Réfugiés tchèques: les Bisontins sourds à l’appel du maire Charles Siffert - Les raisons du silence des Bisontins

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Les raisons du silence des Bisontins
Rien ne dit que la municipalité bisontine avait réfléchi à ce genre de “Kriegspiel”. Il est vrai que tout à la joie d’avoir échappé à la guerre (pendant la période de tension 750 000 réservistes avaient été mobilisés, des milliers d’hommes avaient rejoint les casernes de Besançon et l’on avait beaucoup bu lorsque fut connue la nouvelle de l’accord de Munich). La presse avait ignoré les critiques. Silence sur la fulgurante interpellation de Churchill aux Communes. “Les accords de Munich peuvent être résumés de façon fort simple le dictateur a réclamé d’abord une livre sterling, le pistolet au poing. Quand on la lui eut donnée, il a réclamé, deux livres sterling. Finalement, il a bien voulu se contenter de prendre une livre, dix sept shillings et six pence”.
Si les Bisontins non pas été sensibles à l’appel de leur maire, ça ne fut pas par défiance à l’égard de l’homme. M. Siffert était respecté ; en 1939 lors du décès de ce libre-penseur, le quotidien catholique rendit un hommage inhabituel au défunt “dont chacun se plait à célébrer l'esprit d’impartialité, le travail et les qualités administratives”.
Mais nos concitoyens étaient marqués par la peur de la guerre et un sursis gagné paraissait toujours bon à prendre, même si c’était reculer pour mieux -c’est le cas de dire- sauter. Imaginons l’ambiance qui devait régner dans notre bonne ville quand le 3 octobre 1938 le conseil municipal décidait de voter des crédits pour l’éclairage des deux tunnels de la Citadelle (celui du canal et celui du tacot) afin d’accueillir la population en cas de bombardement tandis qu’un élu proposait d’utiliser des équipes de chômeurs pour ignifuger les greniers dans le cadre de la lutte contre les effets des bombes incendiaires...
Dès décembre 1936 il avait été décidé d’installer le téléphone au clocher de St-Pierre où un service de guet devait avoir la charge, en cas d’attaque aérienne, d’annoncer l’arrivée des avions, leur départ après le bombardement, de signaler les incendies. Plus tard la sirène n’étant pas jugée assez puissante pour être entendue sur tout le territoire communal, il fut décidé qu’en cas de besoin, elle serait relayée par le tocsin des cloches de St-Ferjeux, StCtaude, Velotte et les Chaprais.
Dans ce contexte la solidarité avec la Tchécoslovaquie jouait peu. C’était l’époque où à l’école on apprenait à faire des cartes par coeur, et l’une des plus difficiles à se mettre en tête, c’était bien celle de ce pays biscornu...
Avec le recul du temps on peut estimer que nos concitoyens n’ont pas perçu les enjeux majeurs. Facile à dire. Essayons plutôt de tirer les leçons même si l’histoire ne se répète pas. Voici qu’à nouveau Tchèques et Slovaques se séparent, il est vrai à l’amiable, tandis que les surenchères nationalistes se multiplient dans les anciennes démocraties populaires.
Ne soyons pas myopes, le maire Siffert avait eu le courage d’aller à contre courant, de rappeler que la solidarité devait jouer à l’égard d’un pays allié dont le peuple aimait le France mais peut-être avait-il sauvé l’honneur.

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