Enseigner l’histoire de l’immigration à l’école

Dans les années 1970, l’école ne réfléchissait au thème de l’immigration que dans le but d’intégrer les enfants d’immigrés à la société française.

L’histoire de l’immigration n’est devenue un sujet de préoccupation pour les gouvernements que depuis quelques années. Jusque dans les années 1980-1990, constatent les auteurs du rapport, « à aucun moment, dans aucun document officiel, l’immigration n’est envisagée comme un thème d’études en lui-même ».
C’est ainsi que s’est instaurée une grande confusion entre la prise en charge, par l’école, des enfants d’immigrés, et l’enseignement de l’immigration. Cette confusion « persiste aujourd’hui encore à tous les échelons du système éducatif », ajoute le rapport.
Cette constatation pourrait d’ailleurs être étendue bien en dehors de l’école : en fait, la création de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration, à Paris, constitue une véritable étape. L’ouverture de la Cité a montré que l’histoire de l’immigration pouvait devenir enfin un objet d’étude large, et ne plus être confinée à quelques cercles universitaires.
Cette évolution générale est très récente, et aujourd’hui encore, l’immigration n’est que peu enseignée en histoire, avec une amélioration en allant de l’école primaire vers le collège puis le lycée. Mais l’immigration est encore souvent réduite à sa dimension présente. C’est-à-dire que si l’on parle un peu à l’école des migrations dans le monde contemporain, c’est sans évoquer l’histoire de ces migrations. Les progrès actuels, avec les tout nouveaux ouvrages d’histoire, sont réels, mais c’est toujours plus la question sociale que pose l’immigration qui est soulevée, et non la perspective historique. D’ailleurs, l’immigration est autant abordée, voire davantage, dans d’autres matières que l’histoire, comme la géographie ou l’instruction civique ou même en sciences économiques et sociales.
En revanche, le rapport considère que l’histoire de la colonisation est bien plus enseignée, et qu’elle est même « au cœur des préoccupations enseignantes ». Cependant, « lorsque la colonisation est sollicitée, c’est plus du point de vue d’une mémoire traumatique que d’un point de vue historique permettant de resituer la spécificité de ce lien historique ». Parfois, pour renverser l’ordre des choses, certains enseignants demandent aux élèves « issus de l’immigration » de raconter leur histoire ou une partie de leur histoire (sans jamais forcer ces élèves, bien entendu). Il se produit alors une « inversion de l’ordre scolaire », qui valorise la différence dont est porteur l’élève qui raconte son histoire. Mais cette « réhabilitation scolaire » tend à mettre en évidence la « déconsidération sociale » qui vise les immigrés… Car, comme disent encore les auteurs du rapport, renverser la stigmatisation en « stigmatisation positive » ne résout pas, au fond, le problème.
En conclusion, ils estiment que cette confusion entre l’histoire de l’immigration et l’actualité des migrations, souvent brûlante (expulsion de sans-papiers, afflux de réfugiés suite à des guerres ou des cataclysmes…), aboutit à ce que les élèves « différents » se trouvent en dehors d’un « nous » collectif, celui de la communauté éducative, de la communauté scolaire. Mais cette reconnaissance des « différences », même si elle est sincère et part d’une générosité qu’on ne peut mettre en doute, aboutit à figer l’identité des élèves issus de l’immigration dans cette différence-là, et elle seule. Alors que l’identité de chacun de ces élèves, comme de tout être humain, est complexe, et ne repose pas sur la seule qualité d’immigré ou de descendant d’immigré. Au lieu d’un échange culturel, on aboutit à enfermer ces élèves dans des cases (« les Maliens », « les Maghrébins »…).
Ajoutons pour notre part que la lecture de l’ouvrage de Amin Maalouf, Identités meurtrières (que l’on trouve dans toutes les librairies en poche, ou encore dans les bibliothèques bisontines), éclaire de façon très simple et en même temps très profonde cette question de l’identité. Faire l’histoire des migrations nous invite à ne jamais limiter un individu à une seule de ses caractéristiques, car les migrants ne sont pas des migrants « par nature ». Ce n’est pas leur seule caractéristique, et ce n’est, le plus souvent, même pas leur caractéristique principale.

Un rapport de l’Institut national de recherche pédagogique (INRP) de novembre 2007 aborde de façon détaillée comment on enseigne l’histoire de l’immigration à l’Éducation nationale. L’intégralité du rapport, publié sous la direction de Benoît Falaize, est en ligne sur http://ecehg.inrp.fr/ECEHG/enjeux-de-memoire/histoire-de-l-immigration/reflexions-generales/enseigner-l-histoire-de-l-immigration/enseigner_histoire_immigration.pdf/view

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  • Qu’est-ce que l’intégration ?

    Il existe de nombreuses définitions de ce mot, car, comme le signale la Cité nationale de l’histoire de l’immigration, il s’agit d’un terme « qui évolue en fonction du contexte politique ».

  • Qu’est-ce que l’insertion ?

    L’insertion se joue au niveau social. On parle d’insertion lorsqu’un groupe minoritaire entre dans une société. L’insertion désigne ce processus, et elle s’oppose donc à l’exclusion, qui est le processus inverse, de rejet à la marge de groupes ou d’individus minoritaires.

  • Qu’est-ce que l’assimilation ?

    L’assimilation est un processus qui conduit à la perte des particularités linguistiques, culturelles, religieuses, etc., d’un groupe immigré ou d’un groupe « envahi ». Le groupe assimilé est toujours minoritaire en nombre, dans ce processus.

  • Qu’est-ce que l’acculturation ?

    Ce terme est plus net qu’ « assimilation ». Il signifie qu’un groupe ou un individu minoritaire perd totalement ses caractéristiques culturelles, à commencer, en général,  par sa langue, puis ses diverses coutumes et sa religion.