Doubs : Clin d’oeil sur le passé

Madame Monique R. est née le 19 Octobre 1935, à Passonfontaine dans le Doubs. Elle habite actuellement à Valdahon, tout prêt de sa première fille, Claude.

Avant sa naissance, il y avait déjà trois enfants : une fille, Renée, de deux ans son aînée, et deux garçons, Claude, décédé à l’âge de 16 ans d’une grave maladie, et Michel qui s’est suicidé à l’âge de 49 ans suite à une dépression. Son père s’appelait Léon G. et sa mère Augusta. Ses parents étaient agriculteurs.

Monique est allée à l’école à partir de trois ans. Elle adorait l’école et se donnait les moyens pour réussir. Elle n’a pas eu la possibilité de continuer des études comme elle l’aurait désiré car ses parents n’avaient pas suffisamment d’argent. A l’époque, des revenus importants étaient nécessaires pour assurer les études des enfants.

Elle a quatre sœurs, encore toutes mariées, avec des enfants et des petits enfants. Elles sont restées très proches les unes des autres. La plus lointaine habite à seulement 30 kilomètres et la plus proche à 6 kilomètres.

Elle a rencontré son mari dans sa famille à 17 ans. Leurs parents étaient très amis et se fréquentaient souvent.

A partir de 15 ans, une fois qu’elle ne fut plus scolarisée, faute d’argent, elle aidait souvent ses parents et d’autres personnes à la ferme.

Elle a eu son premier enfant, Claude à 20 ans, son second, Gilles à 24 ans, son troisième, Nadine à 28 ans, et son dernier, Bruno à 32 ans.

Son mari était bûcheron lorsqu’elle l’a connu, puis il est parti en Gendarmerie. Ils se sont mariés deux ans après. Une dizaine de jours après son mariage, son mari est parti en Algérie, dans le cadre de son métier. Elle le suivit pour le retrouver à Batna, une petite ville à 500 kilomètres d’Alger. Son premier jour là-bas à été sans conteste le plus difficile. En effet, c’était la première fois qu’elle quittait son pays, la France, en laissant tout ce qu’elle connaissait depuis toujours, sa famille ainsi que ses amis. La fatigue qu’elle avait accumulée, lors du trajet en train pour traverser la France jusqu’à Marseille, celui en bateau pour traverser la Méditerranée, et pour finir celui en train, de nuit, d’Alger jusqu’à Batna, ne l’avait pas beaucoup aidée. Elle reconnaît ne pas avoir eu de problème pour s’adapter dans son nouvel environnement, l’Algérie étant encore Française en 1954. Elle ne connut donc aucun problème de langue, c’était une difficulté d’intégration en moins.

Trois mois ont passé avant que son mari René soit désigné pour partir en Indochine. C’est alors qu’il reçut une permission d’un mois pour bien préparer son départ. Ils sont revenus en France pour cette durée, permettant ainsi à son mari de dire au revoir à sa famille. Dans ce laps de temps, l’Algérie réclama son indépendance à la France au mois d’octobre. L’envoi de son mari en Indochine fut annulé et il fut envoyé en première ligne en Algérie, seul pour un an. Sa première fille est née en 1955, l’année de son départ pour la guerre. Renée ne l’a connu qu’au mois de septembre de cette même année, lors de son retour définitif en France. Le séjour de son épouse lui a laissé un excellent souvenir, trop court à son goût.

Après son retour en France, une fois ses enfants entrés dans la vie active, et jusqu’à la mort de son mari, en 1989, qui est également l’année de sa retraite, elle fut ouvrière dans une usine de Valdahon, France Ebauche, spécialisée dans les mouvements horlogers, maintenant nommée Techno-Time suite à son rachat par une société chinoise.

Madame Monique R. à aujourd’hui 71 ans. Elle est en pleine forme physique et morale, et coule des jours heureux dans son appartement de Valdahon.

Y. Locatelli

Tunisie : Biographie réelle de Cavaglia Fernando Dominique

Tout commence le 13 avril 1927 à Tunis, jour où est né mon grand-père sous le nom de Cavaglia Dominique Fernando. Ses parents s’appellent Cavaglia Augustin et Grech Maria, tous deux Italiens. Ils ont déjà émigré en Tunisie depuis quelques années lorsque mon grand-père vint au monde.

Avant lui, mes arrière-grands-parents ont eu un autre fils et une fille. Il vit avec ses parents, son frère et sa sœur dans une magnifique demeure luxueuse à Tunis. Il a des domestiques tunisiens à son service. Pendant son enfance, Dominique va à l’école où il parle le Français couramment puisque la Tunisie est sous le protectorat français depuis 1881.

Puis la 2ème guerre mondiale commence, nous sommes en 1939. Mon grand-père travaille dans les chemins de fer, il n’a que 12 ans. Le travail est pénible, mais il doit rapporter de l’argent à la maison, car en temps de guerre, même les plus riches souffrent. En 1941, un drame se produit. Alors que mon grand-père n’a que 14 ans, un obus tombe sur la demeure familiale, détruisant sa vie : son père et son frère meurent dans les décombres, et lui se retrouve blessé aux jambes.

europeAprès ce grand malheur, sa sœur décide de changer de vie et de s’éloigner de la Tunisie. Elle émigre seule en France vers 1942. Mon grand-père continue a vivre seul avec sa mère à Tunis, sans argent, sans confort, sans luxe, tout ce à quoi il avait été habitué auparavant. Puis la Tunisie demande son indépendance et mon grand-père et sa mère sont donc obligés de quitter définitivement le pays. Ils vont émigrer vers la France en bateau. Dominique a alors 24 ans.

Ils arrivent à Marseille le 17 septembre 1951 pour reprendre le train jusqu’à Mamirolle où habite sa sœur depuis 9 ans déjà. Elle va l’héberger avec sa mère pendant 2 ans, après quoi, il va faire une demande d’appartement en HLM à Besançon. Sa mère va rester vivre avec sa sœur. Quelque temps après, mon grand-père trouve un travail dans une métallerie comme soudeur. Il a 30 ans. Par ailleurs, il rencontre la même année ma grand-mère, Jeannine Simon.

Mais malgré ce bonheur, Dominique regrette sa vie confortable en Tunisie. Le luxe et le soleil lui manquent beaucoup. En 1959, il se marie avec Jeannine, à Besançon, sa ville d’accueil, pour ne plus la quitter. Il a 32 ans. Dominique doit travailler dur pour gagner sa vie et ne retournera plus jamais en Tunisie car il n’a plus de biens, ni de famille là-bas. Sa place est maintenant en France avec sa femme. Il va avoir 6 enfants ; 4 filles et 2 garçons qu’il élève du mieux possible.

Mon grand-père se découvre de nouveaux loisirs comme la pêche et la chasse dont il fait profiter toute la famille le dimanche après-midi. Malheureusement, il se fait prendre au jeu de la cigarette pendant toutes ces années. Il va même jusqu’à fumer deux paquets par jour. Il est atteint d’un cancer des poumons dont il décèdera le 2 janvier 1996 à l’age de 69 ans. Il repose aujourd’hui au cimetière de Besançon.

Eline Grillon

Île-de-France : De Calais à Soisy

Je ne pourrais commencer l’histoire de Serge Gangloff qu’à l’âge de 11 ans, le manque de renseignements antérieurs m’y oblige.

C’est à cet âge qu’il se retrouva face au décès de son père. Il vivait a Calais avec sa mère et son unique sœur. Peu après qu’il eut ses 17 ans, il perdit ce qui lui restait et qu’il aimait plus que tout, il se retrouva orphelin. Sa mère atteinte d’une maladie grave décéda cette année là et mon grand-père, encore mineur et non responsable aux yeux de la loi, perdit par la suite sa jeune sœur qui fut placée.

Et c’est avec cette magistrale démonstration de ce qu’était la vie à cette époque qu’il n’eut d’autre solution que de se mettre au travail pour gagner de quoi survivre.

La haine d’avoir perdu ceux qu’il aimait, n’a pas commis les ravages qu’elle aurait pu commettre sur n’importe quelle autre personne que la vie aurait giflée ainsi depuis le plus jeune âge. C’est avec une étonnante force qu’il prit la pente inverse, avec comme objectifs de se stabiliser et d’arriver un jour à retrouver sa sœur qui était sa seule famille et dont on l’avait séparé.

soisyDe travail en travail, la vie suivit son cours et, petit à petit, il put se prendre en main et se reconstruire, avec cette fois-ci comme seule envie de fuir son passé. Puis il partit pour Paris et s’installa dans le Val d’Oise ou il passa le reste de sa vie et où il eut la chance de pouvoir se construire une famille.

C’est là-bas qu’il rencontra ma grand-mère avec laquelle il eut deux enfants, mon père et sa sœur. A Paris il travailla pour la fabrique de verrerie Maccoco SA, où il était chargé des réalisations de divers vitrages pare-balles. Il travailla dans cette entreprise dont la renommée prenait chaque année un peu plus d’ampleur, et il évolua ainsi dans sa branche jusqu’à la retraite.

Il profita ainsi de ce repos pour reprendre son combat de jeunesse et se mit à entreprendre des recherches pour retrouver sa sœur, ce qu’il parvint à faire au bout de quelques temps.

Il profita aussi beaucoup de sa retraite pour se cultiver, il aimait beaucoup lire et apaiser sa soif d’apprendre. Mon grand-père parlait cinq langues qu’il aimait exercer lors de voyages répétés à l’étranger, dans des villes à la richesse culturelle énorme telle que Tunis ou encore Venise.

En 2004 il fut atteint par un lymphome qui deviendra un cancer généralisé. Il ne pouvait plus se déplacer et dut finir ses derniers jours à l’hôpital. Malgré ses souffrances, c’était un homme de cœur qui aimait la vie et il était apprécié de tous.

Il s’est éteint le 2 juillet 2005 en début de matinée dans les bras de mon père. C’est fou le vide qu’il a pu laisser derrière lui. Deux ans après, ma peine reste intacte.

A son enterrement plus de 80 personnes lui témoignèrent un dernier hommage.

Maxime GANGLOFF

Turquie : Récit d´une vie

Seda* est née le 5 août 1968, dans un village en Turquie qui s’appelle Havrek, pas très loin d’Erzincan. Elle est une petite fille qui habite dans un village où il n’y a ni téléphone, ni électricité. L’eau potable provient d’une petite fontaine où tous les villageois se serrent pour leurs besoins quotidiens. A 10 km du village, son père a une petite épicerie. C’est la seule du coin. Seda adore y aller parce qu’elle peut se servir autant qu’elle veut de bonbons. En 1974, son père décide de vendre l’épicerie pour aller travailler en France comme maçon. Elle n’a que 6 ans lors de son premier départ. Cela fut très dur pour elle, mais il a promis de leur écrire tous les jours, ce qui la rassura un peu. De toute manière, elle n’a que ce moyen de communication.

Il les prévient de ses retours en Turquie trois mois à l’avance. Ces trois mois lui paraissent une éternité. Elle compte chaque jour qui reste avant son arrivée. Mais, en attendant, Seda vit avec ses quatre frères, sa petite soeur, sa mère et sa grand-mère. Elle ne va pas encore à l’école. Donc elle s’occupe comme elle le peut. Elle joue avec ses frères et sa soeur à des jeux traditionnels, comme avec les cartes, les cinq pierres, ou encore avec les toupies. Une fois que son père rentre, c’est le bonheur total, elle ne veut plus le quitter, même si elle sait qu’il doit repartir dans quelques jours. Il les couvre de cadeaux qu’il a achetés en France, de nouveaux vêtements et des jouets. Cela lui fait beaucoup plaisir. En 1976, Seda va à l’école, mais que pendant un an, car en 1977, son père décide de ramener ses enfants et sa femme en France, après avoir fait toutes les démarches nécessaires, les passeports, les examens médicaux… qui les autorisent à s’installer en France, elle ne veut pas partir, quitter le reste de la famille. Elle a peur de ne plus les revoir, elle est triste de partir.

havrekSeda fait le voyage en train. Elle passe par plusieurs pays, dont la Bulgarie, la Yougoslavie, l’Autriche et l’Allemagne avant d’arriver en France. Après quatre jours de voyage, de fatigue, de tristesse, elle arrive à la gare de Besançon, où l’attend un autre train qui la conduira à Morteau. Puis, une fois arrivée à Morteau, un taxi les attend pour aller à Villers-Le-Lac. C’est le village où son père travaille, c’est là qu’il a trouvé un appartement. Il a déjà tout meublé, il ne manque rien sauf la télé. Elle est étonnée de voir tout ce que son père a fait pour eux. C’est une grande et agréable surprise pour toute la famille. Mais ce qui compte la plus pour elle, c’est d’être avec son père. Dans ce même village, il y a deux autres familles turques arrivées quelques mois avant eux.

A l’école, tout se passe bien pour Seda, les professeurs sont très gentils, ils l’aident beaucoup. Cela lui permet d’apprendre rapidement à lire, écrire et parler le français. Elle s’intègre très bien en France. Ses voisins de pallier y sont aussi pour quelque chose. Quelques années plus tard, elle part s’installer à Morteau avec sa famille où elle continue ses études. Tout se passe bien, elle est heureuse même si elle a toujours une pensée pour sa famille et Havrek. A Morteau, il y a beaucoup de familles turques, donc la plupart de ses amies sont turques.

En 1985, pendant les grande vacances, Seda part en Turquie à Havrek, pour rendre visite à sa famille. Au bout des trois semaines, elle doit retourner en France. Elle est heureuse et triste de repartir. De retour en France, elle va au lycée jusqu’à ses 18 ans, car ses parents ne veulent pas l’envoyer dans d’autres villes, contrairement à ses frères, pour qu’elle puisse continuer ses études. Elle décide alors de travailler. Elle commence par le métier de vendeuse dans une boulangerie. Entre-temps, sa famille s’agrandit, ses frères se marient. A son tour, elle se marie à l’âge de 19 ans avec un Turc venu d’Istanbul quelques années plutôt. A l’âge de 20 ans, elle devient maman : d’une petite fille en premier, puis d’une autre à 21 ans, et d’un petit dernier à 23 ans. Elle va tout les ans à Istanbul, car son époux a sa famille là-bas.

Quelques années plus tard, Seda déménage à Franois, mais elle n’y reste que deux ans. En 1996, elle part s’installer à Planoise où elle vit toujours avec sa famille. Depuis 1985, elle n’est jamais retournée dans son village d’origine, parce qu’elle n’a pas eu la possibilité d’y aller, malgré qu’elle allait à Istanbul. Mais Seda a promis à ses enfants d’y retourner un jour avec eux.

* Seda est un pseudonyme

A. D.

Île-de-France : Biographie de Sébastien Rousseau

Sébastien est né le 3 août 1987, à Châtenay-Malabry. Élevé par ses deux parents, Sébastien passe son enfance à Asnières. Son père est né à Montbéliard le 5 février 1962, et sa mère à Fontainebleau, le 28 décembre 1965. Deux ans après la naissance de Sébastien, le 2 août 1989, sa mère mit au monde une petite fille nommée Isabelle. Contrairement à son frère, elle est née à Asnières. En 1997, ses parents décident d’aller s’installer en Franche-Comté car son père a fini son service militaire aux pompiers de Paris. Ils choisissent cet endroit car ils souhaitent vivre dans un lieu tranquille, afin que Sébastien et sa sœur puissent étudier. De plus, la grand-mère de Sébastien vit à Besançon, dans le Doubs, et elle leur conseille de vivre à Saint Vit. C’est aussi grâce à elle que Sébastien découvrit la ville de Besançon.

franceSébastien, ainsi que sa sœur étaient d’accord pour partir. A son arrivée, Sébastien pratiquait du foot (à Saint Vit car il n’avait pas de moyen de transports). Puis à 16 ans, il a arrêté pour s’inscrire dans un club de hand, à Quingey, car il s’est trouvé de nouveaux amis qui lui ont proposé de l’emmener avec eux. Pourtant au début, les gens lui faisaient sentir qu’il était différent, car ils savaient qu’il venait de Paris, et la réputation de cette ville était mal vue par les habitants. De plus, à son arrivée, sa voiture portait toujours la plaque d’immatriculation de Paris, ce qui provoquait des regards assez méchants à l’égard de Sébastien, qui était soumis aussi à de nombreuses insultes. Mais malgré cela, il était content d’habiter à Saint Vit car, comparé à Paris, il y a beaucoup moins de circulation, et moins de délinquants.

A Paris, il était scolarisé à Jules Ferry, et à son arrivée à Saint Vit, il fut inscrit au collège de cette ville, puis au lycée Victor Hugo, à Besançon. Actuellement il fait des études de comptabilité au lycée Pergaud, situé également à Besançon, et est toujours ravi d’être venu habiter en Franche-Comté.

Emilie D

Paris : Une vie bien mouvementée

(les noms sont des pseudonymes)

Je suis née en 1935, à Port-Royal dans le 14eme arrondissement de Paris. J’ai grandi en banlieue, d’abord à Villiers sur Marne, puis à Créteil, dans un petit pavillon entouré d’une cours et d’un jardin, remplacés aujourd’hui par des immeubles.

Créteil, première école, première cours de récréation, premières petites amies, celles qui me voyant un peu à l’écart vinrent me prendre la main, m’entraînant dans la ronde, petite anecdote qui n’a plus aujourd’hui, de visage mais dont le geste reste. Créteil toujours, promenades dominicales sur les bords de la Marne non loin des guinguettes, de leurs lampions et flonflons. La barque et la marche étaient nos loisirs, les trottoirs verglacés en hiver, notre patinage…

1939, sirène des alertes, descente aux abris, mobilisation, mon père part sur le front du coté de Lisieux. Pour ma mère ma sœur et moi, c’est l’exode en « zone libre », du coté de Giat, au centre de la France. Après les péripéties du voyage : mitraillés sur les routes et dormir dans le foin, nous y sommes restés peu de temps, je crois, à peu près tranquilles, ravitaillés à coup de tickets de rationnement.

maisonRetour à Paris dans un train lent et faiblement éclairé de petites ampoules bleues. Il stoppait souvent en pleine campagne, toutes les lumières éteintes, à la moindre alarme aiguë et plaintives des sirènes annonçant une bataille aérienne. Le ronflement accéléré des avions, le bruit des obus, des mitraillettes suivaient. La peur était en chacun de nous.

A Paris, à la gare de Lyon, plus de trafic, plus de transport. Paris semblait désert, vidé, défait. Nous avons pris place dans les seuls taxis en usage en cette période : vélos attelés d’une remorque, pour rejoindre notre père démobilisé à Créteil. Celui-ci, employé à la Régie Autonome des Transports Parisiens, fut muté en forêt d’Othe non loin d’Auxerre, afin de produire du charbon de bois, seul carburant possible pour faire marcher les autobus cette année là.

Nouveau départ et déménagement en Bourgogne, dans l’Yonne où, jusqu’en 1944 nous avons vécu, une vie campagnarde, dans une petite maison agréablement entourée d’un parc fait d’une belle allée de tilleuls, sapins, haies de lilas et potager. En montant ses stères, Papy, comme beaucoup, en profitait pour faire aussi de la résistance. Notre voisinage, des fermiers, nous aidaient et nous ravitaillaient, moyennant quelques petits travaux au moment des fenaisons et des moissons. Je n’ai pas le souvenir de réelles privations mais je vivais, bien sûr, dans l’imaginaire heureux de mon enfance. Les adultes, eux percevaient plus que moi les réalités du moment.

tourEn 1945, retour vers Paris, à St Maur des fossés. C’était la crise du logement et notre hébergement était d’anciens box à chevaux, réaménagés pour nous, très étroits et inconfortables.

Avec l’opportunité d’un appartement libre dans le 11ième arrondissement, vers la place de la Bastille, c’est pour nous un nouveau déménagement.

J’avais 16 ans et pour la première fois, je regrettais de partir et de quitter mes amies, mes sorties de vélo en forêt de Sénart, mes petites activités, mon lycée.

Cependant, ce quartier populaire chaleureux m’a bien vite charmé : rue de Lapes et ses boîtes, rue de la Roquette, son marché, ses vitrines bigarrées…

C’est à ce moment là, je crois, que Paris « m’a prit dans ses bras » et ses monuments, ses magasins, ses spectacles, ses jardins, ses fontaines, son métro sont encore gravés en moi.

J’y ai fini mes études d’infirmière et travaillais à peu près un an au service pour enfant, avant de rencontrer mon futur époux natif d’un petit village de l’Ain. Il gagnait son pain à Vénissieux, banlieue de Lyon. Il était momentanément à Paris, caserné Place Balard pour y accomplir son service militaire, armée de l’air.

fourviereDéchirée, j’allais à Lyon et m’embauchais dans la même entreprise que lui, à Venissieux, avec l’idée d’en partir très vite après avoir aidé à monter quelque peu notre ménage. J’eus deux enfants, Marie-Claire, née en 1962 puis Florence, née en 1965. J’y restais 33 ans et nous habitions Bron. Les salaires étaient corrects mais des horaires bien pleins, pas de chômage ou très peu nous a incité à faire construire une maison.

Départ de Bron à Satolas, petit village sans commodité et d’un mode de vie encore très rangé. Autre façon de vivre, donc, différente de ce que jusque là j’avais aimé, mais pour y avoir vécu en partie j’aimais aussi beaucoup la campagne et la nature. Je m’y fis ! Pour 30 ans, émaillés de feux de bois, de journées bucoliques…

J’oubliais Paris d’autant que pour y être retournée plusieurs fois pour faire des stages professionnels, j’en revînt souvent déçue par ses nouveaux aspects ; plus négligés me semblait-il et avec l’impression d’avoir été trahie par lui. Mais cela est le coté subjectif qui assaille, parfois. Lorsqu’on revient sur les lieux qui ont marqué la jeunesse.

J’étais restée à l’écart de Lyon, cette belle ville chargée d’une histoire, d’une culture, à proximité des Alpes, je ne m’y suis pas admise. Je l’ai donc à peine quitté après le décès de mon compagnon, il y a deux ans. J’ai vendu la maison et aujourd’hui je suis ici, en Franche-Comté, plus près de mes enfants.

notredameJ’ai élu domicile, cette fois, dans une petite ville à la campagne, paisible, agréable, tous ce dont j’ai besoin et où, je l’espère, je me sentirais, enfin chez moi.

En ce qui me concerne, je peux donc dire que mes déplacements n’ont pas été motivés par le goût du voyage, de l’évasion (que j’éprouve par ailleurs) mais sont consécutifs aux rencontres et aux événement de ma vie m’amenant à faire des choix.

Laura

Portugal : Tel est le destin

M-A V., de son nom de jeune fille T., est née le 10 avril 1954, dans un petit village qui porte le nom de Bouça, situé vers Covihã au Portugal. Elle est la fille de C. T. et de A. T., tous deux nés et maintenant décédés au Portugal. Son père était ouvrier dans une usine en ville ; elle ne le voyait pas souvent, en général le soir lors du repas. En effet, il travaillait dur pour pouvoir nourrir toute la famille. Sa mère, elle, était mère au foyer. Dans l’ancien temps, une très grande majorité des femmes mariées étaient femmes au foyer. Elles devaient s’occuper de leurs nombreux enfants, de leurs animaux ainsi que de leurs récoltes personnelles. A. a eu avec son époux six enfants. Elle devait donc s’occuper d’eux tout en gérant l’ensemble du ménage.

M-A a suivi une courte scolarité dans son village natal. Du temps de son enfance, l’école se terminait à l’âge de 11 ans, les élèves passaient un diplôme pour évaluer leurs compétences. Seul les plus riches pouvaient poursuivre leurs études dans les grandes villes ; mais M-A était d’une famille très modeste qui n’avait pas les moyens de payer les études à leurs enfants. De plus M-A est allée à l’école jusqu’à l’âge de 12 ans, puisque alors qu’elle n’était âgée que de 11 ans elle tomba gravement malade et ne put se rendre à l’école durant trois mois. Son institutrice décida de la faire redoubler à cause du retard qu’elle avait pris.

Puis vint son premier voyage en France en septembre 1970. Elle avait 16 ans. Son père était déjà en France. Il avait trouvé du travail en tant que ouvrier. Elle est venue en France pour aider sa belle sœur à s’occuper de ses enfants. En effet l’un des frères de M-A était parti à l’armée et sa femme s’était retrouvée seule avec déjà trois enfants. M-A fit le voyage seul. « Ce fut un très long voyage » dit-elle ; certainement dû à la distance et aussi au conditions du voyage, puisqu’elle prit tout d’abord un taxi, puis un autocar dans lequel il y avait beaucoup de personnes, aucune qu’elle connaissait.

Elle vivra un an chez sa belle sœur. Puis sa maman la rejoint et elles s’installèrent dans un petit appartement avec son père à Pontarlier. A 16 ans et demi, elle commença à travailler à l’hôtel de la poste comme femme de ménage. C’était son premier vrai travail. Elle savait qu’elle devait travailler dur sans rien dire car c’était une chance que la jeune immigrée trouve du travail comme cela. Elle en garda des bons souvenir, comme le jour où Alain Delon était client de l’hôtel lorsqu’il tournait « Les granges brûlées ». Mais aussi des mauvais souvenirs, lorsque ses collègues la faisait passer pour coupable des fautes qu’elle ne commettait pas, parce qu’elles étaient jalouses.

En 1971, M-A trouve un travail en usine elle fera la rencontre de Manuel V. Elle le connaissait déjà puisqu’il habitait le village à côté de chez elle au Portugal. Mais elle ne lui avait jamais adressé la parole. Tout alla très vite entre eux.

Le 12 mai 1973 elle se maria à l’église Saint-Bénigne de Pontarlier où nombre de personnes de sa famille se déplacèrent pour l’événement. Mais d’autres ne viendront pas puisque les mariés vivaient dans le pêché. En effet, M-A attendait un enfant. Et comme les Portugais sont très pointilleux sur la religion chrétienne, cela était considéré comme un pêché. C’est le 8 octobre 1973 que M-A mit au monde le premier de ses quatre enfants.

M-A et son époux ne retournèrent jamais au Portugal, sauf pour passer des vacances. Mais ils ont le projet de repartir plus tard.

Annabelle

Algérie : Comme si c’était hier

Histoire imaginée

Gilbert Garcia né à Alger en 1941. Son père Guillermo est espagnol et sa mère Berthe est française. Ils se rencontrent en Espagne en 1920 et peu de temps après se marient et partent vivre en Algérie. Il est le cadet d’une famille de quatre enfants, un frère plus grand et deux sœurs plus petites.

Alors que Gilbert est à peine âgé de six ans, ils partent pour Barcelone en 1947. Là bas son père travaille en tant qu’ouvrier qualifié dans le fer et sa mère reste à la maison. Gilbert est très vite envoyé à l’orphelinat car leur vie ne leur permet pas de subvenir aux besoins de toute la famille. Son frère le rejoint une semaine après. L’orphelinat représente en ce temps là une école et un endroit où l’on peut dormir et manger à sa faim. Il en fait voir de toutes les couleurs aux religieuses. N’étant pas croyant, ni pratiquant, ne comprenant pas grand-chose à la religion, il se révolte. Il ne fait pas ses devoirs, fait pipi au lit ou ne mange pas son repas du soir. Son père meurt quelques mois après son entrée.

Quand il atteint ses seize ans Gilbert s’engage dans l’armée. Il apprend dans ce système très strict à obéir aux ordres et à se contrôler. Il apprend également à conduire des voitures et des camions. En 1963, il est âgé de vingt-deux ans et a fini son service militaire. Il décide de quitter l’Espagne pour la France. Il rencontre une jeune femme qui a un sacré caractère, presque le même que lui à vrai dire. Ils se marient et ont une petite fille, née le 3 novembre 1964. Comme il est chauffeur routier, il n’est pas souvent à la maison, et à chaque fois qu’il rentre à la maison des disputes éclatent avec sa femme. Il la quitte en 1974. Sa fille est alors âgée de dix ans.

Au cours de ses voyages, Gilbert a la chance de faire escale en Corse où il rencontre sa deuxième femme. Sa fille à vingt ans. Il s’installe en Corse et profite de sa vie avec la femme qu’il aime. Sa fille se marie à l’âge de vingt-trois ans en France. Ayant trop de tensions entre son père et sa mère, son père n’assiste pas au mariage. Elle lui rend visite en Corse alors qu’elle est enceinte de quatre mois de son premier enfant qui est une fille. Elle découvre donc son père et sa vie. Il travaille à ce moment là dans le BTP. Après quinze ans de vie en Corse, il décide de revenir vivre en France à Aix en provence.

Alors que Gilbert a quarante six ans, une de ses sœurs meurt. Sa fille réapprend à le connaître, car n’ayant pas pu voir son père pendant presque toute son adolescence, elle perçoit un vide dans sa vie et souhaite que ses enfants connaissent leur grand-père. Sa petite fille est née en 1990, elle s’appelle Isabelle. Il est installé à Aix, dans un appartement au dessus de la poste, car sa femme y travaille. En 1992, il fait un safari au Kenya. Son petit fils né en 1993, s’appelle Benoît. Gilbert est alors âgé de cinquante-deux ans. Dans la même année, il a un accident du travail. Il est arrêté jusqu’à la fin de sa vie. Il achète une maison dans le même village et vit confortablement avec sa femme. Il n’aura pas d’autres enfants. Il effectue des travaux dans la maison. Il garde toujours le contact avec sa fille, son frère et sa dernière sœur qui meurt l’année d’après. Sa fille vient le voir tous les ans au mois d’août. Il gâte ses petits enfants du mieux qu’il peut, car il ne les voit pas souvent. C’est un homme honnête, courtois, poli et très serviable. Il est adoré de tous.

C’est alors que survient le plus grand malheur de sa vie. Le 25 décembre 2005, il apprend qu’il est atteint du cancer du pancréas. Gilbert et sa femme sont tous les deux sous le choc et n’en reviennent pas. Il entreprendra pendant un an des soins, comme la chimiothérapie, la prise de cachets. Mais rien y fait. Il s’éteindra le 27 décembre 2006 à l’âge de soixante-cinq ans. Sa femme est épuisée, toute sa famille est sous le drame ainsi que ses amis. Ils viendront tous à la cérémonie et n’oublieront jamais cet homme incroyable, qui les a tant fait rire.

Algérie : Algérie – France, un parcours marquant

Z. B. est né dans un petit village de Kabylie, en Algérie française, dans les années 1925-1930, aucun livret de famille ne pouvant attester l’année précise. Sa mère ayant contracté la rubéole durant sa grossesse, il vint au monde avec une atrophie du bras gauche, ce qui ne l’empêchait pas d’être très habile bien qu’il n’ait pas d’avant-bras. Malheureusement, ce handicap mal accepté par sa famille, et le décès prématuré de sa mère peu après sa naissance, en firent un peu le souffre-douleur de tous. Sa belle-mère lui déléguait l’éducation de ses frères et sœurs et il fréquentait peu l’école.

Son rêve était de rejoindre la France qu’il aimait. Il disait que c’était son pays. Seuls ses grands-parents le soutenaient, et à leur décès, il s’enfuit pour rejoindre la métropole. Il débarqua à Marseille en pleine guerre d’Algérie, sans papier et sans un sou en poche. En auto-stop il monta à Paris où il rêvait d’y trouver un travail et un toit. Ce fut la galère durant quelques années, avec souvent la faim au ventre. SDF avant l’heure, disait-il en riant, et sans beaucoup s’étendre sur cette période difficile où les petits boulots se succédaient et où chaque soir il fallait trouver un endroit pour dormir. Jusqu’au jour où il rencontra Denise Legris, handicapée, car née sans bras et peintre avec la bouche. Au sein de son association il rendait service et cela lui permit de trouver un travail dans une imprimerie de la région parisienne.

Z. B. entreprit alors des démarches administratives afin d’obtenir définitivement la nationalité française. Sans état civil, l’administration définit qu’il était né un 1er janvier entre 1925 et 1930. Durant dix années il renouvela sa demande avant d’obtenir la réalisation de son vœu le plus cher : être français. Ce petit homme sec, ne se plaignant jamais, connut alors quelques ennuis de santé dus à la malnutrition et à la fragilité de ses poumons pour avoir séjourné dans des lieux malsains.

Sur les conseils d’un médecin il partit faire des cures à Amélie-les-Bains. Lors d’une de ces cures, en 1974, il rencontra Élisabeth qui, comme lui, était curiste et avait également eu de gros problèmes de santé. Une amitié lia ces deux personnes au seuil de la quarantaine et ils décidèrent de se revoir à leur retour à Paris.

Cette amitié sincère se transforma au fil du temps en amour. Leurs différences de culture et de situation ne les rebutèrent pas et ils se marièrent en 1976. La famille d’Élisabeth accueillit Z. B. un peu froidement au début, mais il su conquérir les jeunes, car il était avide d’apprendre et de partager. Ce nouvel oncle était un pur bonheur, car il apportait le soleil et la naïveté.

Élisabeth faisait partie d’une chorale dans la région parisienne et Z. B. y fut accueilli chaleureusement, tant pour sa joie de vivre que pour son immense disponibilité. Il passa son permis de conduire afin de pouvoir accompagner sa femme aux répétitions, et surtout pour éviter les 2 h de trajet matin et soir pour se rendre à son travail, de l’autre côté de Paris. Il aurait pu être chauffeur de taxi tellement il connaissait les rues, les sens interdits et les raccourcis possibles de la capitale et de sa banlieue.

La chorale possédait un camp de vacances en Bretagne qu’il découvrit à l’occasion d’un séjour. Il régalait les visiteurs par son couscous et cela ne le gênait pas d’en préparer pour cent personnes. Il était généreux du cœur et, ayant trop souvent manqué de nourriture enfant et au début de son séjour en France, il ne lésinait pas sur les quantités. Il y avait toujours de tout à profusion.

Z. B. était émerveillé de découvrir comment cuire un crabe et décortiquer les pattes d’une araignée de mer. Les enfants adoraient l’accompagner à l’auberge pour récupérer des pains de glace. Il n’y avait pas encore d’électricité sur le camp donc pas de réfrigérateur. Les enfants l’aidaient à porter la glace jusqu’au coffre de la voiture, et en remerciement, il leur offrait une boisson fraîche ou une glace.

Il était astucieux et avait inventé quelques accessoires pour faciliter la vie de chacun sur le camp et la sienne en particulier, afin que personne ne lui fasse reproche de son handicap.

A l’occasion de divers concerts à l’étranger, il découvrit le Québec, le Brésil, la Norvège, l’Autriche. A chaque fois il ramenait des souvenirs à ses neveux et nièces, et des quantités de photographies qu’il prenait plaisir à leur commenter avec force anecdotes.

Arriva le moment où l’imprimerie dut licencier du personnel en raison de la restructuration avec un autre groupe. Il était possible à Z. B. de partir en préretraite avec une certaine indemnité, ce qu’il fit. Il profita un temps de cet arrêt d’activité professionnelle pour entreprendre des travaux dans leur pavillon, afin de le rendre plus confortable et moderne, pour le plaisir de voir la joie d’Élisabeth une fois les travaux réalisés. Elle adorait les rosiers et, une année, il lui fit la surprise d’en planter en forme de E dans le petit jardin derrière la maison.

Mais le temps lui paraissant long, il rechercha un autre travail et fit le siège de l’ANPE locale. Après maintes tentatives d’entretien sans suite, de refus dus à son handicap ou à son âge, il fut embauché comme réceptionniste à l’accueil d’un grand hôpital de la région parisienne. Il était connu de tout le personnel hospitalier et des ambulanciers pour sa bonne humeur et son sens de la précision afin de ne pas perdre de temps lors de l’acheminement d’un malade.

Au bout de quelques années, comme sa femme, Z. B. prit enfin une retraite bien méritée. Ils en profitèrent pour voyager à l’étranger et en France et rendre ainsi visite à la famille dans l’Est et le sud-est. Lors d’un séjour à Annecy, il eut un grave malaise cardiaque et fut rapatrié dans l’hôpital où il avait précédemment travaillé. Mais cette fois, il était le malade. Depuis ce jour, il se déplaça avec une bouteille d’oxygène. Une installation fut réalisée dans la maison avec une valve, afin de basculer l’arrivée d’oxygène le soir dans la chambre à coucher située à l’étage, et la journée dans le reste du rez-de-chaussée. Il passait beaucoup de temps dans la véranda qu’il avait fait aménager dans le fond du jardin, en regardant Élisabeth s’occuper de son jardin et de ses rosiers en particulier.

Il avait toujours le sourire et comme il disait « je nargue la mort, elle n’a pas encore voulu de moi ». Malheureusement, un soir, a-t-il oublié d’ouvrir complètement cette valve ou y a-t-il eu un défaut, mais l’oxygène n’a pas été diffusée uniformément et le matin il fut pris d’un malaise. Paniquée, Élisabeth alerta les secours qui sont intervenus rapidement. Ils transportèrent Z. B. à l’hôpital le plus proche où il séjourna dans le coma durant quelques jours avant de s’éteindre doucement. C’était en octobre 1999.

groupe berberes

C. S

Cuba : La vie de Roberto

Histoire imaginée

Roberto DA COSTA naquit le 2 février 1957 à La Havanne, une très grande ville de Cuba. Malgré la richesse de cette ville, plus particulièrement grâce au tourisme, Roberto et sa famille habitaient un bidonville à quelques pas « del centro habana ». Roberto vécut avec ses parents qui vendaient des légumes sur une petite place de la ville et sa sœur qui les aidait. Lui mendiait, revendait des objets qu’il récupérait dans les décharges, ou encore aidait les employés de l’entreprise la plus proche pour gagner un peu d’argent. La famille Da Costa, bien qu’elle vive dans la misère, était très liée. Les membres de cette famille s’aimaient, faisaient preuve de solidarité les uns envers les autres et se débrouillaient toujours pour survivre malgré leur pauvreté.

Mais le régime dictatorial de Fidel Castro était très dur à supporter. Quand ses parents et sa petite sœur allaient sur le petit marché pour vendre leurs légumes, la police politique, chargée de surveiller la population venait en fin de journée et les obligeait à donner une part de leur argent. Plus les jours avançaient, plus les parts demandées par la police étaient grandes. Mais les Cubains n’avaient pas le choix ; la dictature était sévère. De plus, la police profitait de son statut pour profiter des plus faibles. Les opposants étaient torturés, tués ou mis en prison. C’est donc pour cela que Roberto et sa famille ne disaient rien. Les libertés étaient réduites, aucune liberté d’expression n’était accordée, et la presse officielle était surveillée de très près par le gouvernement.

Un jour que la sœur de Roberto était malade, il fut obligé de la remplacer pour aller au marché. Ils partirent. Quand la fin de la journée arriva, ils aperçurent la police qui venait comme tous les jours chercher de l’argent. Le père de Roberto prit la décision de ne plus se laisser faire par la police et ordonna à sa femme et à son fils de courir. La police les rattrapa, mais Roberto avait réussit à s’échapper, et s’était caché derrière un petit mur. Il vit son père se faire frapper jusqu’au sang, pendant que l’autre policier tenait sa mère. Son père s’évanouit, et sa mère se retrouva face aux deux policiers. Elle tremblait et les suppliait de la laisser partir. Mais les deux jeunes hommes rigolèrent aux éclats. Ils prirent tout son argent, lui donnèrent un coup de pied violent et partirent en ricanant.

fidel castroRoberto, la main devant la bouche pour s’empêcher d’hurler, vînt au secours de sa mère pendant que son père reprenait conscience. Sur le chemin du retour, un grand silence était présent. On entendait encore les pleurs de sa mère ; elle se calmait petit à petit. Mais son père et lui restèrent forts et silencieux. Une fois arrivés dans leur bidonville, la petite sœur de Roberto les questionna. Sa mère lui raconta, mais bien sûr, pour ne pas la rendre triste, elle lui dit qu’il n’y avait rien de grave, que c’était juste une petite altercation. Mais le visage de la femme prouvait le contraire, marqué de terreur. Roberto était choqué et très triste pour sa mère, il avait à cette époque seize ans. Le lendemain, personne ne vit la famille DAa Costa au travail. Roberto n’osait plus sortir, et son père pensait sérieusement à s’exiler en Europe pour protéger sa famille.

Une solution mit plusieurs jours à arriver : le père de Roberto appela un ami qui pouvait les aider à quitter le pays. Roberto était très soulagé d’apprendre que lui et sa famille pouvaient fuir ce régime dictatorial et toutes les injustices qui allaient avec. Le 21 mai 1973, ils prirent place clandestinement dans un bateau en partance pour la France. Le voyage fut long, avec, pour Roberto, la peur de se faire prendre à l’arrivée .

Mais tout s’est finalement bien passé. Toute la famille fut accueillie chez un ami de l’homme qui les avait aidés. Les parents de Roberto trouvèrent du travail, ils pouvaient ainsi scolariser leurs deux enfants. Roberto fut membre d’une association défendant les citoyens cubains victimes de la dictature.