L'immigration marocaine en Franche-Comté et à Besançon - La population marocaine de Besançon

Sommaire

III. La population marocaine de Besançon

 

Un questionnaire est soumis aux immigrés marocains de plusieurs villes franc-comtoises grâce à l'aide d'associations culturelles et sportives marocaines et françaises. Le but de cette enquête et de dégager la vision que ces hommes portent sur eux-mêmes et sur le monde dans lequel ils vivent après leur migration. C'est pourquoi l'auteur soumet un questionnaire différent selon les âges des participants; deux générations apprécient alors leur quotidien et leur place dans la société.
Les plus jeunes, en moyenne (filles et garçons mêlés), ont entre 15 et 20 ans et l'examen des lieux de naissance montre qu'ils sont largement nés en Franche-Comté même s'ils disent se sentir plus Marocains que Français et gardent également un contact régulier avec le pays d'origine de leur parents. Au sein de familles nombreuses (5 frères et sœurs), ces jeunes sont orientés vers les études par leurs parents qui voient dans l'éducation le moyen de mener une vie heureuse et de trouver un bon emploi. La scolarité est très importante d'autant plus que la présence de l'université de Besançon représente un facteur d'ambition supplémentaire. Toutefois, ces jeunes ont une mauvaise opinion de leur quartier qu'ils perçoivent comme animé (ils font partie d'associations sportives, culturelles) mais désagréable et souffrant d'une image ternie. Ces difficultés sont accentuées par les problèmes de racisme dont ils font l'objet et qu'ils placent en tête de leurs inquiétudes face à l'avenir (recherche d'un emploi, d'un logement...).
Quant aux adultes, Marocains originaires surtout de Casablanca, El Jadida et Fès, ils ont entre 40 et 50 ans et sont, pour la plupart arrivés entre 1966 et 1975. En grande partie sans emploi avant de gagner la France (ou ouvriers, artisans...) et n'ayant pas fait d'études ou peu (pas au-delà du collège), ils sont employés à des tâches sans qualification; leurs revenus sont souvent modestes et ils vivent dans les habitats collectifs. Ils avouent alors se sentir d'avantage Marocains que Français et se considèrent avant tout comme des musulmans pratiquants. La religion est en effet plus présente dans la vie des adultes que des plus jeunes qui pratiquent le jeûne du Ramadan mais moins les prières quotidiennes. Le racisme préoccupe les adultes même si ce sont surtout les problèmes liés à la recherche d'un emploi qui les placent dans une situation d'urgence. Le taux de chômage est élevé pour les migrants marocains et l'envie du retour au pays se fait plus largement ressentir.
Les divergences entre les générations tiennent alors aux relations avec le pays d'origine des parents: « les différences viennent surtout des enfants qui vont bouleverser les schémas d'avenir qui étaient définis au début de l'immigration [par leur scolarisation, la pratique du français, la culture entre les habitudes du foyer et la vie civile] et vont donc les ancrer plus longtemps et pour beaucoup définitivement en France. Il est nécessaire que la société française cesse de les voir comme des personnes de passage mais comme des acteurs à part entière de la société française »(3).

(3) Myriam Moubtassim, L'immigration marocaine en Franche-Comté, mémoire de maîtrise de géographie, Besançon, 1996, p. 132.

 

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