Note historique : L'indochine ex-française - La Guerre d’Indochine

Sommaire

LA GUERRE D’INDOCHINE   (1946-1954)

L’Indochine a connu deux guerres successives. Traditionnellement, on appelle Guerre d’Indochine la première des deux,  menée par les Français entre novembre 1946 et juillet 1954. On dit familièrement d’un ancien combattant français de cette guerre qu’il a « fait l’Indo ».
La seconde guerre, menée entre 1965 et 1973-75 par les Américains, est traditionnellement appelée, même si elle fut en fait plus indochinoise que la première, Guerre du Vietnam.

1) Les complexes années 1940-1946

L’amiral Decoux , gouverneur général de l’Indochine, est resté fidèle à Vichy pendant toute la guerre. Isolé au bout du monde, il ne put éviter de céder peu à peu aux exigences japonaises.

Le Japon imposa en juillet 1941 la présence de 75 000 soldats, quand la France n’en avait que 12 000. Il imposa des cessions de territoires cambodgiens à la Thaïlande. Mais il laissa Decoux en place.
Le 9 mars 1945, les Japonais, près d’être vaincus, renversent le système colonial français, massacrent 3 000 soldats, emprisonnent les autres.

L’indépendance du Vietnam est proclamée le 11 mars par Bao Dai. Celui-ci abdique le 2 septembre au profit d’une République démocratique du Vietnam, solennellement proclamée à Hanoï par Ho Chin Minh, leader d’une ligue nationaliste dirigée par le PC vietnamien, le Vietminh. Américains et Anglais soutiennent Ho Chi Minh. Roosevelt déteste le colonialisme français.

soldats en route pour le débarquement sur des pénicheLa France revient. De Gaulle refuse que la France s’efface. Le 23 septembre, les troupes françaises débarquent à Saigon. Le 7 mars 1946, Leclerc débarque à Haïphong. Il négocie avec Ho Chi Minh. La France va-t-elle accepter cette indépendance ? Leclerc le souhaite.  Ou va-t-elle rétablir un système colonial à peine rénové ? C’est cette deuxième ligne qui l’emporte à Paris, malgré les accords signés à Fontainebleau par Hô et les dirigeants français.

En novembre-décembre 1946, les partisans de l'affrontement l'emportent sur les partisans du compromis, aussi bien côté français que côté vietminh. La flotte française bombarde Haïphong. Le Vietminh attaque Hanoï. La guerre d’Indochine est commencée.
croiseur de la flotte française

 

2) La Guerre d’Indochine (1946-1954)

Les deux camps. Cette guerre oppose les troupes du Vietminh, dirigées par le général Giap, aux troupes du « Corps expéditionnaire » français, grossies des troupes de l’Etat vietnamien  dirigé par Bao Daï, l’ex-empereur remis en selle par les Français. En 1949, Paris avait accordé au Vietnam de Bao Dai l’indépendance qu’il avait refusée fin 1946 à Ho Chi Minh.

Les troupes françaises ne comportaient pas de soldats du contingent (faisant leur service militaire), seulement des militaires de carrière. La population française était donc bien moins concernée que ce ne sera le cas lors de la Guerre d’Algérie, à laquelle le contingent participa. Les troupes françaises comptèrent entre 130 000 (au début) et 230 000 (à la fin) soldats. La guerre se déroula au Vietnam, et peu au Laos et au Cambodge

Les opérations militaires. Dès 1950, les troupes françaises durent évacuer l’essentiel des hautes régions, et se replier sur les deux deltas et la côte. Mais de Lattre de Tassigny brisa en 1951 l’offensive de Giap  sur le delta du Fleuve Rouge.

La guérilla vietminh usa les troupes françaises, dans une dure « guerre des postes » (embuscades, attaques nocturnes des petits « PK », postes kilométriques créés par les Français).
Les Français tentèrent de forcer la décision en installant fin 1953 un puissant camp retranché en pleine haute région tonkinoise, à Dien Bien Phu. Mais les troupes de Giap réussirent à isoler, puis étouffer ce camp en mars-mai 1954, à l’issue d’une bataille où les deux armées jetèrent toutes leurs forces. Cette bataille eut un énorme retentissement, et amena la France à jeter l’éponge.

Les accords de Genève sont signés le 21 juillet 1954 entre la France et la République du Vietnam de Ho Chi Minh, sous les auspices de la Chine, de l’URSS et des Etats-Unis présents à Genève. L’Etat vietnamien de Saigon, dirigé par Bao Dai, ne les signe pas.

Ces accords prévoient la division, en principe provisoire, du Vietnam en deux Etats, au niveau du 17ème parallèle :  un Vietnam du Nord communiste, capitale Hanoï, qui couvre le Tonkin et le Nord-Annam, et un Vietnam du Sud non-communiste, qui couvre la Cochinchine , et le sud-Annam dont Hué. Des élections doivent amener la réunification des deux Etats. Elles ne seront libres ni au Sud ni, bien sûr, au Nord, et la réunification pacifique n’aura pas lieu.

Les Etats-Unis avaient fourni à la France une aide financière et matérielle. Lorsque, après Genève, la France évacua ses troupes et ses fonctionnaires, le Vietnam du Sud (qu’un référendum a fait passer de l’état de royaume à celui de république) se tourna, sous l’impulsion de son homme fort , un catholique, Ngo Dinh Diem, vers le protecteur américain. 900 000 Vietnamiens du Nord, notamment catholiques, avaient fui le Nord au moment de la partition du pays.

Nous sommes en pleine guerre froide entre l’Est (le bloc soviétique) et l’Ouest (l’Occident sous leadership américain). Washington, qui sort à peine de la guerre de Corée, veut renforcer le Vietnam du Sud anticommuniste face au Vietnam du Nord communiste qu’appuient Pékin et Moscou. Les Etats-Unis accorderont donc un appui longtemps sans faille à Diem. C’est ainsi qu’ils ont mis le doigt dans l’engrenage.
Au Laos et au  Cambodge, devenus eux aussi pleinement indépendants, les dirigeants jouèrent assez habilement (surtout le roi des Khmers Norodom Sihanouk) un jeu neutraliste entre le camp communiste et les pro-Américains.

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