Le député de Besançon et l’armée indigène en 1915 - Il nous faut une armée fraîche de choc

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Il nous faut une armée fraîche de choc
La guerre, une fois venue, il fallut - si on ose dire - passer aux travaux pratiques et ce d’autant plus que l’ampleur des pertes provoquait une angoisse grandissante en France. C’est dans ce cadre que se situe le rapport présenté par Maurice Bernard au nom de la commission de l’armée.
Le constat de départ est clair : le conflit est devenu «une guerre d’usure. Les armées iront diminuant lentement... Il nous faut, au printemps, une armée de choc, une armée fraîche, que nous puissions jeter dans la balance de la guerre et qui la fasse pencher vers nous ». Où trouver les renforts indispensables ? «Parmi les 35 millions d’habitants au minimum que comptent nos colonies».
Pas question de conscription obligatoire, parce que ta contrainte risquerait de provoquer des troubles contagieux. Il faut donc susciter des enrôlements volontaires. Mais par quels procédés stimuler le zèle guerrier des indigènes ? «Il convient de faire une triple propagande en faisant appel à la reconnaissance réelle de beaucoup de ces peuplades pour la France qui les a délivrées de l’esclavage et des dévastations des guerres civiles; en réveillant l’esprit d’aventure, et même le sentiment guerrier très vif encore chez beaucoup d’indigènes; et en faisant appel à l’intérêt. Acheter une femme et fonder une famille est le rêve de tout indigène. Dans la vie sociale de ces pays, la dot joue un rôle primordial. Toute mesure qui facilitera le paiement d’une dot est assurée d’avance de la plus grande popularité. La prime d’engagement remplira ce rôle, et, à ce titre, sa puissance d’attrait sera considérable».
Avec la prime d’engagement, le versement d’une allocation journalière aux femmes de soldats peut aussi jouer un rôle particulièrement incitatif : « il faut agir sur l’opinion féminine si influente dans ces pays. La perspective d’allocations rendant la vie moins âpre, faisant de la femme du tirailleur un objet d’envie pour ses compagnes, rassurant la mère sur le sort de la famille nous la concilierait».
Il ne faut pas s’en tenir à des promesses. Il convient de payer rubis sur l’ongle. Car dans ces «pays où la quantité de monnaie est très limitée, où sa puissance d’achat est considérable, on se rend compte de ce que peut être l’attrait d’une somme immédiatement exigible... sur l’esprit simpliste des indigènes. Il y a lieu d’être optimiste sur la qualité des recrues escomptées : la fougue et la bravoure de nos Sénégalais sur la Marne et sur l’Yser sont restées un sujet d’admiration... Nous avons la chance d’avoir sous la main de nombreuses populations de grande valeur militaire. Toutes celles de notre Afrique Occidentale sont formées d’éléments guerriers... L’Indochine peut nous fournir 35 à 40 000 hommes de troupe. L’adresse des Annamites notamment est réputée, et on sait qu’ils font merveille dans les sections spéciales telles que télégraphistes, conducteurs d’autos, mécaniciens d’aviation ».

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