Note historique : L'Algérie depuis l'indépendance - Le projet de libéralisation : de la crise larvée à la crise ouverte

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Le projet de libéralisation : de la crise larvée à la crise ouverte (1979-1992)

La période qui commence après la mort de Boumédiene marque une rupture fondamentale dans l'histoire de l'Algérie contemporaine, rupture idéologique : le socialisme étatique est abandonné progressivement pour un libéralisme économique qui, au début, n'ose se montrer sous son vrai jour ; rupture politique : le parti unique cède la place à un multipartisme dont les islamistes sembleront être, dans un premier temps, les bénéficiaires.
De 1979 à 1985, le projet de libéralisation économique avance masqué, alors que du point de vue politique, le système se ferme de plus en plus. L'intention est claire : donner plus de poids au parti-État, au détriment des autres acteurs politiques et sociaux, pour imposer le nouveau choix de libéralisation économique. Derrière un discours paternaliste, voire démagogique, sont prises des décisions discrètes qui toutes tendent à clore l'ère de l'économie étatisée. Les grands projets industriels (comme l'aciérie de Jijel) sont abandonnés. En 1983, le marché foncier, bloqué depuis la Révolution agraire de 1971, redevient libre et une nouvelle loi permet l'accession à la propriété foncière. La faible légitimité du président désigné en 1979, Chadli Bendjedid, se révèle propice à une corruption rampante, favorisée par l'augmentation du prix du pétrole en 1979. A partir de 1982, du fait de l'érosion du prix du pétrole et du développement de la corruption, les moyens financiers de l'État régressent et ce dernier diminue discrètement son intervention dans le domaine économique et social. Pendant cette période, il n'y a pas de contestation organisée, mais une multiplication de revendications particulières : printemps berbère de 1980 qui a une double dimension, identitaire, mais aussi démocratique, manifestation islamiste à Oran en avril 1981, manifestation de femmes à l'automne 1981 contre le projet de code de la famille (qui sera finalement adopté en 1984)...

A partir de 1985, la libéralisation s'affiche de plus en plus ouvertement et le gouvernement, après un code de la famille inspiré d'éléments de la charia et institutionnalisant l'infériorité des femmes, donne de nouveaux gages aux islamistes, à l'école en particulier (introduction de matières religieuses dans l'enseignement en 1986...). En 1987, le morcellement du secteur agricole d'État en 50 000 exploitations individuelles ou en en micro-collectifs est décidé, mais le pouvoir ne va pas jusqu'au bout de sa logique et préfère garder la propriété de la terre, ne concédant que l'usufruit. Le projet libéral se manifeste aussi ouvertement dans différents autres domaines : découpages territoriaux, régionalisation, gestion des entreprises publiques. Désormais la crise s'installe et va rapidement s'aggraver : au sous-investissement industriel qui ne permet plus la création d'emplois s'ajoute dès le début de l'année 1986 l'effondrement du prix du pétrole. Le chômage explose, le PIB baisse, le poids de la dette s'accroît et les premières mesures d'austérité sont prises. Le corps social multiplie les protestations (grèves, manifestations et même émeutes à Sétif et Constantine à l'automne 1986).

Les émeutes d'octobre 1988 n'arrivent pas comme un coup de tonnerre dans un ciel serein. La montée des tensions était perceptible depuis plusieurs mois. Des mouvements sociaux commencent dès les premiers jours d'octobre et débouchent le 5 sur des manifestations de grande ampleur, à Alger d'abord , puis dans la plus grande partie du pays, à l'exception des Kabylies. L'état de siège est décrété le 6 octobre, l'armée tire dans la foule où commencent à apparaître les militants islamistes (absents des premières manifestations), tandis que le pouvoir se tait. La crise se dénoue le 10 octobre par un discours de Chadli qui promet des réformes. Le bilan, controversé, est d'au moins 500 morts et plusieurs centaines de blessés. L'Algérie entame alors une série de réformes qui se traduiront avec l'adoption d'une nouvelle constitution (23 février 1989) : multipartisme, liberté de la presse et d'association... Les mouvements islamistes, ayant compris la profondeur du mécontentement populaire, forment un parti politique très structuré, le Front islamique du salut (FIS) qui sera rapidement reconnu par le pouvoir, malgré la présence de références religieuses anticonstitutionnelles dans ses statuts ! Inversement, le mouvement démocratique éclate en multiples chapelles rivales. Le FIS saura séduire en suppléant aux carences de l'État, en particulier dans le domaine social. Avec plus de 50% des suffrages exprimés, il est le grand vainqueur des premières élections locales pluralistes de juin 1990. Mais ses pratiques autoritaires et de corruption, peu différentes de celles du FLN, lui aliènent une partie de son électorat, ce qui l'amène à se radicaliser et à tenir ouvertement un double discours sur la conquête du pouvoir, soit par la voie légale, soit par la voie illégale. Les partisans de la voie illégale sont de plus en plus actifs (grève insurrectionnelle de mai-juin 1991, mis en avant des « afghans » -Algériens de retour du jihad contre les soviétiques-, assassinat de soldats en novembre...). Le 26 décembre 1991, le FIS remporte nettement le premier tour des élections législatives, malgré la perte du quart de son électorat, mais le mode de scrutin choisi lui donne la certitude d'obtenir la majorité absolue des sièges au second tour. Le 11 janvier 1992, sur pression d'une part importante de la société civile (syndicats, partis politiques démocratiques, associations...) qui craint l'instauration d'une dictature théocratique l'armée interrompt le processus électoral et met en place un Haut Comité d'État dont elle confie la présidence à un responsable historique du FLN mis à l'écart par Ben Bella et Boumédiene : Mohamed Boudiaf qui tente de réformer l'État algérien malgré le développement de la violence des islamistes. Mais il est assassiné le 29 juin 1992.

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