L'immigration marocaine en Franche-Comté et à Besançon - L'évolution de l'immigration marocaine dans le temps

Sommaire

I. L'évolution de l'immigration marocaine dans le temps

 

Avec le premier conflit armé, les Marocains découvrent la France en étant mobilisés dans l'armée. Les soldats sont envoyés sur les fronts tandis que le décret du 14 septembre 1916 prévoit le recrutement par embauches volontaires ou par réquisitions de la main-d'œuvre (des plus de 45 ans) pour les usines de guerre. Ces premiers recrutements fixés par le ministère de la Guerre sont caractérisés par de très nombreux retours au pays à la fin du conflit en 1918. L'immigration est marginale et temporaire, elle ne concerne encore que les travailleurs coloniaux en France et les soldats.
L'immigration légale est suspendue en 1928, après la guerre du Rif (1921-1926 qui oppose les populations du Rif aux armées françaises et espagnoles) mais reprend bientôt, encadrée par des administrations. La création en 1938 du service d'émigration sous tutelle du secrétariat général du Protectorat marque l'organisation de la venue des travailleurs Marocains en France dans le cadre du soutien à une économie de guerre; chargé de passer des accords avec les employeurs et d'assurer le voyage des Marocains vers la France, le secrétariat général du Protectorat envoie plus de 30000 travailleurs entre 1939 et 1949 pour des contrats de 6 mois. À cela, il faut ajouter les corps expéditionnaires marocains débarqués en métropole. À la fin de la seconde guerre mondiale, environ 10000 Marocains sont en France, pour la plupart des militaires démobilisés.
L'indépendance marocaine de 1956 est concomitante des besoins accrus de l'Europe occidentale en travailleurs. Le véritable tournant, explique Myriam Moubtassim, date de 1962-63 alors que le Maroc et la France signent une convention qui permet à une mission de l'Office National d'Immigration (O.N.I.) français de s'installer à Casablanca. Les plus jeunes sont favorisés (moins de 30 ans) pour des emplois saisonniers stoppés dix ans plus tard par l'arrêt soudain du recrutement officiel de main-d'œuvre. En effet, en 1974, la politique française en matière d'immigration change radicalement avec la création du secrétariat d'État aux Immigrés et les premières mesures pour « limiter de façon drastique l'entrée des étrangers [...]. L'aggravation de la crise économique et du chômage pousse le gouvernement à accentuer sa politique de protection nationale en pratiquant une politique de retour »(2). Ces mesures cèdent la place à une immigration plus clandestine et au regroupement familial dont l'autorisation date de 1975 en France (avec le premier ministre Jacques Chirac). Un an plus tard, l'immigration familiale marocaine est la plus importante en nombre de personnes et l'on assiste à la féminisation de la population marocaine en France. En 1990, le Maroc est le premier pays-source en terme d'immigration vers la France.

(2) Gérard Noiriel, Immigration, antisémitisme et racisme en France (XIXè-XXè siècle), discours publics, humiliations privées, Librairie Arthème Fayard, Saint-Amand-Montrond, 2007, p. 580.

 

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