Le député de Besançon et l’armée indigène en 1915 - Le Sénégalais est guerrier de nature

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Le Sénégalais est guerrier de nature
Afin de donner plus de poids à son rapport et peut-être regonfler le moral des députés inquiets, Maurice Bernard avait ajouté en annexe à son texte des notes et lettres émanant d’officiers ayant commandé des troupes indigènes. Voici quelques extraits
- « Les Sénégalais ne s’affolent point, sautent dans l’eau jusqu’au cou, mettent baïonnette au canon en une marée noire irrésistible... ».
- « Les tirailleurs ont séjourné dans les tranchées pleines d’eau sans autre chose que de l’oedème et des pieds gelés. Un capitaine estime que les noirs au point de vue choc, sous le plus violent sont incomparables même à beaucoup de troupes blanches. En été, rien ne résisterait à leurs assauts furieux... Le Sénégalais est guerrier de nature; il suffit pour lui faire rendre le maximum de parler à son coeur... Sous la pluie et par le froid, ces soldats perdent un peu de leur valeur. Leurs membres s’engourdissent et ils ne peuvent même plus se servir de leurs fusils. Par les temps froids il faut donc les tenir en réserve».
- « Les feux de l’artillerie, particulièrement de la grosse, étaient inconnus du soldat sénégalais. Il n’en a ressenti aucune surprise et on peut même dire qu’il s’en est amusé».
Maurice Bernard n’eut pas le temps de voir si ces préconisations seraient suivies d’effets. Il servit comme capitaine. Versé dans l’aviation, il fut tué lors d’un exercice en octobre 1916 à 49 ans. Pourquoi, penseront certains, publier ces documents ? Il ne s’agit pas de verser dans tes repentances tous azimuts à la mode. Il s’agit de connaître des faits qui ont nourri une mémoire autre que la nôtre et peuvent expliquer des réactions chez les descendants des soldats indigènes. Mais il ne faut pas céder à un manichéisme simpliste. Suite à l’article sur Beauquier, une dame de 98 ans m’a confié un document montrant comment son mari avait bénéficié de la gratitude des Annamites qui étaient sous ses ordres pour les avoir soignés efficacement, à l’aide de quinine et de teinture d’iode, lors de la terrible épidémie de grippe espagnole.
La vérité, c’est aussi, hélas, ce que fut le recours au bourrage de crâne. Dans ce cadre, et toujours pour essayer de maintenir un moral mal en point du fait de la durée d’un conflit sanglant, on racontait que les troupes noires terrorisaient les Allemands qui fuyaient devant ces guerriers féroces. Ne confectionnaient-ils pas des colliers avec les oreilles des malheureux qui tombaient entre leurs mains ?
Ces légendes ont contribué à nourrir le racisme habilement exploité par les nazis. Et l’on sait que les troupes d’Hitler se sont montrées particulièrement dures en regard de nos coloniaux en 1940. Il est toujours nécessaire de connaître quelles sont les racines de tel ou tel comportement. Cet exercice est beaucoup plus utile que celui qui consiste à multiplier les jugements moraux sans prendre la peine de situer les faits dans un contexte toujours très complexe.

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