Portugal : Mon départ, ma vie et ma famille

A la descente du bus la neige recouvrait le sol. La température était glaciale ; nous étions à la mi-février 1966. Malgré le froid des rues, la joie et le bonheur des retrouvailles avec mon mari m’envahissaient. Trois ans étaient passés depuis son départ du Portugal pour le travail. Par obligation il était parti seul, laissant femme et enfants au pays ; l’adieu avait été douloureux. Nos retrouvailles, enfin un moment tant attendu ! Je l’ai vu, ses yeux, son regard si profond me troublaient encore et encore. Les larmes se mirent à couler le long de mes joues, mon cœur s’emballait comme au premier jour de notre rencontre.

Je m’en souviens comme si c’était hier. Je venais d’avoir 17 ans. Pendant la fête du village, nous deux, enfants du pays, nos regards se croisèrent et là le coup de foudre ! Je ne m’y attendais pas. Il était si beau, si fort. Comme moi il était d’une famille de paysans pauvres.

A cette époque au Portugal, la misère régnait. Quelques temps après s’être revus nous nous sommes mariés, modestement mais dans la tradition. Ce fut un mariage d’amour.

Cinq enfants sont nés de notre bonheur conjugal, mais ils ont souffert eux aussi de l’absence de leur père. Je les ai élevés seule pendant trois ans dans une petite maison héritée de mes parents. Je voulais le meilleur pour eux. Je ne voulais pas qu’ils vivent ce que j’avais vécu auparavant. Eux avaient eu de la chance d’aller à l’école dès leur plus jeune âge. Mon enfance à moi n’était pas ce qu’elle est maintenant. L’école n’existait que pour les enfants de bonne famille, et nous autres devions aider nos parents à la maison et sur les terres. A l’âge de dix ans je commençais à travailler dans un atelier de confection de tissu, en pleine expansion à cette époque. Je devais aider ma famille à subvenir à ses besoins. Je n’ai jamais eu la chance de pouvoir apprendre à lire et écrire, c’est pour cela que je voulais que mes enfants apprennent, pour pouvoir s’en sortir.

Bref, revenons à ce voyage long et éprouvant pour mes enfants tout comme moi. Trois de mes enfants étaient encore en bas âge. Leurs éclats de rires, leur joie et leurs petits yeux ébahis à la descente du bus, lorsqu’ils se blottirent dans les bras de leur père ! Ce moment fut mémorable, cette image reste gravée dans ma mémoire à jamais. Lors de notre arrivée mes intentions étaient variées. La joie de nos retrouvailles mais aussi la tristesse de notre départ. J’avais laissé ma famille, ma vie au Portugal, à plus de mille kilomètres, pour tout recommencer ici, en France. A mon arrivée, la barrière de la langue était présente. Je me sentais seule, isolée. Mes enfants s’adaptaient, ils m’étonnaient de jour en jour. C’est grâce à eux que j’ai su aller au contact des autres, après avoir longtemps hésité. Près de chez moi se trouvait une association créée par quelques Portugais arrivés à la même époque. Nous parlions pendant des heures, sans avoir à nous soucier de la barrière de la langue. En effet, nous parlions portugais, car pour le français nous paraissait encore trop inaccessible. Nous restions là à parler du passé, de nos vies au Portugal. C’est à cette époque que mon dernier enfant est né. Ce fut peut être un déclic pour moi. Je m’investis alors d’avantage dans notre vie en France. Je fis la rencontre de Français et Françaises qui m’aidèrent beaucoup par la suite. Je me suis mise à apprendre le français, à le parler et à essayer de le comprendre.

Ce que je regrette encore aujourd’hui, et qui est pour moi encore un grand handicap, c’est de ne savoir ni l’écrire, ni le lire.

Mes nouveaux amis me permirent par la suite de travailler. Je gardais des enfants et amis de mes enfants français. Ils m’aidèrent beaucoup par la suite à m’améliorer en français, chaque jour un peu plus. Merci. Depuis le fameux jour de notre arrivée, beaucoup de temps s’était écoulé. Nous avons quelques fois dû déménager, et au fil du temps notre vie en France s’améliorait. Nous vivons à présent à six dans un petit appartement à Maiche, dans une petite cité ou différentes cultures vivent en harmonie. Aujourd’hui je ne remercierais jamais assez la France de son accueil, mais jamais je ne pourrais renier mon pays.

Mes enfants ont grandi depuis.

Quelques années plus tard, mon mari décéda à l’âge de quarante ans, il était trop jeune. Ce jour la je me suis retrouvée seule comme abandonnée dans ce pays ou finalement mes repères avaient disparu avec lui.

Depuis ce jour mes enfants me soutiennent, car la perte de l’homme que j’aime reste encore en moi. Aujourd’hui mes enfants ont fait leur vie. Je suis seule à présent dans cet appartement beaucoup trop grand à présent pour moi. Ma vie suit à présent son cours à petits pas, comme moi. Mes amies sont toujours présentes pour moi et je leur en suis reconnaissante.

Je ne suis plus qu’une mère comblée mais aussi une grand-mère et arrière grand-mère heureuse, entourée de toute ma famille qui ne cesse de s’agrandir au fil des années. Aujourd’hui que je suis seule, le Portugal me manque. Ma vie est ici maintenant, près de ma famille. Mais au fond de moi, je sais que j’y retournerai.

Propos recueillis et transcrits

Annabelle PINTO

Paris : Ma campagne, ma source de vie

[Histoire fictive]

Aujourd’hui, assis sur un banc à contempler la cascade du cirque de Consolation (dans le département du Doubs), je repense à mon passé, et plus précisément ce qui m’a conduit ici. Je me repasse les images qui me restent de ma ville natale, Paris. Dans mon entourage, les gens se sont toujours demandés comment un homme peut habiter un si petit village tel que Consolation, après avoir vécu dans cette immense capitale.

Mes parents étaient locataires d’un petit appartement. Mon père, Jean Martin, était surveillant dans une petite boutique de chaussures, et ma mère, Valérie, y travaillait comme vendeuse. Ils avaient donc un revenu plutôt modeste. Pour ce qui est de ma personne, je suis né en juillet 1931, dans l’appartement de mes parents. Mes souvenirs sont très flous, pour ne pas dire quasiment inexistants jusqu’à l’année 1936. Ce dont je me souviens, c’est de mon entrée à l’école, en cours préparatoire, car à l’époque, nous n’avions pas d’école maternelle comme à l’heure actuelle. Mes souvenirs les plus proches m’amènent en 1939, ou on apprit le début de la seconde guerre mondiale. Je me rappelle ce regard plein d’inquiétude qu’échangeaient mes parents, en apprenant cette nouvelle dramatique par l’intermédiaire du poste de radio. C’est en 1941 que mon père partit pour combattre, pendant que ma mère s’est vue confiée la gestion de la boutique de chaussures. Je me souviens avec horreur du jour où mon institutrice de CM2 a été emmenée par les Allemands pour avoir refusé de signer un papier prouvant qu’elle n’était pas juive. Un midi de février 1944, ma mère et moi faisions la vaisselle quotidienne, quand le téléphone sonna. C’est ma mère qui répondit. C’était un général qui nous annonça la mort de mon père lors d’une bataille. C’est à partir de ce moment là que nous avons commencé à voir la vie en noir. Tout un enchaînement d’événements ne fit qu’accentuer notre pessimisme. Tout d’abord, l’Allemagne qui gagnait de semaine en semaine les batailles, ensuite les affaires qui ne marchaient pas à la boutique de chaussures. Et par conséquent les salaires diminuaient. Beaucoup de gens se trouvaient dans de mauvaises situations.

Je vécus des bons moments à partir de 1945, année durant laquelle l’Allemagne a été vaincue. Comme nous étions à cours d’argent, suite à la faillite de la boutique, ma mère eut l’idée de contacter son frère pour qu’il nous héberge. Il habitait à Besançon, mais ma mère voulait s’installer chez sa belle-sœur qui habitait une maison dans un coin perdu en Franche Comté, qui s’appelle Consolation.

Nous nous y sommes installés en juin, emportant le peu d’affaires que nous avions. Je n’avais jamais vu ce côté de ma famille. Ma tante nous a accueillis les bras ouverts. Un changement s’est alors produit. L’ambiance était très différente, il y avait une grande solidarité entre les habitants, par exemple pour mettre en commun des ressources telles que la nourriture, provenant entre autres du troupeau de vache que ma tante élevait. Des habitants s’étaient proposés pour aller aider à reconstruire les habitations détruites dans les villages des environs, où les ravages étaient nombreux. Les gens étaient très sympathiques et les relations assez conviviales. Cet endroit avait eu la chance de ne pas avoir été ravagé par les Allemands. A mon avis, c’est à cause de sa situation géographique. Ensuite, l’environnement était très différent, la qualité de l’air était différente, celle de la ville était remplie de pollution, alors que celle de Consolation y était pure. Le paysage y est magnifique : par la verdure, par l’espace, et par les sommets des montagnes qui forment un cirque. Ce qui change beaucoup du paysage de la capitale, qui est fait essentiellement de bâtiments sans avoir vraiment de verdure.

Après cet été d’adaptation, je fus envoyé dans un internat pour mon année de troisième, jusqu’à la fin de mes études. C’est en 1949 que je quittai l’école pour m’installer dans un appartement à Besançon pour travailler en tant que responsable chez Peugeot, grâce à un coup de pouce donné par mon oncle Bisontin qui en est le directeur. J’aimais beaucoup ce travail, du fait de ma passion pour les automobiles, mais aussi parce que je trouvais que les employés qui fabriquaient les pièces dans leurs ateliers avaient de l’or dans les mains. A ma grande tristesse, cet oncle décéda dans l’année 1954. Suite à cet évènement, je fus nommé directeur de l’entreprise. Ma mère mourra en 1988, suite à une maladie. C’est en 1995 que je pris ma retraite et que je retournai vivre à Consolation. Cet endroit est décidément un endroit qui me plait et qui me rappelle des souvenirs inoubliables que j’ai vécu.

Thibault DUFOUR

Normandie : Un nouveau départ

J’étais dans la voiture et nous roulions en direction de la Normandie pour rendre visite à ma famille. En regardant par la fenêtre, je voyais les voitures défiler le long de la route et je me disais que le temps passait aussi vite que ces voitures. En automne cette année, cela fera treize ans que j’ai quitté la Normandie pour venir m’installer en Franche Comté. Je me souviens encore très précisément de mon arrivée, c’était pendant l’été 1995. Avant cette époque, mon père était boulanger et ma mère femme au foyer. Mes deux sœurs, elles, étaient déjà à l’école primaire, tandis que je faisais mes premières années de maternelle.

Mon père, suite à un accident, ne pouvait plus exercer son métier et il recherchait activement un poste en tant que formateur en boulangerie. Il fut d’abord embauché au Château d’Amondans où il enseignait ce métier à des Japonais. Puis le château changea de propriétaire et mon père fut renvoyé. Il trouva un poste au CFA Hilaire de Chardonnet pour effectuer un remplacement. Comme le malheur des uns fait le bonheur des autres, la personne qu’il remplaçait ne revint pas et il fut nommé titulaire du poste. Cela se passa donc en 1995.

J’arrivais à la fin de cet été dans une maison située à Lods, dans la vallée de la Loue. Le paysage était très différent de celui de la Normandie, beaucoup plus montagneux et beaucoup moins humide. Cela ne me déplaisait pas, au contraire. Ma mère m’appris que dans peu de temps, j’allais aller à l’école maternelle située dans le village voisin appelé Mouthier. Cela peut paraître étrange mais ma première réaction quand j’entendis ce nom fut de croire qu’il y a avait des moutons dans ce village. C’est idiot, mais dans mon esprit j’avais fait le rapprochement entre les deux noms (Mouthier – moutons).

J’arrivais donc dans cette école qui s’avérait être une école banale et non remplie de moutons. J’avais peur d’être rejetée par les autres élèves. Mais contrairement à mes appréhensions, à peine fus-je entrée dans la pièce que déjà deux élèves s’approchaient de moi et me demandaient comment je m’appelais. Je compris que tout se passerait très bien et que les gens n’étaient pas différents de l’endroit où je vivais avant. Il y a juste une chose qui me choqua, c’est l’accent des gens de la région. Il est très prononcé et très différent de celui de la Normandie. Malgré cet étonnement, je garde un très bon souvenir de mon arrivée dans cette école ainsi que dans cette région.

Contrairement à beaucoup de gens qui vivent mal leur migration d’une région à une autre, ou d’un pays à un autre, la mienne s’est très bien passée, car vu mon jeune âge je ne me rendais pas compte de ce qui m’arrivait et cela ne m’a pas dérangée de quitter l’endroit où je vivais.

Sarah ANFRAY 1°STG C2

Maroc : Biographie d’Hamed, mon père

Comme à chaque fin de trimestre, mon bulletin arriva à la maison, et comme à mon habitude, j’allais me réfugier dans ma chambre. Je vis mon père Hamed, grand par sa taille, robuste, dont les grosses mains montraient son activité physique durant sa jeunesse. Il empoigna la lettre, l’ouvrit, fit des gros yeux et j’entendis « Anouar !!! » et me dit en arabe « viens ici ». Et comme tous les jours il me raconta son histoire. Je vais vous la compter.

Mon père Hamed est né en 1950. Quel jour ? Personne ne le sait. L’année est son seul repère. Il est né à Taounet, une ville pas loin de son village, un village magnifique par son paysage montagneux, mélangé aux dunes de sable comme au désert, avec de la terre de couleur rouge, où l’activité principale est l’agriculture. Mais la nuit ce village devient terrible. Je me souviens qu’un soir je sortis pour aller voir mes amis. A mon retour mon père était furieux et se mit en colère car j’étais petit. Aujourd’hui avec du recul je le comprends. C’est un village que même la police préfère éviter.

Mon père arriva en France en tant que célibataire avec son cousin. Il me raconta le jour de son arrivée en France. Il se présenta directement à l’usine où il avait été appelé depuis le Maroc. Parallèlement il continua ses études. C’est pour cela que mes notes et mon comportement sont des valeurs essentielles à ses yeux. Je me souviens d’un soir, j’étais avec mon père. Un homme âgé, un peu ivre, m’insulta et je répliquai. Mon père me mit une petite tape derrière la tête et me dit de le respecter, et me dit que durant sa jeunesse son père, comme tous les pères du village, inculqua à ses enfants, -donc à lui – une valeur qui est le respect. Surtout, comme il me le disait si bien le « respect des plus anciens », qu’ils aient raison ou tort. Pour lui cette valeur est la plus qu’importante. Le respect me disait-il, avec le travail, est la clef de la réussite.

Chaque vacance d’hiver et d’été, mon père retourne au Maroc avec ma mère et nous, ses enfants, car il est resté très attaché à son pays qui lui a donné toutes ses valeurs, tous ses souvenirs d’enfance. J’aime ce pays car c’est la terre de mon père et de ma mère. Certes, ce pays n’est pas très riche financièrement mais il nous apporte beaucoup plus de choses et de sentiments que la France. Là-bas les gens sont plus chaleureux, ils possèdent peu de choses mais nous offrent ce qu’ils ont.

Ici en France, mon père me raconta que pour faire ce qu’il avait fait, il avait dû se battre trois fois plus que les autres. Car il était étranger. Ici en France, mon père, tout comme moi, est tombé sur des personnes qui ne respectent rien ni personne, surtout pas les étrangers. Certes la France a apporté des choses que le Maroc n’aurait jamais apportées à mon père.

Aujourd’hui il est à la retraite, et dans ses yeux on peut lire la nostalgie. Son pays lui manque car ici, durant toute sa vie, il a été considéré comme étranger. Il veut maintenant profiter de ses neveux, nièces, frères et sœur, et surtout de sa mère.

Anouar

Italie : L’Italie, la France et l’alcool

[Histoire fictive]

« Bonjour à tous et bienvenue ! dit Paolina avec fierté.

– Bonjour, s’écrièrent les autres personnes présentes dans la pièce.

– Comme vous le savez, c’est notre première réunion des alcooliques anonymes.

Je tiens tout d’abord à me présenter et à vous expliquer pourquoi j’ai décidé de vous aider dans votre dépendance à l’alcool.

Je m’appelle Paolina, je suis née en Italie, à côté de Pescara. J’ai 21 ans.

Je suis venue en France pour une raison bien particulière. Il y a plusieurs années de cela, mon père est parti en France, me laissant seule avec ma mère. C’est alors que je me suis jurée que dès mes 18 ans, je partirai à sa recherche en France.

Pour tout vous dire, durant tout le voyage j’avais la peur au ventre. Et si je ne m’y plaisais pas ? Et si les gens me rejetaient ? D’ailleurs, l’une des hôtesses de l’air l’a tout de suite remarqué. Elle habitait en France, plus précisément à Paris. Nous avons longuement échangé diverses conversations. J’ai alors osé lui demander de l’aide concernant mon arrivée en France. Je ne savais où aller, où dormir, où manger. J’étais dans l’inconnu le plus total. Même la langue était parfois dure à comprendre. Et puis elle m’a gentiment proposé de m’héberger chez elle, pendant quelques temps, afin que je puisse m’intégrer à mon aise.

Malgré l’aide de cette hôtesse de l’air, mon arrivée se traduisit par un dépaysement presque insurmontable. Mais la France est un pays plein de ressources et très accueillant. Et puis contrairement à ce que j’avais imaginé en Italie, je n’étais pas seule.

Après quelques mois passés en sa compagnie, j’ai trouvé un appartement pas très loin. Elle, sa famille et ses amis mon beaucoup aidés durant le déménagement. Cela m’a d’ailleurs beaucoup touchée et je me souviendrai toute ma vie de ces gens au cœur si généreux. Quelques jours plus tard, l’un de ses amis médecin, cherchait une secrétaire. J’ai alors tout de suite proposé ma candidature. J’ai été prise. Ce poste me laissait un peu de temps libre afin de rechercher mon père.

Après une année passée en France, j’ai réussi à maîtriser la langue, je me suis totalement intégrée. De plus, j’ai retrouvé mon père. Il était alcoolique. C’est pour cela que je suis ici aujourd’hui. J’aime beaucoup la France, mais une seule année ici n’apporte rien. C’est pour cela que j’ai décidé de rester ici et de m’y installer afin d’aider mon père et toute autre personne alcoolique. J’ai donc laissé derrière moi mon poste de secrétaire pour ce poste, mais je n’ai jamais oublié tout ce que l’on a fait pour moi. L’Italie reste tout même mon pays d’origine malgré mon envie de vivre ici. »

Pauline HALLIEZ, 1ère STG C2

Italie : Vie d’Alessandria

Je vais vous raconter l’histoire d’une vieille dame qui a aujourd’hui 80 ans. Son nom est Bruna Pointurier et elle a vécu des choses passionnantes.
Elle est née le 28 novembre 1928, à Alessandria en Italie. Elle est venue en France pendant la deuxième guerre mondiale à cause du fascisme instauré par Mussolini. Elle avait douze ans quand elle est partie avec ses parents et son frère Orlando de trois ans. Ils se sont réfugiés à Megève, chez une famille qu’ils connaissaient, de nationalité italienne et qui s’était aussi enfuie en France depuis déjà un an.
La mère de Bruna a dû travailler au noir comme femme de ménage chez une famille aisée. Plus tard en septembre, à la rentrée, Bruna et son frère vont à l’école, mais elle arrive difficilement à s’intégrer, car elle n’a jamais appris à parler français. Elle n’arrivait pas à savoir pourquoi les enfants se moquaient d’elle au lieu de l’aider. Mais elle ne se doutait pas qu’elle n’avait pas été la seule dans cette situation. Quelques jours plus tard elle fit la connaissance d’une petite Italienne du nom de Monica qui vint s’assoir à coté d’elle. Elle lui raconta sa difficulté d’intégration dans cette classe, que ce n’était pas facile, que tout le monde se moquait d’elle pour son accent. Elle eut droit aux traditionnels surnoms de spaghettis, raviolis mais aussi de ceux qui blessaient comme rital, étrangère. Cela a beaucoup touché Bruna qui pensait que la France était le plus chaleureux pays et le plus accueillant. Monica lui fit remarquer que maintenant elle ne subissait plus ces insultes car ses camarades avaient appris à la connaître et à l’apprécier malgré sa différence de nationalité. A présent elle était heureuse d’avoir une amie qui lui ressemblait et qui la comprenait. Depuis ce jour elles ne se sont plus quittées et restèrent les meilleures amies durant toute leur scolarité.
Le père de Bruna trouva un travail dans la maçonnerie, ce qui leur permit de louer un appartement au-dessus d’une petite épicerie. Puis les années passèrent. Ce fut le certificat d’études, ensuite les plus grandes écoles pour être institutrice. Pendant ses années d’adolescence elle fit la connaissance d’un beau jeune garçon brun aux yeux bleus prénommé Pierre. Ils se voyaient pendant ces vacances scolaires lorsqu’il venait chez sa grand-mère. Avec lui elle passa les plus beaux moments de sa jeunesse.
Des années après, elle dût se rendre à Lyon pour passer le concours d’institutrice. Elle l’eut avec succès et finalement resta dans la grande ville pour exercer sa profession. Sa vie se déroula ainsi avec la satisfaction de pouvoir à son tour apprendre l’école à d’autres enfants. Elle qui n’était qu’une enfant immigrée avait bien réussi à se faire à ce pays qui n’était pas le sien.
Par la suite, elle se maria avec Pierre, avec qui elle eut deux enfants, Sophie et Marc. Aujourd’hui elle est grand-mère de quatre petits enfants et coule des jours heureux dans ce pays qui lui a apporté tant de bonheur. Mais elle n’oublie pas son pays natal, l’Italie.

Charlène MOUREY

Grèce : Romance en Grèce

(Histoire imaginée)

Mes valises étaient presque prêtes, il ne restait plus que les derniers préparatifs. Enfin l’été était là ! Pour moi et Zoé, il était temps comme tous les ans de retrouver nos racines : la Grèce. J’avais travaillé au mois de juillet dans un restaurant en tant que serveuse. Cela m’avait permis de payer mon voyage. Ma sœur n’ayant pas l’âge de travailler, mes parents lui avaient offert son billet. L’avion décollait à 19 heures précisément pour arriver à 3 heures du matin à Tripolis, un coin de paradis perdu au fin fond du sud de la Grèce. Je pourrai enfin serrer Mamita dans mes bras ! Et je verrai Kostos aussi. Il me rappellera tellement de souvenirs !

Il était 16h00, la chaleur à son comble. J’entendis Maman donner les dernières explications à Zoé. La tension était palpable, pourtant ce n’était pas la première fois que nous partions seules à Tripolis. Puis Papa nous emmena à l’aéroport de Marignane, où nous prîmes l’avion et là… mon histoire jaillit de ma mémoire.

Je revis la Grèce, sa chaleur, ses parfums, mes racines. Il y a pourtant 13 ans que je ne fais plus partie de cette nation. Mon père, un brillant élève en architecture, avait rencontré une charmante étudiante de passage sur l’île. Elle était en troisième année de droit et prenait une année sabbatique.

Bien entendu, il fallut qu’il y ait un problème pour gâcher leur idylle naissante. Non seulement, elle n’était là que pour quatre mois, mais en plus elle était française. Néanmoins ils profiteront de chaque instant, la barrière de la langue n’étant pas un problème puisque grâce à ses études mon père parlait couramment le français. Lorsque le moment fut venu de se quitter, Hector Kaligaris et Adeline Dubois se jurèrent qu’ils se reverraient bientôt.

C’est ce qu’il se passa évidemment lorsque Adeline revint trois mois plus tard le ventre rond comme un ballon de baudruche. Hé oui ! Quatre mois avaient suffit pour que je sois «mise en route». Ma mère s’était installée chez les Kaligaris jusqu’à l’accouchement. Ils l’avaient accueillie à bras ouvert.

Quand je suis née, mes parents ont loué une petite maison vers chez mes grands-parents. Du coup, ma mère a arrêté provisoirement ses études pour s’occuper de moi. Quelques années plus tard, la veille de mes six ans, mes parents m’annonçaient la nouvelle qui allait changer ma vie, bouleverser mon histoire :

– Léna ma chérie, Papa et moi allons déménager loin. Ton papa a trouvé un travail beaucoup plus intéressant qu’ici. Nous allons en France, à Hyères-les-Palmiers.

– Non ! Je ne veux pas partir et laisser Papi et Mamita !

– Nous n’avons pas le choix ma puce. Ta Maman attend un bébé, tu vas être grande sœur ! Oula ! Je me souviens du choc, le surplus de nouvelles, d’émotions. Du haut de mes cinq ans et demi, je ne voulais en aucun cas quitter mon pays. Mais je n’eus pas vraiment le choix. Dès le surlendemain nous faisions nos adieux à l’île. Des au revoir déchirants. Je me rappelle le visage de ma grand-mère, déformé par la tristesse, les larmes de mon père. Je leur en ai voulu longtemps. Pourtant je n’ai pas eu de mal à m’adapter, ni à la langue ni à ma nouvelle maison qui était grande et belle. Ce sont plutôt mes nouveaux camarades de jeux qui me posaient problèmes :

– Baaah t’approche pas de moi, tu sens la moussaka !

– Moi mes parents ils m’ont dit que tu aurais du rester sur ton île ! Haha !

Ils avaient une drôle de façon d’accueillir une nouvelle élève !

Jusqu’au jour où mon père prit rendez-vous avec le directeur de l’école :

– Excusez mes élèves, ce n’est pas du racisme, c’est plutôt de l’ignorance à cet âge là ! Puis vous savez, les enfants sont cruels entre eux !

Ils se sont mis d’accord et j’ai dû présenter un exposé sur la Grèce devant ma classe. J’étais tétanisée. Finalement je me suis débrouillée et ils ont compris. Ils ne m’embêtaient plus, ils étaient même gentils.

Les années passèrent et nos vacances en Grèce étaient toujours aussi agréables. Pour ma sœur Zoé et moi, les retours étaient difficiles, mais nous savions que nous reviendrions dans notre pays adoré. Pour mes 16 ans, n’ayant pas pu prendre de vacances, et ma sœur étant trop jeune pour voyager seule, mes parents m’avaient offert un aller et retour pour deux mois en Grèce. Tout cela pour me récompenser de mes excellentes notes scolaires ! Cela m’a fait l’effet d’un électrochoc. Deux mois avec ma grand-mère et mon grand-père ! Je comptais les jours tant j’étais impatiente. Puis je pris l’avion, seule pour la première fois. Les retrouvailles furent bouleversantes comme à chaque fois d’ailleurs. Cette fois j’étais seule, libre en quelque sorte, étant donné que mes grands-parents ont toujours eu une confiance aveugle envers moi. J’ai pu me promener au bord de l’eau, explorer des endroits inconnus.

Un jour lorsque je rentrais de ma promenade, des gens que je ne connaissais pas étaient chez mes grands-parents. Ma grand-mère fit les présentations :

– Ha ! Voici ma petite fille Léna qui est en vacances chez nous pour deux mois ! Elle est Française et Grecque.

Mamita a toujours eut l’art de me mettre mal à l’aise devant des inconnus. Mais elle n’avait pas terminé :

– Kostooos ! Où es-tu ? Que je te présente ma belle petite fille Léna !

Soudain, je vis un jeune homme arriver dans la cuisine. Il était grand, brun et le teint mat. Le parfais Grec ! Je baissai les yeux et rougis. Il fit la même chose, je crois.

– Kostos est l’apprenti de Papi pour cet été, il va l’aider à l’atelier de céramique, il n’est pas vraiment de Tripolis. C’est pourquoi nous l’hébergeons, en attendant qu’il trouve un appartement.

Génial, j’allais devoir cohabiter avec un jeune homme que je connaissais à peine et qui était beau comme un Dieu !

Lucie VALFREY

(Histoire imaginée)

Mes valises étaient presque prêtes, il ne restait plus que les derniers préparatifs. Enfin l’été était là ! Pour moi et Zoé, il était temps comme tous les ans de retrouver nos racines : la Grèce. J’avais travaillé au mois de juillet dans un restaurant en tant que serveuse. Cela m’avait permis de payer mon voyage. Ma sœur n’ayant pas l’âge de travailler, mes parents lui avaient offert son billet. L’avion décollait à 19 heures précisément pour arriver à 3 heures du matin à Tripolis, un coin de paradis perdu au fin fond du sud de la Grèce. Je pourrai enfin serrer Mamita dans mes bras ! Et je verrai Kostos aussi. Il me rappellera tellement de souvenirs !

Il était 16h00, la chaleur à son comble. J’entendis Maman donner les dernières explications à Zoé. La tension était palpable, pourtant ce n’était pas la première fois que nous partions seules à Tripolis. Puis Papa nous emmena à l’aéroport de Marignane, où nous prîmes l’avion et là… mon histoire jaillit de ma mémoire.
Je revis la Grèce, sa chaleur, ses parfums, mes racines. Il y a pourtant 13 ans que je ne fais plus partie de cette nation. Mon père, un brillant élève en architecture, avait rencontré une charmante étudiante de passage sur l’île. Elle était en troisième année de droit et prenait une année sabbatique.
Bien entendu, il fallut qu’il y ait un problème pour gâcher leur idylle naissante. Non seulement, elle n’était là que pour quatre mois, mais en plus elle était française. Néanmoins ils profiteront de chaque instant, la barrière de la langue n’étant pas un problème puisque grâce à ses études mon père parlait couramment le français. Lorsque le moment fut venu de se quitter, Hector Kaligaris et Adeline Dubois se jurèrent qu’ils se reverraient bientôt.
C’est ce qu’il se passa évidemment lorsque Adeline revint trois mois plus tard le ventre rond comme un ballon de baudruche. Hé oui ! Quatre mois avaient suffit pour que je sois «mise en route». Ma mère s’était installée chez les Kaligaris jusqu’à l’accouchement. Ils l’avaient accueillie à bras ouvert.
Quand je suis née, mes parents ont loué une petite maison vers chez mes grands-parents. Du coup, ma mère a arrêté provisoirement ses études pour s’occuper de moi. Quelques années plus tard, la veille de mes six ans, mes parents m’annonçaient la nouvelle qui allait changer ma vie, bouleverser mon histoire :
– Léna ma chérie, Papa et moi allons déménager loin. Ton papa a trouvé un travail beaucoup plus intéressant qu’ici. Nous allons en France, à Hyères-les-Palmiers.
– Non ! Je ne veux pas partir et laisser Papi et Mamita !
– Nous n’avons pas le choix ma puce. Ta Maman attend un bébé, tu vas être grande sœur ! Oula ! Je me souviens du choc, le surplus de nouvelles, d’émotions. Du haut de mes cinq ans et demi, je ne voulais en aucun cas quitter mon pays. Mais je n’eus pas vraiment le choix. Dès le surlendemain nous faisions nos adieux à l’île. Des au revoir déchirants. Je me rappelle le visage de ma grand-mère, déformé par la tristesse, les larmes de mon père. Je leur en ai voulu longtemps. Pourtant je n’ai pas eu de mal à m’adapter, ni à la langue ni à ma nouvelle maison qui était grande et belle. Ce sont plutôt mes nouveaux camarades de jeux qui me posaient problèmes :
– Baaah t’approche pas de moi, tu sens la moussaka !
– Moi mes parents ils m’ont dit que tu aurais du rester sur ton île ! Haha !
Ils avaient une drôle de façon d’accueillir une nouvelle élève !
Jusqu’au jour où mon père prit rendez-vous avec le directeur de l’école :
– Excusez mes élèves, ce n’est pas du racisme, c’est plutôt de l’ignorance à cet âge là ! Puis vous savez, les enfants sont cruels entre eux !
Ils se sont mis d’accord et j’ai dû présenter un exposé sur la Grèce devant ma classe. J’étais tétanisée. Finalement je me suis débrouillée et ils ont compris. Ils ne m’embêtaient plus, ils étaient même gentils.
Les années passèrent et nos vacances en Grèce étaient toujours aussi agréables. Pour ma sœur Zoé et moi, les retours étaient difficiles, mais nous savions que nous reviendrions dans notre pays adoré. Pour mes 16 ans, n’ayant pas pu prendre de vacances, et ma sœur étant trop jeune pour voyager seule, mes parents m’avaient offert un aller et retour pour deux mois en Grèce. Tout cela pour me récompenser de mes excellentes notes scolaires ! Cela m’a fait l’effet d’un électrochoc. Deux mois avec ma grand-mère et mon grand-père ! Je comptais les jours tant j’étais impatiente. Puis je pris l’avion, seule pour la première fois. Les retrouvailles furent bouleversantes comme à chaque fois d’ailleurs. Cette fois j’étais seule, libre en quelque sorte, étant donné que mes grands-parents ont toujours eu une confiance aveugle envers moi. J’ai pu me promener au bord de l’eau, explorer des endroits inconnus.
Un jour lorsque je rentrais de ma promenade, des gens que je ne connaissais pas étaient chez mes grands-parents. Ma grand-mère fit les présentations :
– Ha ! Voici ma petite fille Léna qui est en vacances chez nous pour deux mois ! Elle est Française et Grecque.
Mamita a toujours eut l’art de me mettre mal à l’aise devant des inconnus. Mais elle n’avait pas terminé :
– Kostooos ! Où es-tu ? Que je te présente ma belle petite fille Léna !
Soudain, je vis un jeune homme arriver dans la cuisine. Il était grand, brun et le teint mat. Le parfais Grec ! Je baissai les yeux et rougis. Il fit la même chose, je crois.
– Kostos est l’apprenti de Papi pour cet été, il va l’aider à l’atelier de céramique, il n’est pas vraiment de Tripolis. C’est pourquoi nous l’hébergeons, en attendant qu’il trouve un appartement.
Génial, j’allais devoir cohabiter avec un jeune homme que je connaissais à peine et qui était beau comme un Dieu !
Lucie VALFREY(Histoire imaginée)

Mes valises étaient presque prêtes, il ne restait plus que les derniers préparatifs. Enfin l’été était là ! Pour moi et Zoé, il était temps comme tous les ans de retrouver nos racines : la Grèce. J’avais travaillé au mois de juillet dans un restaurant en tant que serveuse. Cela m’avait permis de payer mon voyage. Ma sœur n’ayant pas l’âge de travailler, mes parents lui avaient offert son billet. L’avion décollait à 19 heures précisément pour arriver à 3 heures du matin à Tripolis, un coin de paradis perdu au fin fond du sud de la Grèce. Je pourrai enfin serrer Mamita dans mes bras ! Et je verrai Kostos aussi. Il me rappellera tellement de souvenirs !

Il était 16h00, la chaleur à son comble. J’entendis Maman donner les dernières explications à Zoé. La tension était palpable, pourtant ce n’était pas la première fois que nous partions seules à Tripolis. Puis Papa nous emmena à l’aéroport de Marignane, où nous prîmes l’avion et là… mon histoire jaillit de ma mémoire.

Je revis la Grèce, sa chaleur, ses parfums, mes racines. Il y a pourtant 13 ans que je ne fais plus partie de cette nation. Mon père, un brillant élève en architecture, avait rencontré une charmante étudiante de passage sur l’île. Elle était en troisième année de droit et prenait une année sabbatique.

Bien entendu, il fallut qu’il y ait un problème pour gâcher leur idylle naissante. Non seulement, elle n’était là que pour quatre mois, mais en plus elle était française. Néanmoins ils profiteront de chaque instant, la barrière de la langue n’étant pas un problème puisque grâce à ses études mon père parlait couramment le français. Lorsque le moment fut venu de se quitter, Hector Kaligaris et Adeline Dubois se jurèrent qu’ils se reverraient bientôt.

C’est ce qu’il se passa évidemment lorsque Adeline revint trois mois plus tard le ventre rond comme un ballon de baudruche. Hé oui ! Quatre mois avaient suffit pour que je sois «mise en route». Ma mère s’était installée chez les Kaligaris jusqu’à l’accouchement. Ils l’avaient accueillie à bras ouvert.

Quand je suis née, mes parents ont loué une petite maison vers chez mes grands-parents. Du coup, ma mère a arrêté provisoirement ses études pour s’occuper de moi. Quelques années plus tard, la veille de mes six ans, mes parents m’annonçaient la nouvelle qui allait changer ma vie, bouleverser mon histoire :

– Léna ma chérie, Papa et moi allons déménager loin. Ton papa a trouvé un travail beaucoup plus intéressant qu’ici. Nous allons en France, à Hyères-les-Palmiers.

– Non ! Je ne veux pas partir et laisser Papi et Mamita !

– Nous n’avons pas le choix ma puce. Ta Maman attend un bébé, tu vas être grande sœur ! Oula ! Je me souviens du choc, le surplus de nouvelles, d’émotions. Du haut de mes cinq ans et demi, je ne voulais en aucun cas quitter mon pays. Mais je n’eus pas vraiment le choix. Dès le surlendemain nous faisions nos adieux à l’île. Des au revoir déchirants. Je me rappelle le visage de ma grand-mère, déformé par la tristesse, les larmes de mon père. Je leur en ai voulu longtemps. Pourtant je n’ai pas eu de mal à m’adapter, ni à la langue ni à ma nouvelle maison qui était grande et belle. Ce sont plutôt mes nouveaux camarades de jeux qui me posaient problèmes :

– Baaah t’approche pas de moi, tu sens la moussaka !

– Moi mes parents ils m’ont dit que tu aurais du rester sur ton île ! Haha !

Ils avaient une drôle de façon d’accueillir une nouvelle élève !

Jusqu’au jour où mon père prit rendez-vous avec le directeur de l’école :

– Excusez mes élèves, ce n’est pas du racisme, c’est plutôt de l’ignorance à cet âge là ! Puis vous savez, les enfants sont cruels entre eux !

Ils se sont mis d’accord et j’ai dû présenter un exposé sur la Grèce devant ma classe. J’étais tétanisée. Finalement je me suis débrouillée et ils ont compris. Ils ne m’embêtaient plus, ils étaient même gentils.

Les années passèrent et nos vacances en Grèce étaient toujours aussi agréables. Pour ma sœur Zoé et moi, les retours étaient difficiles, mais nous savions que nous reviendrions dans notre pays adoré. Pour mes 16 ans, n’ayant pas pu prendre de vacances, et ma sœur étant trop jeune pour voyager seule, mes parents m’avaient offert un aller et retour pour deux mois en Grèce. Tout cela pour me récompenser de mes excellentes notes scolaires ! Cela m’a fait l’effet d’un électrochoc. Deux mois avec ma grand-mère et mon grand-père ! Je comptais les jours tant j’étais impatiente. Puis je pris l’avion, seule pour la première fois. Les retrouvailles furent bouleversantes comme à chaque fois d’ailleurs. Cette fois j’étais seule, libre en quelque sorte, étant donné que mes grands-parents ont toujours eu une confiance aveugle envers moi. J’ai pu me promener au bord de l’eau, explorer des endroits inconnus.

Un jour lorsque je rentrais de ma promenade, des gens que je ne connaissais pas étaient chez mes grands-parents. Ma grand-mère fit les présentations :

– Ha ! Voici ma petite fille Léna qui est en vacances chez nous pour deux mois ! Elle est Française et Grecque.

Mamita a toujours eut l’art de me mettre mal à l’aise devant des inconnus. Mais elle n’avait pas terminé :

– Kostooos ! Où es-tu ? Que je te présente ma belle petite fille Léna !

Soudain, je vis un jeune homme arriver dans la cuisine. Il était grand, brun et le teint mat. Le parfais Grec ! Je baissai les yeux et rougis. Il fit la même chose, je crois.

– Kostos est l’apprenti de Papi pour cet été, il va l’aider à l’atelier de céramique, il n’est pas vraiment de Tripolis. C’est pourquoi nous l’hébergeons, en attendant qu’il trouve un appartement.

Génial, j’allais devoir cohabiter avec un jeune homme que je connaissais à peine et qui était beau comme un Dieu !

Lucie VALFREY

Espagne : La France, l’Espagne et toi

1929-2002 – Il était temps que je revienne ici. Voila donc six longues années que tu m’as laissée… Six longues années ou j’ai appris à ne plus sentir tes lèvres tomber sur mon front. Six ans où l’on m’a appris que tu es parti, comme on pourrait annoncer au plus avide des scientifiques que la terre ne tournera désormais plus autour du soleil. Six ans où les dieux ont allumé le feu fatal à tout mon sang. Si tes yeux un moment pouvaient me regarder… Que dis-je ? faible projet d’un cœur trop plein de ce qu’il aime. Je m’assoie sur cette pierre sous laquelle tu reposes, face au vent, tout en respirant ma nostalgie.

Au fond qui étais-tu Luiz ? Je me remémore ta vie, ce que l’on m’en a conté, presque déçue de ne pas avoir connu toutes les facettes de ta personnalité.

Luiz est donc né en Espagne d’un père pied-noir arrivé très tôt en France. Ses parents espèrent alors l’asile politique. Le général Franco étant au pouvoir, ils partirent donc, direction la France, en compagnie de ses parents et de ses frères . Luiz est ensuite très vite appelé à la guerre d’Indochine, laissant toute sa vie derrière lui. Dures années de douleurs, tous ces morts devant lui ! Mais la plus terrible a pourtant été la mort de son père lorsqu’il est rentré.

« Tout n’est pas si noir », comme il avait l’habitude de dire. Car en effet, à son arrivée en France, il rencontra Jeanne. Pour lui elle représentait la femme parfaite. Elle l’écoutait, elle travaillait beaucoup et elle était par-dessus tout terriblement belle. Ce qui lui a valu beaucoup de jalousies.

Ils se marièrent très vite et eurent cinq enfants : Alain, Delphino, Carlos, Rosie et Philippe.

Après la retraite ils reprirent la ferme des parents de Jeanne. Mais pour Luiz ce n’était pas une vie satisfaisante car il détestait la routine. Dans toute sa vie, il avait été soldat, agriculteur, mais aussi cordonnier, chauffeur de bus et entraineur d’une équipe de football locale. Luiz n’aimait pas la routine, autant dans son travail que dans son cœur. Il ne se cachait même plus de ses aventures. Mais qu’importe, c’était un bon père, un bon travailleur, un bon vivant. Après tout, personne ne lui demandait d’être un bon mari. Il aimait vivre ce qu’il avait projeté de vivre et, de là où il est, je pense qu’il ne gardera aucun regret. Sauf celui d’être parti avec sa culture espagnole qu’il a finalement peu communiqué. Il voulait prouver à tout le monde qu’il pouvait s’intégrer tant bien que mal à la France. Il essayait parfois de dissimuler son accent et ne parlait espagnol qu’avec ses amis de même origine, et à ses enfants dans des moments de colère, ou au contraire lorsqu’il était fier d’eux. Beaucoup le taquinaient sur ses côtés très espagnols ; il en riait pourtant et en était fier. Il savait d’où il venait, mais pour lui le principal c’était où il était à présent.

Alors oui aucun regret ! Sauf un, celui d’avoir laissé la moitié de son cœur, de sa vie, à quelques milliers de kilomètres de lui. Mais c’est pourtant bien sur sa terre d’accueil qu’il voulait être enterré.

Souhait exhaussé grand père, même si j’avais voulu que tu continues encore avec moi… Un appel : tu es à l’hôpital, un infarctus ! Pourtant tu survivras au rythme fatiguant et lourd de cette machine qui t’accrochera tant bien que mal à la vie. Trois semaines plus tard, rien n’y avait fait. On avait apparemment besoin de toi là-haut.

Tout à une signification, en retenir toujours une leçon. J’en retiens quoi ? Un homme colérique, parfois trop franc, mais excusé par son travail, son sens de l’humour, sa malice et par son charisme.

Claire FUENTES

Bosnie : Une nouvelle vie

Je m’appelle Almina B., je suis née le 17 septembre 1991 en Bosnie- Herzégovine, dans une ville appelée Bjelijena. Jusqu’à l’âge d’un an et demi, j’ai vécu dans un village nommé Teocak, dans une grande maison que mon père et son frère avaient bâtie de leurs mains. Ma mère, mon père et moi vivions avec mes grands parents paternels ainsi qu’avec mon oncle, ma tante et leurs deux enfants. C’est une tradition en Bosnie, lorsqu’une femme se marie elle vit chez ses beaux parents. Mon oncle tenait un magasin de jouets dans une ville proche de chez nous. Mon père travaillait dans l’armée. A cette époque les femmes ne faisaient presque pas d’études car elles se consacraient aux enfants. Ma mère a décroché son bac avec mention très bien mais n’a pas pu continuer ses études. Elle s’est mariée et s’occupait de moi toute seule toute la journée car mon père ne rentrait que le soir.

Soudainement, le 6 avril 1992, la Serbie déclara son indépendance, ce qui déclencha une guerre entre les deux communautés. J’avais alors 10 mois. Cette guerre prit fin le 14 septembre 1995. Du jour au lendemain notre vie avait basculé. Etant bébé à cette époque je ne me souviens de rien, mais grâce à mes parents j’ai appris. En tant que militaire mon père partit au front. Nous vivions dans la terreur, nous entendions des coups de feu sans arrêt, des cris également. Cette guerre a fait de nombreux morts, notamment dans ma famille car j’ai perdu deux oncles. Durant plusieurs mois nous avons dû vivre dans la cave de notre maison en cohabitant avec la poussière, les rats et les puces. Un jour mon père reçut une balle dans l’épaule et partit se faire soigner en Algérie. Il y resta six mois.

A partir de ce moment là, ma mère décida de quitter la Bosnie. Elle tenta toutes les démarches possibles. Et un beau jour, sous une pluie de coups de feu, nous sommes montées dans une camionnette en direction de la France. Nous étions rares dans la famille à quitter la Bosnie car certains y étaient attachés et ne pouvaientt envisager de quitter le pays. Nous sommes allés à Besançon car nous avions de la famille dans cette ville. Nous avons vécu un certain temps avec elle, puis nous avons pris un appartement, car la famille de mon père était assez aisée et nous envoyait de l’argent depuis la Bosnie. Mon père quitta l’Algérie pour la Norvège et revint à Besançon un an plus tard. A partir de cette période nous avons tenté de nous construire un avenir. Mes parents ont repris des études pendant que je grandissais et j’ai eu une enfance et une éducation typique d’une petite fille occidentale.

Almina B.

Belgique : Le Zizou belge

Mansour, sept ans, vit en Belgique depuis le 9 mai 1990, jour de sa naissance. Il a découvert ce pays en prononçant ses premiers mots, « foot » et « maman », alors qu’il faisait ses premiers pas dans son appartement à Bruxelles, grande métropole européenne. Sa mère est rédactrice pour un journal local depuis de nombreuses années, tandis que son père est sportif de haut niveau dans un sport peu médiatisé et gagne sa vie grâce au commerce international. Cette famille est hors du commun car elle se compose de deux religions dites « rivales ». Mansour Baltui a grandi sur ce territoire et ses souvenirs restent intacts. Il parle de ses amis et de sa famille avec beaucoup d’émotion et de nostalgie. Ce jeune homme n’oublie pas et n’oubliera pas ses racines, qu’elles soient danoises ou iraquiennes par le sang et belges par le sol. Aujourd’hui, presque dix ans après son déménagement, sur lequel nous reviendrons, Mansour se sent autant Iraquiens que Belge, Danois ou Français.

En effet, à huit ans, Mansour doit déménager. Mais avant de parler de cet évènement important dans sa petite vie, je vais évoquer ses grands souvenirs de l’époque. Il se rappelle ses amis, Vincent, Daniel et Justine, qui lui apportaient des chocolats quand il était malade. « Justine m’achetait des chocolats et elle les mangeait tous après me les avoir offerts, car je ne suis pas très gourmand » se remémore Mansour. Il parle aussi des rapports avec les instituteurs belges qui sont, selon lui, beaucoup plus proches des élèves que les Français, avec un tutoiement permanent et une confiance totale. Mansour aimait ce système et insiste sur le fait que le tutoiement et le respect sont deux choses tout à fait compatibles. Le jeune homme se souvient aussi de Saint-Nicolas, le Père Noël belge si on veut, et quand il était en direction de la France il dit à sa mère « c’est qui le plus gentil ? Saint-Nicolas ou le Père Noël ? ». Mansour me rapporte ses propos avec un sourire nostalgique. Sa mère lui répondit alors « il offre plus, mais si l’enfant est plus sage », et à ce moment là, Mansour se demandait comment il pouvait faire, car c’était un garçon très sage et serviable pour son âge.

Un vendredi « qui aurait du être comme les autres », Mansour rentra chez lui quand son père lui annonça la nouvelle : « Nous déménageons en France dans un mois, nous allons vivre à Dijon, une très belle ville ». Pour ce jeune homme, la France représentait beaucoup de choses, comme le foot où la France était très forte. Mais il ne savait pas encore ce que cela allait lui apporter. Mansour avait déjà observé ce pays sur la carte et il le trouvait très grand. Mais cela signifiait aussi qu’il fallait abandonner ses amis, son appartement, son école et sa chambre, où il avait déjà un poster de « Zizou ». Il n’avait pas le choix, il devait partir… La veille de son départ, ses amis de classe lui apportèrent des chocolats et des friandises. Ils s’étaient aussi cotisés pour acheter un maillot de l’équipe de football de Belgique, avec le numéro 7 ainsi que son prénom au dos. Pour lui, c’était le plus beau jour de sa vie, même s’il y en a un autre que vous découvrirez par la suite. Mansour avait dormi avec le maillot et voulait le laisser pour le trajet le lendemain, mais ses parents refusèrent. Dans la voiture, il lisait un livre « La France » offert par un de ses camarades.

Mois de mars. Il pleuvait en France alors que le soleil rayonnait avant la frontière. Imaginez vous-même l’effet que cela fait à un enfant de sept ans. Mansour s’intégra vite dans ce pays et connut un jour magnifique, le 12 juillet 1998. Même si le jeune arrivant supportait la Belgique avant son élimination, il encouragea vite les « bleus » et vécut une soirée magnifique après la finale contre le Brésil. Après cet évènement, son rêve était de devenir « le Zidane Belge ».

Mansour est aujourd’hui très fier de faire parti de ce pays, mais il critique certains fléaux de la société tels que la montée du racisme, le jugement sur les jeunes, mais aussi un certain homme politique actuellement haut placé.

Le jeune homme, pour terminer, tient à féliciter les Français pour leurs blagues sur les Belges. Mais ils ne connaissent sûrement pas celle là : « Pourquoi en France, dit-on : Aller aux toilettes, alors qu’en Belgique, on dit : Aller à la toilette? Parce qu’en France, il faut en faire plusieurs avant d’en trouver une propre ».

Hugo RAUCH