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Travail - Photo Sarah RITTER

Depuis des temps immémoriaux, migration et travail sont étroitement liés. En effet, pour tous les migrants, même les réfugiés politiques, le travail occupe une place fondamentale et influence les différents moments de leur vie.

Le départ

Tout d’abord, c’est pour des « raisons professionnelles » – comme on les appellerait aujourd’hui – que beaucoup prennent la décision de quitter leur village, leur ville, leur pays de naissance. À partir de la deuxième moitié du XIXe siècle, les besoins en main d’œuvre de l’économie française deviennent considérables. Dans les autres pays d'Europe ou sur d’autres continents, le chômage et/ou la recherche des conditions meilleures poussent des centaines de milliers de personnes à se rendre dans notre pays.

Le choix d’un endroit

Une fois arrivé, le migrant se déplace aux quatre coins du pays en fonction des opportunités d’embauche. Dès qu’une ville a besoin de bras, les étrangers accourent. Ils arrivent avec des contrats signés avant de partir ou tout simplement par le bouche à oreille et les fameuses chaînes migratoires. On retrouve ainsi des travailleurs étrangers dans toutes les plus grandes phases de développement économique de Besançon. Par exemple, l’expansion de la ville pendant les Trente Glorieuses n’aurait jamais eu lieu sans l’importante contribution des maçons italiens. Bien souvent, l’obtention d’un emploi les conduit à s’installer de manière plus longue – voire définitive – à Besançon.

Sur le lieu de travail

Sur son lieu de travail, le migrant rencontre peut-être des collègues qui proviennent du même pays et qui l’ont vivement conseillé de les suivre. Mais il rencontre surtout des Français et des travailleurs d’autres nationalités. L’accueil n’est pas toujours des meilleurs et les salariés français sont quelquefois hostiles à ces travailleurs venus d’ailleurs. Ce fut le cas aux Prés-de-Vaux en mars 1890 où, lors de la construction d’une usine de papeterie, les ouvriers français chassent littéralement les ouvriers italiens présents avec eux sur le chantier. En temps de crise, à toutes époques, ce sont les étrangers qui trinquent en premier, même si leur apport demeure essentiel. Quoi qu’il en soit et en dépit de certains discours xénophobes, les difficultés et les luttes syndicales soudent les travailleurs et facilitent l’adaptation à la vie française. En d’autres termes, le travail unit et rapproche.

Une vie rythmée par le travail

Les horaires – d’équipe ou de journée – ainsi que les congés cadencent la vie du migrant et de sa famille. La vie dans les cités, l’éducation des enfants, les associations, les activités sportives et les loisirs en découlent. L’été devient le moment où l’on rentre au pays par train, bus, bateau, voiture ou avion. L’on y revoit alors la famille, les enfants nés en France découvrent une deuxième culture et se l’approprient à leur façon, donnant ainsi naissance à une « autre France ».
Lorsque l’heure de la retraite sonne, on se rend compte, dans la plupart des cas, que ce qui n’était au départ qu’un simple lieu de passage est devenu au fil du temps la ville d’adoption, celle où l’on a un chez-soi, où les enfants sont nés et ont grandi. En d’autres termes, les immigrés d’hier sont devenus, grâce à leur labeur, les Bisontins d’aujourd’hui contribuant de manière décisive au développement et au rayonnement de la ville.

Frédéric Spagnoli, Maître de conférences à l'Université de Franche-Comté