Algérie : l’action des étudiants français et algériens à Besançon entre 1950 et 1960

Sommaire

Un procès exceptionnel

Le 8 décembre 1957, la police perquisitionne, à la cité universitaire, les chambres de deux étudiants tunisiens, Nourredine Bouarroudj et Ali Maamar. Dans la même journée, un étudiant algérien Mohamed Benabderramane, est arrêté à Besançon.

Il est porteur d’une lettre adressée à Salah Laouedj, membre du F.L.N. résidant à Genève où il s’est réfugié. Cette lettre a été écrite par une étudiante bisontine, originaire de Belfort, arrêtée elle aussi. Ils sont accusés d’être des agents de liaison du F.L.N.

Francine Rapiné croquée lors de son procès par le journal Le ComtoisFrancine Rapiné, alors en première année d’études à la Faculté des lettres de Besançon, est ainsi la première étudiante métropolitaine à être poursuivie pour atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat, en compagnie du Pasteur Mathiot de Belfort accusé d’avoir fait passer en Suisse Salah Laouedj.

Le président de l’Association des étudiants de Besançon, élu quelques jours plutôt, fait immédiatement des démarches en faveur des étudiants arrêtés auprès du commissaire central de police, de l’UNEF et des autorités universitaires. Grâce à l’appui du doyen de la Faculté des lettres de Besançon, Lucien Lerat, il obtient, au bout des deux mois d’instruction, un droit de visite pour porter à la prison les cours et les devoirs à Francine Rapiné.

Le Pasteur MathiotLe procès des inculpés s’est déroulé en mars 1958. Il aura un retentissement international.

Paris-Presse l’Intransigeant écrit en première page : « il s’agit n’en doutons pas d’un procès exceptionnel puisque, pour la première fois, des Français de souche sont accusés, en France, devant des juges français, de collusion avec la rébellion algérienne ».

Ce procès aura un rôle pédagogique considérable sur l’opinion publique française, malgré les peines de prison infligées par le tribunal de Besançon. L’un des défenseurs des trois accusés, Me Albert Kohler, radical de gauche, très proche de Mendès France, est adjoint au maire de Besançon. Au nom de ses clients il ne nie pas les faits, mais il montre, qu’au-delà des conformismes, leur engagement procède d’un humanisme universel qui porte en lui un gage de paix et de réconciliation pour l’avenir.

Mohamed BenabderrahmaneLes peines s’échelonnent entre 2 mois de prison pour Benabderramane et 3 ans pour Francine Rapiné. Le lendemain, 15 mars, B. Poirot Delpech écrit dans Le Monde que « ce jugement est la condamnation des symboles de l’amitié franco-musulmane ».

L’action de l’AGEB se développera à chaque arrestation d’étudiants algériens. Le gouvernement dissout l’UGEMA le 27 janvier 1958. Dès le lendemain matin les policiers perquisitionnent la chambre du président de l’UGEMA, Hamid Hamrakroua, à la cité Canot, et celle de Mohamed Boutaïeb qui loue une chambre chez le directeur de la Banque de France, rue de la Préfecture. Les étudiants arrêtés seront vite relâchés, suite à l’action de l’AGEB. Les inspecteurs n’ont rien trouvé lors des perquisitions : Bernard Laude, étudiant en chimie, membre de l’AGEB avait été chargé, la veille, de mettre en sécurité les papiers de l’UGEMA au grand séminaire, dans la chambre du Père Joly, professeur de mathématiques au lycée Saint-Jean.

Mohamed Benabderramane, condamné à 3 mois de prison pour être porteur d’une lettre en titre du F.L.N, durée entièrement couverte par la détention préventive, est libéré à la suite de son procès le 15 mars 1958. Mais il a été immédiatement transféré, par décision du ministère de l’Intérieur, au camp d’internement de Mourmelon. Nouvelles démarches de l’AGEB auprès des autorités universitaires et de l’Education Nationale. Une motion est votée au congrès de l’UNEF, réuni à Marseille pendant les vacances de Pâques 1958, pour exiger sa libération. Elle sera effective quelques semaines plus tard.

 

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