Accueil de femmes nouvellement arrivées en France

Le site « Migrations à Besançon » et les actions sociolinguistiques du CCAS ont proposé la mise en œuvre d’un projet d’accueil s’adressant à des femmes étrangères arrivant en France afin de favoriser leur intégration.

Ce projet est né d’une préoccupation partagée par l’OFII et la DRDFE concernant des femmes étrangères qui échappent aux moyens mis à leur disposition. En effet malgré les dispositifs existants (formation, socialisation, préprofessionnalisation) tout un « non public » - quel que soit son niveau d’études - ne fait pas la démarche d’y accéder.

Il s’agissait également de rompre l’isolement des femmes et de leur permettre de développer leur autonomie sociale.

 

Les objectifs :

  • Proposer un lieu et un temps d’écoute
  • Mettre en place des activités à thèmes selon les besoins exprimés et identifiés
  • Informer les femmes sur leurs droits, hors du filtre familial
  • Développer les connaissances linguistiques utiles et la motivation à apprendre
  • Faire découvrir le site « Migrations à Besançon »
  • Favoriser l’inscription des participantes dans les réseaux de proximité
  • Etre un tremplin vers l’insertion professionnelle

Le calendrier :

20 semaines entre janvier et juin 2011.

 

Le recrutement :

Sur les cinquante-cinq personnes invitées par l’OFII, vingt et une personnes se sont présentées à la réunion d’information collective du 13 janvier et dix d’entre elles se sont inscrites pour participer à cette action.

 

Les bénéficiaires :

Quelques personnes étant sorties au cours de l’action, nous avons accueilli de nouvelles candidates. Ainsi, au total ce sont treize femmes qui se sont inscrites à cette action.

 

Quartier : Planoise pour 11 des 13 personnes

Age moyen : 34 ans 1/2 (de 21 à 62 ans)

Nationalités représentées : Algérie / Azerbaïdjan / Bosnie / Macédoine / Maroc / Philippines / Sri Lanka / Thaïlande et Vietnam

Ancienneté dans l’arrivée en France :

Entre avril 2009 et octobre 2010 pour 11 d’entre elles ; 2 femmes depuis 2003 et 2004 mais qui ont signé le CAI récemment.

Niveaux scolaires dans le pays : 1 personne n’a pas été scolarisée, 2 sont allées jusqu’à la fin du primaire,

5 jusqu’au lycée, les 5 autres ont suivi des études supérieures.

 

Projets : Toutes souhaitent travailler (soit directement, soit après avoir bénéficié d’une formation) ; 2 femmes sont en congé de maternité et envisagent de travailler dans quelques mois seulement.

 

Le contenu :

Huit thèmes concernant la vie quotidienne en France ont été retenus et traités : la famille, l’enseignement, la santé, le logement, les droits des femmes, l’emploi, la connaissance du quartier et de la ville, et la culture.

 

Les séances de formation linguistique ont été adaptées aux niveaux des participantes, aux thèmes abordés et au calendrier des rencontres : travail de l’expression orale, appropriation de différents documents, enrichissement du vocabulaire et perfectionnement en grammaire.

Pour chaque thème une ou plusieurs interventions ont été programmées. Des spécialistes sont venus présenter et échanger sur leur domaine d’intervention.

 

  • Mesdames Thimel, Condamine et monsieur N’Dhaie pour l’emploi et la formation
  • Madame Strasser juriste du CIDFF
  • Mesdames Staine et Lodens de Solidarité Femmes
  • Madame Andrey de la Caisse Primaire d’Assurance Maladie
  • Messieurs Carré et Sid pour la formation au permis de conduire
  • Madame Madoux de la CLCV
  • Madame Gayet, médecin
  • Mesdames Bozon et Touati des Espaces solidaires
  • Madame Chopard pour la présentation du site « Migrations »

 

Des sorties et des rencontres ont été organisées :

  • Visite de la médiathèque et de la maison de quartier Nelson Mandela.
  • Découverte du centre ville historique de Besançon, visite de l’office de tourisme.
  • Participation à la journée « des goûts et des couleurs du monde », dans le cadre de la semaine d’éducation contre le racisme.
  • Echanges avec les Espaces solidaires de Planoise et les maisons de quartier de Rosemont-St Ferjeux et de la Grette.
  • Sortie à la Foire comtoise.

 

La formation linguistique / les méthodes et les outils utilisés

Les niveaux en langue française étant hétérogènes, le travail linguistique a été orienté sur l’oral et le passage à l’écrit en prenant en compte les différences de niveaux. Les supports choisis ont été individualisés, du niveau alphabétisation à FLE avancé.

Progressivement la pratique de l’oral a été privilégiée à la demande des participantes qui souhaitaient avoir davantage d’assurance pour parler. Un important travail a été mené sur le lexique et les apports en grammaire ont été nombreux : utilisation des temps, conjugaisons, formes affirmatives, négatives et interrogatives, expressions de temps et de lieu notamment. Un travail a aussi été fait sur les niveaux de langage.

 

Les sujets ont été abordés selon les besoins, en suivant le calendrier des interventions organisées. Les thèmes retenus ont été illustrés par différents exercices au cours d’une ou plusieurs séances.

Identité : parler de soi, de sa famille, de ses goûts, de ses origines, de ses projets,...

Budget : l’argent, la banque, le surendettement, les documents à conserver, les impôts,...

Vie quotidienne : fêtes françaises, habitudes culinaires, politesse ; échanges sur les différences entre les cultures, les mentalités

Santé : le corps, la médecine, la sécurité sociale, les mutuelles,...

Travail : CV, contrats, législation,...

Logement : les descriptions, l’environnement, les assurances,....

Géographie et instruction civique

 

La participation :

En janvier dix femmes se sont donc inscrites pour participer à cette action, une personne a abandonné dès la fin du mois de janvier mais les autres ont été assidues. Certaines étant sorties avant la fin de l’action pour des raisons justifiées, détaillées ci-après, nous avons proposé leur place à de nouvelles personnes.

Ainsi au total ce sont douze femmes qui ont bénéficié de l’action (sur treize inscrites en tout).

En début d’action, nous avons fait signer à chaque participante un contrat d’engagement. Lors des séances, les personnes devaient signer une feuille d’émargement nominative. Cette démarche, qui prouve l’assiduité des personnes, correspond à une formalité souvent exigée et permet une implication plus forte.

A la fin de l’action, toutes les personnes ont reçu une attestation de participation.

 

L’action et les résultats :

Les séances ont été encadrées par les formatrices des actions sociolinguistiques et l’animatrice-stagiaire auprès du site « Migrations ». Le projet a été coordonné par la chef de projet du site migrations.

Pendant vingt semaines, les femmes se sont retrouvées deux à trois fois par semaine : préparation des interventions et des sorties, séances de travail en linguistique, participation aux rencontres, aux débats et aux sorties.

Les participantes étant en France depuis peu de temps, elles connaissaient peu voire pas les lieux, les dispositifs existants dont elles peuvent bénéficier, les rouages de la vie française. Elles avaient aussi des idées fausses sur de nombreux points. Elles ont donc particulièrement profité de l’action pour développer leur autonomie sociale, pour améliorer leur maîtrise de la langue française, et pour mettre en œuvre leurs projets de vie.

La dynamique de groupe, l’ambiance amicale, le contact avec d'autres groupes ont permis peu à peu de rompre le sentiment d'isolement dans lequel certaines se trouvaient et de leur donner confiance en elles.

 

Des relations partenariales se sont développées avec des structures locales œuvrant notamment dans l’action sociale et culturelle, la formation, les services aux habitants. Et ce sont des documents authentiques (formulaires, documents administratifs divers...) qui ont servi de support aux échanges et aux apprentissages.

Dans l’accompagnement collectif un temps d’adaptation s’est montré nécessaire pour établir une relation de confiance entre les accompagnatrices et les personnes participantes.

Les participantes, venues de différents pays, avec des niveaux scolaires variés et des expériences professionnelles multiples ont en commun un sentiment de solitude dans une ville peu connue, de manque d’informations et un besoin de rencontrer d’autres personnes.

Les femmes ont pu s’exprimer à l’intérieur du groupe. La richesse des différences a permis l’établissement de dialogues entre ces femmes de diverses origines qui se trouvent actuellement voisines dans le quartier de Planoise. Tolérance, entraide et liens d’amitié se sont installés.

 

Pour certaines personnes, un accompagnement individuel a été mis en place. Des démarches d’insertion professionnelle et des contacts avec les institutions concernées (Pôle Emploi, PLIE, la Maison de quartier de Planoise...) ont été établis et ont débouché sur des engagements concrets.

Ces accompagnements ont permis à certaines femmes qui subissent des violences conjugales d’aborder ce sujet et ensuite d’être orientées vers les professionnels concernés.

La possibilité qui a été offerte aux participantes d’être accompagnées dans leurs démarches s’est avérée un atout primordial pour réussir leur adaptation à la vie en France et donc, à terme, leur intégration. Les résultats détaillés ci-dessous le montrent. On peut souligner aussi que le caractère interculturel du groupe et la présence d'intervenants extérieurs motivent à apprendre le français. Les femmes souhaitent toutes se perfectionner et améliorer encore leur niveau de langue.

Résultats :

  • Emploi 4 (1 CDI / 1 CDD / 1 CI / 1 mission avec intermed)
  • Formation professionnelle 1
  • Accompagnement à l’emploi 3 (avec le PLIE ou Mosaïque Emploi)
  • Inscription pour des cours de français 1
  • Congé de maternité 2
  • Etudes 1

Les évaluations :

  • L’impact de l’action sur la « socialisation » des personnes : entretiens individuels permettant de mesurer et de savoir en quoi l’action a été utile dans leur vie quotidienne

Nous avons essayé de mesurer les écarts entre avant et après l’action grâce à un questionnaire passé lors d’un entretien individuel.

Les résultats nous permettent de visualiser des différences importantes notamment pour les items de connaissance des lieux et des dispositifs.

Les personnes illustrent leurs réponses chiffrées en précisant qu’elles ont davantage confiance en elles et osent parler en français en ayant moins peur qu’on ne les comprenne pas. Et qu’elles ont fait des démarches qu’elles ne pensaient pas pouvoir réaliser auparavant (inscription à Pôle-Emploi, à des cours de cuisine, balades en ville,...).

 

 

  • L’ évaluation de l’action par les participantes

La moyenne de la satisfaction globale est de 9,13 sur 10.

Les personnes reconnaissent avoir beaucoup profité de cette action, aussi bien pour une meilleure connaissance de leur environnement que pour une plus grande facilité à communiquer en français.

Elles soulignent l’importance pour elles des relations qui se sont nouées. Et elles remercient les responsables qui leur ont permis de profiter de cette opportunité.

 

 

Le partenariat avec les bénévoles / le marrainage

Le projet initial prévoyait une implication de bénévoles à deux niveaux : par des interventions concernant le groupe et par une mise en relation individuelle pour des demandes particulières (« marrainage »).

Ce versant du projet n’a pas été expérimenté dans sa globalité.

 

Grâce au réseau gravitant autour du site internet « Migrations à Besançon » et à d’autres relations personnelles, des bénévoles ont été sollicités et ont offert leurs compétences et leur temps pour différentes interventions.

La mise en place d’un accompagnement individuel s’est heurtée à davantage de difficultés : le public au centre de notre intérêt, encore fragile, a besoin de construire à plus long terme la confiance avec ses interlocuteurs (dans la régularité, les contacts, la durée…). Il faut instaurer un climat propice à la mise en œuvre d’une relation duelle avec une personne bénévole.

 

Quant aux bénévoles, il faudrait travailler sur la coordination d’un réseau de personnes - soit issues du milieu associatif, soit issues elles-mêmes de l’immigration – qui pourraient être sollicitées en fonction de leurs compétences et de leur disponibilité. Cela implique de définir des objectifs, de mesurer les motivations et la disponibilité de chacun.

Ce travail de création et de soutien d’un réseau est indispensable à la réalisation d’un tel projet dans lequel il existerait un vivier de bénévoles « sollicitables » pour développer le lien social, encourager la solidarité et lutter contre l’isolement.

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