Les Nord-Africains vus par les journaux bisontins - Dans un contexte de guerre, la tension monte

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1955 : Dans un contexte de guerre, la tension monte

« A Besançon les Nord-Africains témoignent d’une regrettable agressivité »
Tel est le titre du Comtois du 18 juillet 1955. Il est clair que l’insurrection déclenchée à la Toussaint 1954 a des répercussions dans la métropole : les divisions des Algériens entre les mouvements nationalistes rivaux provoquent des incidents tandis que les métropolitains s’inquiètent du sort de nos soldats et de la population d’origine européenne outre-Méditerranée.
Voici un extrait significatif de l’article :
« Jusqu’à présent les Nord-Africains logeant soit dans les casemates de Battant, soit à la Tour Carrée, hébergés par différents organismes municipaux, privés ou confessionnels n’avaient pas donné trop de soucis aux services de sécurité.
Mais voici que, soudainement, à l’instar des centres industriels importants, où la main-d’œuvre nord-africaine, quelquefois poussée par certaines agitations politiques, attaque manifestement les pouvoirs publics, les arabes témoignent d’une agressivité intempestive.
D’ores et déjà, nous espérons que des sanctions sévères seront prises à l’encontre des brebis galeuses que la majorité honnête des originaires d’Afrique du Nord réprouve vigoureusement. »
Le 23 août La République évoque une « véritable bataille rangée entre Nord-Africains à Besançon ».
Il est question de 150 participants « Les antagonistes utilisèrent couteaux et gourdins »... « La véritable cause des affrontements serait une rivalité existant entre membres de tribus différentes ».
Le lendemain le journal publie un article dont voici le titre :
faits locaux
Il est question de « nombreuses agressions » de la part de Nord-Africains dont des habitants de Battant sont les victimes.
Il est précisé qu’une délégation de 40 commerçants et habitants du quartier « est allée présenter ses doléances à la Préfecture » demandant que « les Nord-Africains soient logés dans un endroit moins populaire ». Conclusion du journal : « Nous ne voulons pas que soient mêlés à ces histoires les très nombreux Nord-Africains honnêtes et consciencieux travailleurs dont les chefs d’entreprise n’ont qu’à se louer. Paix aux paisibles ! Châtiments pour les méchants ! »
faits du jour
Sous ce titre, Le Comtois du 6 septembre évoque une spectaculaire intervention de la police faisant suite à la « répétition d’incidents qui avait déclenché une sorte de psychose, la ville baignait dans une atmosphère de peur généralisée ».
Cinq « îlots » furent cernés :
• Tour Carrée et casemates voisines
• Tour de la Pelote et casemates chemin du Fort Griffon et de Grand Charmont
• Rues de Vignier et Marulaz
• Baraquement des Ponts et Chaussées à Tarragnoz
• Baraquement de la gare de triage 600 « français musulmans » furent contrôlés. Une centaine de « suspects » furent transférés à l’Hôtel de Police pour interrogatoire. Il s’agissait de neutraliser un « noyau d’agitateurs » et de « racketteurs » prélevant des cotisations de soutien aux insurgés nationalistes en Algérie.
Le 8 septembre, nouveau gros titre « Seconde opération de ratissage déclenchée dans le Doubs ». Quatre « agitateurs notoires » sont expédiés à Alger par « avion cellulaire » étant inculpés d’attentat à la Sûreté intérieure de l’Etat.

Un fait divers révélateur
Le 23 novembre 1955 Le Comtois publie un article au titre sensationnel :
faits du jour
Le compte rendu expliquait qu’un Jurassien se rendant à son travail « remarqua une voiture engagée dans un pré et, à côté, un homme à demi assommé qui rampait sans pouvoir se lever ». La gendarmerie d’Arbois alertée recueillit le témoignage du blessé. Il déclara que deux Nord-Africains sous la menace d’un pistolet l’avaient agressé alors qu’il s’apprêtait à monter dans sa voiture rue des Chaprais. « Les deux individus intimèrent au chauffeur l’ordre de les conduire à Lyon. Mais en cours de route ils le forcèrent à quitter la grande route pour prendre un modeste chemin.
A l’arrivée dans un endroit désert, ordre fut donné de stopper la voiture, et le conducteur fut alors tabassé et détroussé d’une importante somme d’argent qu’il détenait ».
Le lendemain 24 novembre, coup de théâtre.
faits du jour
Que s’était-il passé ? Le journal explique que la prétendue victime d’une sauvage agression avait en réalité passé une nuit à jouer aux cartes avec des amis sans prévenir son épouse de cette absence. Craignant d’être fort mal reçu à son retour au domicile conjugal M. X, à la recherche d’un alibi, monta de toutes pièces une mise en scène. Il se rendit près d’Arbois, stoppa sa voiture, sortit, se frotta à des ronces qui lui griffèrent le visage et se posta au bord de la route pour attendre du secours...
La gendarmerie ne mit que peu de temps à démonter le stratagème. Convaincue d’incohérences dans ses explications, la pseudo-victime passa aux aveux... Entre temps, une quarantaine de gendarmes de plusieurs brigades avaient été mobilisés pour rechercher les pseudo-agresseurs.
La soi-disant victime fut inculpée « d’outrages à agents de la force publique »...

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