Les Nord-Africains vus par les journaux bisontins

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1951 : Des conditions de vie dénoncées

Le 28 novembre 1951 Le Comtois sous le titre : « le problème des travailleurs Nord-Africains » rend compte d’une communication du préfet du Doubs concernant l’intervention des pouvoirs publics dans le Pays de Montbéliard pour améliorer les conditions de vie des travailleurs Nord-Africains. L’article est précédé d’un commentaire qui traduit une prise de conscience de graves injustices.

« Où sont pour les Nord-Africains les heureux jours de la Libération »
« Où sont pour les Nord-Africains les heureux jours de la Libération où on acclamait à tout rompre la belle, la vaillante armée d’Afrique...
On les a souvent parqués, on les a laissés mourir de faim, de froid, de misère. La misère, c’est rôder dans la rue et coucher sous les ponts, avec plus que jamais la police à ses trousses.
Si les Marocains et les Tunisiens jouissant d’un régime spécial (protectorat) pouvaient gagner la métropole et bénéficiaient en général d’une plus grande sympathie, les Algériens eux, étaient légalement Français. Aucune loi, aucun texte, aucun décret ne pouvait à aucun prix leur interdire de descendre du bateau ou de l’avion. Une fois en France, on connaît le drame... »

« Ils ne mangent que du pain et boivent de l’eau »
L’article paru dans Le Comtois du 8 décembre 1951 est celui qui est le plus précis au sujet des conditions de vie. Rien n’est dit sur ce qui a provoqué la prise de conscience des pouvoirs publics au plus haut niveau (rapport au préfet des services du travail ? de la santé ? intervention des personnes – très rares sans doute – qui auraient dénoncé une situation inadmissible ?).
Toujours est-il que le plus haut représentant de l’Etat se déplace lui-même et que des mesures concrètes sont prises, même si elles sont de portée modeste.
« Une vive émotion a été provoquée par les lamentables conditions de vie des ouvriers nord-africains travaillant actuellement sur les voies ferrées.
Au mois d’août 1951 la Compagnie continentale des travaux publics a été chargée d’effectuer d’importants travaux sur les voies. Elle a engagé pour cela, outre un certain nombre d’ouvriers métropolitains, une soixantaine d’Algériens.
Les Nord-Africains ont pour habitude de consacrer à leur nourriture, à leur logement, à leur entretien une infime partie de leur salaire et d’envoyer le reste en Afrique du Nord, où les sommes s’accumulent et permettront au retour d’acquérir des terres et du bétail. Ils expédient les trois quarts de leur salaire et vivent avec le reste.
Le logement, ils ne le conçoivent que gratuit. La Compagnie a fourni des baraques, appartenant
à la SNCF et situées sur l’ancienne gare de triage à la Butte.
Le froid est venu. On a installé dans chaque baraque un poêle... Pour ne pas acheter de combustible, ils ont brûlé les planches et même les paillasses, si bien qu’ils couchent actuellement sur la terre. Pour la même raison d’économie  ils ne mangent que du pain et boivent de l’eau.
A l’origine, ils étaient environ 60, mais beaucoup de leurs coreligionnaires, employés dans d’au-
tres entreprises et eux-mêmes sans abri, vinrent les rejoindre ».
Alerté par cette situation le préfet, accompagné de responsables des services de santé, du travail, de la Croix-Rouge, etc. vient sur les lieux.
« On ne peut s’empêcher d’être ému par la situation de ces malheureux accroupis autour d’un brasero qui crache sa fumée dans la baraque où l’air devient ainsi irrespirable.
La sous-alimentation a facilité le développement des affections pulmonaires et quatre en sont atteints. Un cinquième a une épaule démise. Aucun d’eux, cependant, ne consentait à se laisser soigner, et naturellement moins encore à être, hospitalisé. M. le Préfet prit alors une décision énergique. Une ambulance fut appelée. On y déposa les cinq malades et malgré leurs protestations on les conduisit à l’hôpital ... Des mesures ont également été prises pour le logement. Une baraque en ciment qui se trouve sur un terrain SNCF à la Mouillère va être aménagée. L’autorité militaire a très obligeamment offert de fournir 40 lits en fer et 80 paillasses. Mais ce n’est là qu’une solution provisoire car il existe à Besançon 150 autres Nord-Africains employés par d’autres entreprises et qui couchent on ne sait où. Il n’est pas douteux qu’ils envahiront prochainement les baraques évacuées de la Butte et un nouveau problème se posera ».

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