs, elles, étaient déjà à l’école primaire, tandis que je faisais mes premières années de maternelle.

Mon père, suite à un accident, ne pouvait plus exercer son métier et il recherchait activement un poste en tant que formateur en boulangerie. Il fut d’abord embauché au Château d’Amondans où il enseignait ce métier à des Japonais. Puis le château changea de propriétaire et mon père fut renvoyé. Il trouva un poste au CFA Hilaire de Chardonnet pour effectuer un remplacement. Comme le malheur des uns fait le bonheur des autres, la personne qu’il remplaçait ne revint pas et il fut nommé titulaire du poste. Cela se passa donc en 1995.

J’arrivais à la fin de cet été dans une maison située à Lods, dans la vallée de la Loue. Le paysage était très différent de celui de la Normandie, beaucoup plus montagneux et beaucoup moins humide. Cela ne me déplaisait pas, au contraire. Ma mère m’appris que dans peu de temps, j’allais aller à l’école maternelle située dans le village voisin appelé Mouthier. Cela peut paraître étrange mais ma première réaction quand j’entendis ce nom fut de croire qu’il y a avait des moutons dans ce village. C’est idiot, mais dans mon esprit j’avais fait le rapprochement entre les deux noms (Mouthier – moutons).

J’arrivais donc dans cette école qui s’avérait être une école banale et non remplie de moutons. J’avais peur d’être rejetée par les autres élèves. Mais contrairement à mes appréhensions, à peine fus-je entrée dans la pièce que déjà deux élèves s’approchaient de moi et me demandaient comment je m’appelais. Je compris que tout se passerait très bien et que les gens n’étaient pas différents de l’endroit où je vivais avant. Il y a juste une chose qui me choqua, c’est l’accent des gens de la région. Il est très prononcé et très différent de celui de la Normandie. Malgré cet étonnement, je garde un très bon souvenir de mon arrivée dans cette école ainsi que dans cette région.

Contrairement à beaucoup de gens qui vivent mal leur migration d’une région à une autre, ou d’un pays à un autre, la mienne s’est très bien passée, car vu mon jeune âge je ne me rendais pas compte de ce qui m’arrivait et cela ne m’a pas dérangée de quitter l’endroit où je vivais.

Sarah ANFRAY 1°STG C2

Maroc : Biographie d’Hamed, mon père

Comme à chaque fin de trimestre, mon bulletin arriva à la maison, et comme à mon habitude, j’allais me réfugier dans ma chambre. Je vis mon père Hamed, grand par sa taille, robuste, dont les grosses mains montraient son activité physique durant sa jeunesse. Il empoigna la lettre, l’ouvrit, fit des gros yeux et j’entendis « Anouar !!! » et me dit en arabe « viens ici ». Et comme tous les jours il me raconta son histoire. Je vais vous la compter.

Mon père Hamed est né en 1950. Quel jour ? Personne ne le sait. L’année est son seul repère. Il est né à Taounet, une ville pas loin de son village, un village magnifique par son paysage montagneux, mélangé aux dunes de sable comme au désert, avec de la terre de couleur rouge, où l’activité principale est l’agriculture. Mais la nuit ce village devient terrible. Je me souviens qu’un soir je sortis pour aller voir mes amis. A mon retour mon père était furieux et se mit en colère car j’étais petit. Aujourd’hui avec du recul je le comprends. C’est un village que même la police préfère éviter.

Mon père arriva en France en tant que célibataire avec son cousin. Il me raconta le jour de son arrivée en France. Il se présenta directement à l’usine où il avait été appelé depuis le Maroc. Parallèlement il continua ses études. C’est pour cela que mes notes et mon comportement sont des valeurs essentielles à ses yeux. Je me souviens d’un soir, j’étais avec mon père. Un homme âgé, un peu ivre, m’insulta et je répliquai. Mon père me mit une petite tape derrière la tête et me dit de le respecter, et me dit que durant sa jeunesse son père, comme tous les pères du village, inculqua à ses enfants, -donc à lui – une valeur qui est le respect. Surtout, comme il me le disait si bien le « respect des plus anciens », qu’ils aient raison ou tort. Pour lui cette valeur est la plus qu’importante. Le respect me disait-il, avec le travail, est la clef de la réussite.

Chaque vacance d’hiver et d’été, mon père retourne au Maroc avec ma mère et nous, ses enfants, car il est resté très attaché à son pays qui lui a donné toutes ses valeurs, tous ses souvenirs d’enfance. J’aime ce pays car c’est la terre de mon père et de ma mère. Certes, ce pays n’est pas très riche financièrement mais il nous apporte beaucoup plus de choses et de sentiments que la France. Là-bas les gens sont plus chaleureux, ils possèdent peu de choses mais nous offrent ce qu’ils ont.

Ici en France, mon père me raconta que pour faire ce qu’il avait fait, il avait dû se battre trois fois plus que les autres. Car il était étranger. Ici en France, mon père, tout comme moi, est tombé sur des personnes qui ne respectent rien ni personne, surtout pas les étrangers. Certes la France a apporté des choses que le Maroc n’aurait jamais apportées à mon père.

Aujourd’hui il est à la retraite, et dans ses yeux on peut lire la nostalgie. Son pays lui manque car ici, durant toute sa vie, il a été considéré comme étranger. Il veut maintenant profiter de ses neveux, nièces, frères et sœur, et surtout de sa mère.

Anouar

Italie : L’Italie, la France et l’alcool

[Histoire fictive]

« Bonjour à tous et bienvenue ! dit Paolina avec fierté.

– Bonjour, s’écrièrent les autres personnes présentes dans la pièce.

– Comme vous le savez, c’est notre première réunion des alcooliques anonymes.

Je tiens tout d’abord à me présenter et à vous expliquer pourquoi j’ai décidé de vous aider dans votre dépendance à l’alcool.

Je m’appelle Paolina, je suis née en Italie, à côté de Pescara. J’ai 21 ans.

Je suis venue en France pour une raison bien particulière. Il y a plusieurs années de cela, mon père est parti en France, me laissant seule avec ma mère. C’est alors que je me suis jurée que dès mes 18 ans, je partirai à sa recherche en France.

Pour tout vous dire, durant tout le voyage j’avais la peur au ventre. Et si je ne m’y plaisais pas ? Et si les gens me rejetaient ? D’ailleurs, l’une des hôtesses de l’air l’a tout de suite remarqué. Elle habitait en France, plus précisément à Paris. Nous avons longuement échangé diverses conversations. J’ai alors osé lui demander de l’aide concernant mon arrivée en France. Je ne savais où aller, où dormir, où manger. J’étais dans l’inconnu le plus total. Même la langue était parfois dure à comprendre. Et puis elle m’a gentiment proposé de m’héberger chez elle, pendant quelques temps, afin que je puisse m’intégrer à mon aise.

Malgré l’aide de cette hôtesse de l’air, mon arrivée se traduisit par un dépaysement presque insurmontable. Mais la France est un pays plein de ressources et très accueillant. Et puis contrairement à ce que j’avais imaginé en Italie, je n’étais pas seule.

Après quelques mois passés en sa compagnie, j’ai trouvé un appartement pas très loin. Elle, sa famille et ses amis mon beaucoup aidés durant le déménagement. Cela m’a d’ailleurs beaucoup touchée et je me souviendrai toute ma vie de ces gens au cœur si généreux. Quelques jours plus tard, l’un de ses amis médecin, cherchait une secrétaire. J’ai alors tout de suite proposé ma candidature. J’ai été prise. Ce poste me laissait un peu de temps libre afin de rechercher mon père.

Après une année passée en France, j’ai réussi à maîtriser la langue, je me suis totalement intégrée. De plus, j’ai retrouvé mon père. Il était alcoolique. C’est pour cela que je suis ici aujourd’hui. J’aime beaucoup la France, mais une seule année ici n’apporte rien. C’est pour cela que j’ai décidé de rester ici et de m’y installer afin d’aider mon père et toute autre personne alcoolique. J’ai donc laissé derrière moi mon poste de secrétaire pour ce poste, mais je n’ai jamais oublié tout ce que l’on a fait pour moi. L’Italie reste tout même mon pays d’origine malgré mon envie de vivre ici. »

Pauline HALLIEZ, 1ère STG C2