Eveil aux langues à l'école Champagne - Bilan/Conclusion

Sommaire

Bilan

L'ensemble de nos interventions a abouti à une ouverture à l'autre, tant dans la CLIN que dans la classe de CM1. Dans ces deux groupes, les élèves plurilingues se sont sentis reconnus dans leur langue d'origine ; dans la classe de CM1, où une compétence dans une autre langue que le français n'est pas généralisée, ces élèves ont même été très fiers de « nommer » leur langue. En même temps, lors des séances de préparation de leur intervention devant la classe, il y avait une vraie conscience de ce que signifie présenter sa langue en français : le français est la langue de communication de la classe, et c'est donc le coeur du travail à l'école.

Les élèves qui ont migré ont mieux appris à se situer dans l'espace mondial, à travers le travail réalisé avec la carte du monde et lors des séances du jeu. Ils savent désormais tracer leur itinéraire de migrant.

La découverte de l'Autre au sein de la classe s'est aussi effectuée à travers les mots, les fruits, graines et légumes apportés... Nous pensons que des corrélations se font peu à peu entre toutes ces réalités, linguistiques, géographiques et sociales, au niveau de ces jeunes élèves bien entendu.

Nous avons participé à cette « éducation de l'oreille » dont parle Martine KERVRAN dans l'ouvrage intitulé Les langues du monde au quotidien, observation réfléchie des langues (KERVRAN, M (Coord.). Les langues du monde au quotidien, observation réfléchie de la langue. Scérén, CRDP Bretagne, 2006) et qui est utile à l'apprentissage des langues ainsi qu'à la maitrise du langage. Cette « entrainement » est aussi important pour l'entrée dans l'écrit.

Dans la CLIN, l'usage du portfolio européen des langues est un plus : ce manuel pourra leur servir pendant toute leur scolarité, ce qui n'est pas à négliger.

Par rapport aux programmes, nous avons beaucoup utilisé l'histoire et la géographie, et bien entendu le français et la linguistique. Si cette dernière science n'est pas enseignée à l'école en tant que telle, il est évident que nous avons ouvert là quelques pistes chez ces jeunes élèves. D'une certaine manière, nous pourrions même parler d'un embryon de comparatisme linguistique, que les élèves ont formulé eux-mêmes à l'occasion des traductions transversales de certaines expressions (l'identité, dans toutes leurs langues, des mots servant à dire « maman », « papa », mais la différence dans l'expression de « bonjour » - « tu te portes bien ? » en gambay, par exemple...).

Nous estimons cependant que le coeur de notre action ne peut pas être la CLIN, car les élèves qui y sont scolarisés, s'ils peuvent se trouver, grâce à une action comme la nôtre, plus en confiance par rapport à l'école, n'en sont pas les destinataires les plus évidents. Il faudrait une ouverture sur les autres classes. Lors de la huitième séance, deux élèves issus d'une autre classe étaient présents. Ils ont eu l'occasion de fabriquer leur propre fleur des langues et étaient très intéressés par ce que nous faisions dans la CLIN. L'élève qui avait pour langue maternelle le roumain nous a expliqué qu'elle parlait également le bosniaque et qu'elle aurait aimé participer à notre projet pour expliquer sa langue à ses camarades.

Dans la clase de CM1, nous nous sommes trouvés dans les conditions mêmes du projet. Nous pouvons donc le mettre en oeuvre sans problème, et à ce jour, les interventions se trouvent sur les rails ! Les élèves plurilingues sont en train de préparer leur intervention devant leur propre classe, et, selon le souhait exprimé par Magalie Trombetta, également lors d'une journée spéciale avec les parents.

Conclusion

Les élèves nouvellement arrivés en France (ENAF) considèrent qu'ils « parlent » le français lorsqu'on leur pose la question de savoir quelle langue ils parlent. Nous dirions plutôt qu'ils sont en train de l'apprendre, mais peu importe : ils sont en train de comprendre qu'ils sont bilingues voire plurilingues, et que cela est un atout. De même, dans la classe de CM1 qui ne comporte pas d'ENAF mais dont plusieurs élèves sont passés par la CLIN, nous avons pu constater que la reconnaissance d'un plurilinguisme chez certains élèves est naturelle et facile. C'est, nous semble-t-il, un point très positif, et nous n'avons rencontré aucune difficulté à passer d'une langue à l'autre ; il n'y a jamais eu de dévalorisation d'une langue, qu'elle soit d'origine ou qu'il s'agisse du français.

Nous pensons que cette expérience pourrait être utilement poursuivie l'année prochaine, en l'étendant à d'autres classes de l'école si possible, les élèves plurilingues de CM1 – et éventuellement ceux de la CLIN devenant les passeurs, vers les autres classes de plus petits, de leur langue et, à travers elle, de cette idée que le plurilinguisme est un avantage, et non un obstacle.

Annexes

Partager cette page :