Du bidonville des Founottes au lycée Pierre-Adrien Pâris

Le réseau des contributeurs du site migrations se mobilise pour les lycéens du bâtiment

Le lycée professionnel des Graviers Blancs est construit à quelques dizaines de mètres d’un site historique de la présence des migrants à Besançon aujourd’hui disparu, l’ancien bidonville des Founottes

Bidonville des Founottes Bidonville des Founottes Cité de l'Escale

Les traces de ce bidonville, qui devint par la suite la cité de l’Escale, sont désormais effacées de la topographie mais pas encore de toutes les mémoires ! En effet, beaucoup de migrants notamment algériens ont connu les Founottes, y ont vécu, en ont encore des souvenirs.

 

M. Frank Billamboz, professeur de français et d’histoire-géographie, a pris contact avec notre site au début de 2010, pour nous solliciter sur l’histoire des migrations à Besançon. Philippe Godard, animateur du Parcours jeunes de notre site, s’est appuyé sur les témoignages recueillis par le site Migrations et sur les relations amicales tissées grâce aux réunions des contributeurs du site, pour proposer une série d’interventions originales, en partant de l’histoire propre du lycée.

Le professeur et l’intervenant ont ainsi emmené les élèves visiter deux cités qui comptent parmi les moins favorisées de Besançon et qui posent aujourd’hui de véritables défis d’intégration, les 408 et l’Amitié. L’idée directrice de ces interventions était d’amener les élèves (section assistants d’architecture et économistes du bâtiment) à estimer les effets de l’aménagement de l’espace sur les personnes qui y vivent, et de les faire travailler sur ce thème essentiel de l’urbanisme moderne. Cet esprit de découverte et de compréhension traverse l’ensemble de ces interventions.

 

Une volonté pédagogique multimédia !

Un site internet, c’est bien ! La réalité, c’est très bien aussi ! Et la combinaison des deux – avec d’autres médias comme on va le voir – peut produire une intéressante séquence pédagogique.

Pour approcher la réalité des bidonvilles, la première séance, dans les locaux du lycée, a été consacrée à la projection de deux extraits de films, le célèbre La cité de la joie, d’après le best-seller mondial de Dominique Lapierre, et D’un mur l’autre, qui montrent le premier la vie dans les bidonvilles en Inde, à Calcutta, et le second dans la banlieue parisienne… de nos jours ! Une séquence de ce documentaire de Patric Jean est en effet consacrée au bidonville des Roms installés sous le RER à Saint-Denis, dans lequel les conditions de vie sont d’ores et déjà très difficiles.

Dès la seconde séance, le site Migrations était mis à contribution, puisque les élèves se sont déplacés aux 408 où ils ont rencontré Mme Hayate Hakkar, animatrice jeunesse du quartier et contributrice à notre site, via l’entretien vidéo réalisé en 2009 par Philippe B. Tristan et Philippe Godard. Hayate Hakkar a dressé un tableau extrêmement vivant et sans langue de bois de la cité elle-même et des tâches qui sont les siennes à la maison de quartier. Les élèves, particulièrement intéressés, ont pu mesurer l’influence sur la vie des habitants de l’habitat et de la situation topographique des 408, dans le canevas bisontin. Ils ont pu également circuler dans la cité et y prendre des photos, qui allaient être utilisées par la suite dans le compte rendu de leurs travaux.
La semaine suivante, c’était une autre contributrice du site, Mme Sophie Guerrier, pour la maison de quartier de Rosemont - Saint-Ferjeux, qui nous recevait, cette fois à la cité de l’Amitié. Avant de se rendre au rendez-vous, les élèves ont pu constater l’isolement de la cité, coincée entre le périphérique et le Super U, sans réelle possibilité de rejoindre en direct le centre-ville puisque l’Amitié et le supermarché sont situés au bout d’une impasse signalée comme telle sur le boulevard extérieur. Les élèves ont également pu mesurer la distance entre la cité et les écoles où les enfants de l’Amitié sont scolarisés, et enfin, constater la mauvaise desserte par les bus. Puis Sophie Guerrier s’est livrée au même exercice que Hayate Hakkar la semaine précédente en nous parlant de la vie de la cité, des soucis et espoirs des habitants.
La séance suivante a été consacrée à la recherche de témoignages sur le site Migrations ainsi qu’à la projection d’un petit film réalisé en 2009 par Julien Cadoret et Philippe Godard, sous la direction et sur une idée de Hayate Hakkar, traitant des discriminations à Planoise. Ce petit film, réalisé pour la Semaine d’Éducation Contre le Racisme, montrait là encore l’influence de l’habitat et la perception que les Planoisiens ont de leur cité, tant dans le positif que dans le négatif.

 

Des Founottes à... Bahreïn !

Lors de la séance suivante, nous avons eu la chance d’accueillir au lycée l’un des architectes ayant remporté le Grand Prix d’architecture de la Mostra de Venise 2010 pour le pavillon de Bahreïn, Leopold Banchini, jeune professeur à l’École Polytechnique Fédérale de Lausanne. M. Banchini a expliqué en détail le sens de sa démarche fondée sur une remise en question de l’architecture, en partant de l’exemple des bidonvilles et des petites cabanes de pêcheurs de cet émirat. Son exposé s’appuyait sur deux diaporamas, sur l’état des lieux à Bahreïn et cinq projets urbanistiques proposés par les élèves de son école.

Le cas de Bahreïn était intéressant pour notre séquence car il constitue un cas d’école. L’île est de petites dimensions, et elle est le premier endroit de la péninsule Arabique où l’on a découvert du pétrole. Mais ses réserves d’or noir étaient limitées et sont aujourd’hui épuisées. Cependant, elles ont suffi à enrichir considérablement la famille régnante, et, avec le soutien de l’Arabie Saoudite, Bahreïn a su prendre le virage de l’après-pétrole et s’intégrer dans la géopolitique contemporaine, dans l’économie globale de notre époque. Désormais, ce sont les grandes banques, notamment, qui font sa fortune.
La pression immobilière est devenue telle que Bahreïn s’étend sur la mer. Les villes historiques, dont des photos aériennes montrent clairement l’emplacement, qui se situaient il y a quelques années encore en bord de mer, sont désormais ceinturées par des routes et des territoires gagnés sur l’eau, à très haute valeur immobilière. Les pêcheurs, qui habitaient autrefois sur les plages, ont vu s’élever devant eux les tours des banques et des immeubles d’habitation de luxe, sur un front de mer qui s’éloignait artificiellement. Dans le même temps, les récifs côtiers, les coraux notamment, dans lesquels se réfugiaient les poissons qui fournissaient la matière première de ces pêcheurs, ont été détruits et la pêche elle-même disparaît.

Nous avons donc pu constater, à travers ce cas extrême, l’influence de l’urbanisme sur les conditions de vie des gens.

 

Et retour au lycée et aux élèves

Projet de réhabilitation du quartier des 408 proposé par un élèveLes séances suivantes ont été consacrées à un débat collectif sur l’ensemble du matériel récolté, depuis les notes prises sur Bahreïn jusqu’aux témoignages du site Migrations. Puis il a fallu se mettre au travail en suivant l’articulation suivante : état des lieux, problématique, propositions, les élèves ayant choisi de se concentrer plus particulièrement sur les 408.

Ainsi, le « bouquet » multimédia, auquel le site Migrations a pris une large part, a bel et bien fonctionné, suivant en cela notre idée d’un « outil internet de proximité », en relation avec la vie locale des migrants et des Bisontins.

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  • Qu’est ce que la discrimination ?

    Selon la Halde (Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Égalité), « une discrimination est une inégalité de traitement fondée sur un critère prohibé par la loi, comme l’origine, le sexe, le handicap, etc., dans un domaine visé par la loi, comme l’emploi, le logement, l’éducation, etc. »

  • Qu’est-ce que l’intégration ?

    Il existe de nombreuses définitions de ce mot, car, comme le signale la Cité nationale de l’histoire de l’immigration, il s’agit d’un terme « qui évolue en fonction du contexte politique ».

  • Qu’est-ce que l’insertion ?

    L’insertion se joue au niveau social. On parle d’insertion lorsqu’un groupe minoritaire entre dans une société. L’insertion désigne ce processus, et elle s’oppose donc à l’exclusion, qui est le processus inverse, de rejet à la marge de groupes ou d’individus minoritaires.

  • Les harkis en quelques lignes

    La guerre d’Algérie a opposé entre 1954 et 1962 l’armée française et des dizaines de milliers d’Algériens musulmans à d’autres Algériens musulmans nationalistes membres du FLN.