Note historique : L'Algérie depuis l'indépendance

Sommaire

L'évolution de l'Algérie depuis son indépendance est marquée par des mutations considérables, que ce soit du point de vue démographique (la population est passée de 10 millions à 37 millions d'habitants) ou économique :

pays rural et agricole au lendemain de l'indépendance, l'Algérie est devenue un pays citadin à l'économie fortement tertiarisée. Après un bilan de la situation de l'Algérie au lendemain de l'indépendance, j'évoquerai son évolution en trois phases : le modèle de développement urbano-industriel étatique (1962-1979), le projet de libéralisation : de la crise larvée à la crise ouverte(1979-1992), les années noires et la tentative de reconstruction (1992-2012).

L'Algérie en 1962

Passée l'euphorie de l'indépendance (5 juillet 1962) et du départ de l'armée française, l'Algérie se trouve rapidement confrontée à des difficultés considérables. Le bilan de la guerre de libération est dramatique : cette guerre a coûté à l'Algérie plusieurs centaines de milliers de morts, 300 000 à 500 000 selon les estimations les plus couramment admises, la privant pour des années de cadres et d'homme d'expérience, du fait d'une répression souvent sélective de la part des forces de répression françaises et des attentats ciblés de l'OAS (l'un des plus emblématiques est l'assassinat de l'écrivain Mouloud Ferraoun et de progressistes français au lendemain du cessez-le-feu). A titre d'exemple, en 1962, l'Algérie ne compte que trois architectes. De ses multiples conséquences, il faut surtout en retenir deux.

La population algérienne est profondément déstabilisée : près de 3 000 000 de personnes ont été déplacées par la politique des zones interdites et des  regroupements. A l'indépendance, on estime qu'un tiers seulement est retournée à son habitat d'origine, un tiers est venu grossir les villes et le dernier tiers est resté dans des centaines de camps de regroupement, plus ou moins précaires, construits par l'armée française à partir de 1958. Ainsi cette politique a provoqué un violent déracinement d'une partie importante d ale paysannerie algérienne.
En 1962, l'Algérie est un pays exsangue. Si elle n'est pas sans disposer d'atouts, une population en croissance rapide malgré la saignée de la guerre, des infrastructures non négligeables (routes, voies ferrées, ports), un potentiel de production considérable en matière d'hydrocarbures, son économie est dans une situation dramatique. L'exode de centaines de milliers d'Européens constitue une perte considérable. L'agriculture est profondément désorganisée : les ouvriers agricoles algériens, la plupart sans formation, assurent avec de nombreuses difficultés les récoltes de l'été et de l'automne 1962 en autogérant les domaines ex-coloniaux. La situation de l'industrie est beaucoup plus grave : le départ des cadres, l'exode des capitaux, la fermeture du marché français ne permettent qu'un redémarrage très lent et sans créations d'emplois : de ce fait les émigrés de retour d'Europe à l'été 1962 y retournent très rapidement et l'émigration vers la France, organisée par plusieurs accords inter-gouvernementaux successifs, reprend jusqu'en 1973 où, du fait des créations d'emplois en Algérie et d'attentats racistes en France, le gouvernement algérien décide de la stopper. Malgré la création d'entreprises dans le cadre du « plan de Constantine » lancé en 1958 par de Gaulle (usine Berliet à Rouiba, dans la banlieue d'Alger, par exemple), la production industrielle de 1963 est inférieure à celle de 1954. Dans le bâtiment , de nombreux chantiers sont abandonnés et, en 1963, l'activité n'est que le cinquième de ce qu'elle était en 1961. Dans le domaine des infrastructures, la situation s'est également détériorée, du fait des combats de la guerre de libération ou des attentats des desperados de l'OAS au printemps 1962.

Ainsi, en 1962, c'est un pays encore peu peuplé, mais où le chômage est important (un tiers des actifs), profondément traumatisé par 132 années de colonisation et 8 années de guerre, un pays particulièrement sous-développé, que le nouvel État algérien devra réorganiser selon ses propres objectifs, encore peu clairs au moment de l'indépendance, et avec des moyens humains plus que réduits.

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