Note historique : L'immigration portugaise en France - Les Portugais en France

Sommaire

Les Portugais en France
les débuts furent très difficiles. Les fortes restrictions mises par les gouvernements salaristes aux départs légaux amenèrent de plus en plus de migrants à partir clandestinement, "a salto" (en sautant par-dessus les frontières), et en recourant à des passeurs. Même si le gouvernement français décida dès 1965 de régulariser facilement ces migrants irréguliers, les Portugais, ayant tout à apprendre de la société française et ne pouvant pas compter sur une communauté d'accueil importante, restèrent, au début, en marge de la société française pour leur logement et leur insertion, même s'ils trouvèrent facilement du travail
Les nouveaux arrivants vécurent très souvent dans des bidonvilles : celui de Champigny-sur-Marne, dans la banlieue parisienne, étudié par Marie-Christine Volovitch-Tavares, comptait en 1964 10 000 habitants. Ces « années de boue », qui ne prirent fin que vers 1975, sont une période dont on comprend que les Portugais n’aiment pas l’évoquer.

Un paradoxe veut que les Portugais étaient des immigrés très désirés par le gouvernement et le patronat français, et bien acceptés par l’opinion, mais que les autorités françaises ne prirent pas de mesures spécifiques d’accueil dans leur direction, les laissant se débrouiller seuls. D’où ces débuts très difficiles, qui, explique Marie-Christine Volovitch-Tavares, expliquent probablement que « les immigrants portugais articulent de grandes capacités d’insertion dans la société française avec un « entre-soi » familial et associatif très développé ».

La situation s’améliora rapidement par la suite. La résorption des bidonvilles, l’ancrage progressif dans la société française, la révolution des œillets en 1974 (révolution pacifique faite par des militaires de gauche et qui renversa le régime salariste) suivie par la fin immédiate des guerres coloniales africaines et l’entrée du Portugal dans l’Union européenne en 1986, changèrent l’image du Portugal et des Portugais aux yeux des Européens du Nord, en même temps que s’améliorait la situation réelle tant des Portugais restés au pays que des émigrés.

Les métiers des Portugais en France.
Les hommes arrivant dans les années 60-70 étaient rarement maçons au départ, plutôt manoeuvres dans le gros oeuvre du bâtiment et des Travaux Publics. Les qualifications vinrent ensuite, si bien que le cliché du Portugais maçon et de sa femme employée de maison, arrivés tous deux en France avec leur "valise en carton", selon le titre du best-seller de Linda de Souza, a correspondu à une vraie réalité dans les années 60-80. Ces deux types de métier ont favorisé l’intégration, la familiarité avec le pays d’accueil, et un certain succès économique, le maçon étant très demandé sur le marché du travail (y compris au noir), et pouvant de plus construire sa maison ou améliorer une maison achetée peu cher, cependant que son épouse, par les liens noués avec ses employeurs dans des ménages français, se trouvait apte à comprendre plus vite les rouages et les façons de vivre de la société d’accueil. En 2000, 60% des Portugaises de France actives travaillaient comme « personnel de service aux particuliers ».
La situation évolue vite. L'analphabétisme et/ou la brièveté de fréquentation de l'école, fréquents chez les immigrés des années 60-70, ne se constatent plus chez leurs enfants. Le logement est désormais devenu massivement satisfaisant. Le pourcentage des Portugais de France qualifiés est passé de 31,1% en 1990 à 56,5% en 1999. Le pourcentage des ouvriers a chuté de 66% à 50%, celui des employés est monté de 22 à 31%, celui des professions intermédiaires de 5 à 10%, celui des cadres et professions intellectuelles de 1 à 2,5%, celui des artisans, commerçants et entrepreneurs de 4,7 à 5,7%. L’école joue son rôle intégrateur avec la seconde génération portugaise de France. Le nombre des binationaux augmente rapidement (236 000 en 1999).

La vie communautaire
Les Portugais ? Des gens peu syndiqués, catholiques, bons travailleurs, des gens sans histoire. Ces clichés, généralement positifs aux yeux  des Français de souche qui les reprennent à leur compte, ne sont pas faux, mais à nuancer, le temps passant.
Il est vrai qu’un catholicisme populaire marque la communauté ; vrai aussi  que les militants de gauche, anti-salazaristes, ont toujours été minoritaires dans une communauté plutôt conservatrice.
La vitalité de la vie associative est notée par tous les observateurs : plusieurs centaines d’associations culturelles (chants, danses, cours de langue) ou sportives, 800 peut-être, existent partout en France. Le nom de « Os Lusitanos » est familier dans beaucoup de coins de France.
Les liens avec le Portugal restent forts. Les vacances au pays, dans une maison héritée ou construite, restent la règle. Mais le temps fait son œuvre, comme pour toutes les communautés émigrées, et passer sa retraite en France près des enfants devenus français (même s’ils ont épousé un(e) Portugais(e)), est une perspective qui, chez beaucoup de sexagénaires, n’est plus écartée. D’autres préfèrent revenir définitivement au pays. C’est affaire de libre choix.

Une image positive en France
Le contentieux historique entre France et Portugal est à peu près nul. Les troupes napoléoniennes ont vite été chassées du Portugal (1807-1808), et aucun Goya portugais n’a peint l’équivalent du « Dos de Mayo ». Aucun contentieux lié à l’histoire coloniale n’existe. La proximité de deux langues latines (beaucoup plus sensible, il faut le dire, à l’écrit qu’à l’oral) et une commune appartenance au monde catholique rapprochent aussi les deux peuples.
Le tourisme a fait découvrir le Portugal à de nombreux Français. En sens inverse, les Portugais de France ont contribué à populariser en France la cuisine nationale (le bacalhau, nom portugais de la morue) et un chant populaire qui est l’un des plus beaux du monde : le mélancolique fado, dont la grande voix a été Amalia Rodrigues, et qui est maintenant illustré par Cristina Branco, Misia, Katia Guerreiro, le groupe Madredeus, Mariza.

 

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