1914-1918

1914-1918

La Première Guerre mondiale constitua pour la Franche-Comté, et pour Besançon en particulier, un moment d’intense circulation humaine. Pendant la guerre de 1870-1871, la région, on le sait, avait été touchée par les combats dans sa partie septentrionale, mais la ville de Besançon était restée épargnée militairement, assistant, impuissante, à la retraite de l’armée de Bourbaki en janvier 1871 et servant de lieu de regroupement et de soin pour les blessés, comme l’atteste notamment le journal tenu par Isabelle Febvay, l’épouse du secrétaire général de la Préfecture, La Défense de Besançon. Journal d’une ambulancière, publié en 1912. Après la fin des combats, le département du Doubs, situé à proximité de l’Alsace et de la Moselle annexées à l’Empire allemand par le traité de Francfort, devint une zone d’accueil pour ceux qui, parmi les 130 000 Alsaciens-Lorrains qui choisirent d’opter pour la France, vinrent s’y installer. Ce conflit eut donc essentiellement pour conséquence des migrations à l’échelle régionale concernant principalement des populations d’origine européenne.

En août 1914 et jusqu’à la fin de la Première Guerre mondiale, la Franche-Comté et Besançon sont affectées par deux grands types de migration. La première est consécutive à la mobilisation, d’emblée considérable, de la population dans l’effort de guerre. La Franche-Comté fait partie des zones dites “de grandes levées”, selon l’historien Philippe Boulanger, c’est-à-dire des régions qui ont contribué plus que d’autres, au service militaire obligatoire pendant toute la durée de la guerre. En prenant l’exemple de la classe 1915, la Franche-Comté fournit jusqu’à 80 % de jeunes gens au service armé, c’est-à-dire aux unités combattantes contre une moyenne, déjà élevée, de 70 % pour l’ensemble du territoire métropolitain. Par ailleurs, le taux d’insoumission, c’est-à-dire le pourcentage de jeunes gens qui refusent d’accomplir leur devoir militaire, y est inférieur à la moyenne nationale, inférieur à 1% pour la classe 1915 par exemple dans les subdivisions de Vesoul, Lons-le-Saunier et Besançon, malgré la proximité de la frontière qui pouvait inciter certains à se réfugier provisoirement ou définitivement en territoire étranger. Les raisons de cette exceptionnelle mobilisation sont multiples, mais quelques facteurs revêtent alors une importance particulière. La position de la région à proximité d’espaces frontaliers et de couloirs d’invasion potentiels exacerbe un reflexe collectif de défense nationale, sans doute moins immédiatement présent dans les régions situées au cours des siècles précédents à l’abri de l’invasion et de l’occupation. À cet égard, la Franche-Comté fait partie de ces régions de fort patriotisme qui, depuis la Révolution française, ont exprimé leur attachement à l’État-nation en se pliant aux exigences du service militaire et en adhérant aux valeurs de la République installée définitivement après la défaite de 1871. Dans le Doubs, le taux d’engagement volontaire, constamment supérieur à la moyenne nationale pour les classes 1915 à 1919, peut aussi être interprété comme l’expression d’une volonté d’intégration de la part des fils d’étrangers, qui, présents dans ce département frontalier, cherchent ainsi à faciliter le changement de nationalité et à exprimer leur nouvelle appartenance nationale. Nous ne disposons à l’heure actuelle d’aucune étude régionale ou locale, mais à l’échelle nationale, Philippe Boulanger a noté que 5 à 20 % des fils d’étrangers en moyenne se sont engagés dans l’armée entre 1914 et 1918 et, une fois la guerre terminée, cette proportion reste comprise entre 3 à 15 % entre 1919 et 1922. La guerre, si elle est synonyme de départ loin du sol natal et d’éloignement, parfois définitif en cas de mort au combat, constitue aussi une occasion d’approfondir le lien individuel et collectif avec la communauté nationale que l’on accepte alors de défendre.

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Odile Roynette, Université de Franche-Comté et Centre d’histoire de Sciences Po

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