Migration et rapport à l’autre - L'humanité face à un pas décisif de son histoire

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L’humanité face à un pas décisif de son histoire

Au delà des formes de la migration, peut-être même est-ce la nature du phénomène migratoire qui est en train de changer ? « Dans l’ère de la globalisation, la cause et la politique d’une humanité partagée font face aux pas les plus décisifs qu’elles ont eu à faire au cours de leur longue histoire » (2) . Ce qui est en cause, on voudrait le dire sans emphase, c’est l’avenir de l’humanité. Ce beau nom d’humanité étant entendu dans deux sens différents.

1/ L’humanité, au sens extensif du mot, qui désigne l’ensemble des hommes. « La nouvelle division internationale du travail entraîne une profonde redistribution spatiale des activités économiques qui ignore les frontières des Etats-nations » (3) . Nous sommes habitué depuis des siècles à reconnaître, - sur les cartes de géographies- , des pays, des nations et des États, selon le modèle de l’État-nation. Cette forme d’organisation sociale et politique est dominante aujourd’hui ; elle a eu de grandes vertus dans l’histoire ; elle continue à être encore nécessaire. Mais on voit bien qu’elle est souvent en décalage par rapport à la vie réelle du monde, et qu’elle doit évoluer. L’Etat-nation est défini dans les termes d’un peuple partageant une culture commune au sein de territoires aux limites finies. Dans ce schéma, les migrants n’ont que deux possibilités : ou l’assimilation ou le retour au pays d’origine. Or avec la migration actuelle, il y a souvent de fait comme une sorte de continuum entre la société d’origine et d’accueil (4) .

Dans le même sens, la migration nous invite à nous interroger : les questions de Développement, même si elles restent souvent spécifiques et différentes au Nord et au Sud, deviennent de plus en plus transverses ; elles sont largement communes à toute la planète. Les différences (particulièrement les inégalités - domination/exploitation ; aide-) ne sont pas seulement verticales entre le Nord et le Sud, mais aussi horizontales. Elles sont endogènes et traversent les sociétés et les Etats, ceux du Sud comme ceux du Nord. D’où cette formulation simple, en forme de projet : « Les pauvres et les exclus, sont au Sud comme au Nord ; ensemble, ils peuvent devenir ‘’acteurs-citoyens’’ de la construction d’un monde solidaire ». (5)

2/ Du coup, c’est l’avenir de l’humanité, au deuxième sens du mot, qui est concernée, au sens intensif du terme, qui désigne la qualité humaine : c’est quoi, être un homme ? qu’est-ce qui fait qu’un homme est un homme ? Pour exprimer ce sens là, certains auteurs parlent de « l’humanité de l’homme ». C’est une expression belle et forte. Peut-être que le moment est venu pour cette humanité de faire un pas de plus, un nouveau pas. Vers quoi ?

Il y a le risque du pire. On pense ainsi l’instrumentalisation dont l’immigration fait l’objet, en France et en Europe, pour attiser et utiliser les rejets xénophobes et racistes. Ou encore à la criminalisation de la migration. Tout s’achète, tout se vend. Il y a une économie du passage clandestin qui s’est muée en trafics mafieux. Comme une forme d’esclavage moderne.

Mais n’est-ce pas la face sombre d’un phénomène dont on sait par ailleurs la place éminente et positive qu’il occupe dans l’histoire de l’humanité ? La conscience devient plus vive aujourd’hui qu’avec les migrations actuelles, rien ne sera plus comme avant ; le rapport à l’autre va s’en trouver profondément changé.
La nouvelle relation à l’autre, ce peut être dans le voisinage immédiat (en dix ans beaucoup de quartiers se sont davantage « métissés »). Ce peut être, et de plus en plus, dans les familles, à l‘intérieur même des familles, par le jeu des nouveaux liens affectifs, des mariages et des naissances d’enfants, où se mêlent les cultures.
Du coup, la migration opère ses effets au cœur même de l’intimité personnelle. Les phénomènes migratoires créent des modifications dans nos têtes et souvent nos subconscients, voire nos inconscients. Il nous faut inventer des nouvelles manières de nous comprendre nous-mêmes. Des propos apparemment paradoxaux prennent soudain une allure très pertinente. Ainsi le mot célèbre de Rimbaud : « Je est un autre ». L’Autre ne se réduit pas, comme on le tient trop facilement pour acquis, à autrui, un autrui à l’extérieur de moi. L’autre n’est plus seulement extérieur à soi. L’altérité pourrait devenir également intérieure, en soi-même.

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