Note historique: les Arméniens - Arméniens et Turcs aujourd'hui

Sommaire

 

6) Arméniens et Turcs aujourd’hui.

Le souvenir du génocide reste brûlant dans les communautés arméniennes du monde entier. Elles demandent aux instances internationales, aux gouvernements, au gouvernement turc notamment, la reconnaissance du génocide de 1915-16. Beaucoup de Parlements ont voté cette reconnaissance, entre autres  aux Etats-Unis, en Russie, au Liban, en France (loi du 29 janvier 2001), aux Pays-Bas. Le Parlement européen a aussi voté en ce sens en 1987.  L’Allemagne, la Grande-Bretagne, Israël reconnaissent les massacres, sans utiliser le mot génocide
Les gouvernements turcs qui se sont succédé depuis la chute de l’empire et l’avénement de la République ont toujours violemment refusé toute reconnaissance du génocide de 1915-16 . Ils ont choisi le négationnisme. Leurs arguments ont varié. Nous les résumons ici , en tentant de ne pas trahir la pensée de ceux qui les expriment:  «  il y a bien eu des bavures lors des déplacements de population arménienne, mais ils ont été l’œuvre d’irréguliers ; ces déplacements étaient tout à fait justifiés par la déloyauté des Arméniens ; il y a bien eu des massacres, mais il y en a eu aussi dans l’autre sens ; il n’y a jamais eu d’intention génocidaire, aucun document ne le prouve ; beaucoup d’Arméniens ont survécu ; beaucoup de Turcs ont aidé et sauvé des Arméniens » ( personne ne conteste qu’il y a eu , en effet, des « Justes » parmi les Turcs).

Résumons le point de vue dominant jusqu’ici dans la population turque: « Il n’y a pas eu de plan génocidaire. Et si les Arméniens ont été un peu massacrés, ils l’ont bien cherché ».

La vérité avance peu à peu en Turquie même.

L’assassinat du journaliste turc arménien Hrant Dink , apôtre de la réconciliation, le 19 janvier 2007, par des éléments ultranationalistes peut-être liés à l’appareil d’état, a provoqué une vague d’indignation. 100 000 Turcs ont défilé lors de ses obsèques en scandant « Nous sommes tous des Arméniens ! ».

Devant l’évidence du génocide, reconnue par la quasi-totalité des historiens du monde, un nombre croissant d’intellectuels turcs demande à la nation turque d’assumer cette part honteuse de son passé. La France l’a fait : Jacques Chirac a dit en 1995 les mots qu’il fallait à propos de la Rafle du Vel d’Hiv de 1942,  et la France d’aujourd’hui s’en est trouvée non pas abaissée, mais grandie.
Une pétition lancée le 15 décembre 2008 par l’économiste Ahmet Insel, le professeur de sciences politiques Baskin Oran, le spécialiste des questions européennes Cengiz Aktar et le chroniqueur Ali Baymaroglu a été signée par des milliers de citoyens turcs. Elle dit : « ma conscience ne peut pas accepter que l’on reste indifférent et que l’on nie la « Grande catastrophe » subie par les Arméniens ottomans en 1915. Je rejette cette injustice et, pour ma part, je partage les sentiments et les peines de mes frères et sœurs arméniens. Je leur demande pardon ».
La grande nation turque a tout à gagner à répondre à l’appel lancé par les quatre courageux (ils risquent leur vie) promoteurs de cette pétition. Ceux-ci peuvent se prévaloir de l’avis de Mustapha Kemal Atatürk , qui a parlé publiquement des massacres d’Arméniens comme d’ « un acte honteux ». Certes, ils n’écrivent pas le mot « génocide » ; mais leur texte est une étape importante dans la prise de conscience turque.

Carte de l’Arménie indépendante

Pierre Kerleroux,   mars 2009

 

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