Philippe Grenier, le député musulman de Pontarlier - La célébrité du Dr Grenier

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La célébrité du Dr Grenier
Dès la nouvelle de son élection connue à Paris, les journalistes de la capitale se déchaînent. Ph. Grenier, dans son programme électoral, n’a pas caché qu’il s’était converti à l’islam. Et, dans les rues de Pontarlier, on le voit habillé à l’orientale, avec turban, burnous et gandoura. De plus, il s’intitule lui-même « prophète de Dieu ». Ces « étrangetés » nourrissent un déluge d’articles, le plus souvent insultants pour le docteur et pour tous les musulmans français – la France en compte plusieurs millions, à l’époque disséminés sur tout le territoire de son empire colonial.
Le Figaro, sous la plus de Charles Chincholle, un journaliste connu et apprécié, écrit : « Que se passera-t-il à Paris quand sonnera la cinquième heure du soir, s’il fait chez nous ce qu’on l’a vu faire à Pontarlier, s’il descend, tout nu, dans la Seine, comme il descend, même l’hiver, dans le Doubs pour ses ablutions ! Il est vrai que, sans s’être essuyé – Allah ne le veut point –, il remettra son burnous pour rentrer à la Chambre. Mais dans l’intervalle ! Enfin, le Parlement a vu un sénateur en vêtement breton, un député en blouse. Il lui manquait un musulman de Pontarlier. Il l’a. » La Croix, le journal catholique, n’est pas en reste : « Le renégat était, il y a encore quelques années, l’être le plus odieux à la France chrétienne ; aujourd’hui il en est le député. »
D’autres journalistes chercheront à le faire passer pour polygame. Il voudrait selon certains appliquer en France tous les aspects du Coran à l’exclusion de toutes les autres religions, et l’un d’entre eux va même jusqu’à affirmer que Ph. Grenier sort d’un asile d’aliénés. Pourtant, on ne trouve dans le programme du candidat Grenier que des idées de grande tolérance, y compris en matière religieuse. Aucune trace d’instauration de la polygamie, qui est autorisée par l’islam – mais n’est en aucun cas une obligation. Et si le docteur souhaite diminuer la consommation d’alcool, c’est davantage en tant que médecin qui constate tous les jours les méfaits d’une absorption exagérée de l’alcool que comme pratiquant de la religion musulmane. Évidemment, cette condamnation de la consommation d’alcool n’est pas toujours bien ressentie à Pontarlier où l’absinthe fait les beaux jours des distilleries locales.
Au milieu de cette extraordinaire agitation de la presse parisienne, on trouve cependant nombre de jugements beaucoup plus mesurés. Ainsi, dans Le National : « L’homme privé, au contraire, nous est une garantie que le docteur Grenier soutiendra au Parlement la cause des déshérités… Il y a donc force chances pour que le docteur Grenier soit un excellent représentant. » Pour Le Soir, « le fils du Prophète laissera couler cette ironie trop facile. Ainsi il aura pour lui sa conscience, et quelque chose de plus encore, un légitime orgueil : car, en vérité, celui-là est heureux, et il nous est supérieur… Il a cherché une foi – et il l’a trouvée ». M. De Kérobant, dans Le Soleil, écrit : « Mais, me direz-vous, il est musulman… Parfaitement. Eh bien, après ? La liberté de conscience n’existe-t-elle pas en France ? et n’est-on pas libre d’élire un musulman, aussi bien qu’un juif ou un athée ? Dans toutes les religions, il y a d’honnêtes gens. Je suis convaincu qu’il n’y a aucune religion meilleure que le christianisme ; mais je comprends très bien qu’on ne partage pas mes croyances ; et, pour tout dire d’un mot, je préfère un musulman sincère et sans fanatisme à un homme qui n’a pas de religion du tout. »

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