Scolarisation des enfants du voyage : le CASNAV

Présentation, par Jean-Pierre Pheulpin, du CASNAV, Centre Académique pour la Scolarisation des Nouveaux Arrivants et des Voyageurs.

« Donc, c’est en 2 volets : les nouveaux arrivants, bien souvent non-francophones, et les voyageurs : les tziganes, français pour la plupart, et les itinérants de par leur profession, à savoir les forains, dans certaines régions de France, les bateliers, et quelquefois, les circassiens. Ici on est surtout concerné par les voyageurs. Un CASNAV c’est un centre de ressources, d’aide, de documentation, de recherches. Il a pour mission de résoudre tous les problèmes d’accueil et de scolarisation des non-francophones et des voyageurs. L’académie de Besançon est en avance pour résoudre ces problèmes auprès des enfants Roms et Tziganes. On espère créer des liens avec d’autres régions de France pour faire évoluer les dispositifs sur l’ensemble du territoire. »



Roms, tziganes, manouches, comment distinguer ces communautés ?
« Ils sont tous originaires du nord de l’Inde. La spécificité se fait suivant le lieu géographique où ils ont longuement stationné ou qu’ils ont traversé. Culturellement on peut établir des comparaisons entre les Roms qui affluent en France depuis une dizaine d’années et les Tziganes. Mais leur histoire, leurs voyages ont fait qu’ils ont acquis d’autres habitudes culturelles en plus de cette culture d’origine. Les Tziganes, que je connais mieux, s’adaptent très facilement aux sociétés qu’ils fréquentent. Ils vont adopter facilement la religion du lieu où ils se trouvent, acquérir des habitudes en fonction des possibilités économiques du lieu. Bien qu’ayant une forte identité culturelle, ils ont une grande faculté d’adaptation, parce que pour survivre, il faut s’adapter.


Exemple d’actions en cours sur la Haute-Saône
« Je suis chargé de mission pour la scolarisation des enfants du voyage pour la Haute-Saône et la Franche-Comté. Je suis président de l ‘association ASSET, ASSociation d’aide à la Scolarisation des Enfants Tziganes. Je suis aussi à l’origine d’un groupe de travail : gens du voyage 70 qui regroupe l’éducation nationale, l’enseignement privé sous contrat, le monde associatif : les camions écoles et Gadge : association franc-comtoise des gens du voyage et gadge qui œuvre dans le domaine social. Ce groupe a permis d’aboutir à des résultats conséquents sur la scolarisation des enfants tziganes. En Haute-Saône, les enfants de 6 à 12 ans sont tous à l’école désormais, sauf quelques journées d’absence dues à l’itinérance. Même s’ils ne passent que quelques jours dans le département, ils sont scolarisés. Les camions écoles complètent le dispositif pour les enfants de moins de 6 ans, ils ont un rôle passerelle pour sensibiliser les familles aux bienfaits de l’école maternelle. Ils passent ensuite la main aux écoles de secteur. Nous travaillons aussi à la scolarisation des 12-16 ans en collèges. Les associations nous aident, Gadge notamment, sur ce volet scolaire, lors du montage des dossiers RMI, si on veut l’obtenir, il faut scolariser les enfants. Ce dispositif est complet et reconnu sur la Haute-Saône. »


Elargissement aux autres départements
« A ce titre, on me demande d’élargir ce dispositif sur les 3 autres départements franc-comtois pour arriver à une scolarisation globale des enfants du voyage sur l’académie de Besançon. De nombreux voyageurs d’autres régions nous contactent pour inscrire leurs enfants au CNED et pour qu’on les aide à monter leurs dossiers. Donc on est connu et reconnu chez les voyageurs et les enseignants qui nous contactent de tous les départements.


Combien d’enfants sont concernés ?
« Sur le Doubs et le Jura, nous n’avons que des estimations : on estime qu’au moins 30 % des enfants ne sont pas scolarisés, ce qui est considérable, sur les populations qui fréquentent les aires d’accueil ou qui sont stabilisées, les autres ne sont pas comptabilisés. »


Relations avec les enseignants
« Comment a évolué votre travail avec les professeurs, y-a-t-il une meilleure acceptation ? »
« La situation a considérablement évolué, car on avait mis en place des formations pour apporter des réponses sous forme d’outils pédagogiques, avec une information sur l’aspect socio-économique et culturel du monde du voyage, en associant le contexte réel de l’école. »


Relations avec la ville
« En tant que coordonnateur, je suis médiateur et référent pour les gens du voyage, les institutionnels et les élus. En Haute-Saône, nous faisons régulièrement un bilan des actions et des besoins ; malheureusement sur le Doubs, l’éducation nationale n’a encore pas nommé de médiateur. Une collègue est partiellement détachée, mais ayant la charge d’une classe, elle manque de temps pour se déplacer sur le terrain. »


Difficultés rencontrées
« Les subventions sont réduites dans le monde associatif de 50 % par la DRASS sur 4 ans, on craint que les postes ne soient pas créés dans l’éducation nationale et que l’on ne puisse pas mettre en place le dispositif dans les autres départements. En Haute-Saône on est protégés, mais à Besançon j’aurai beaucoup de mal à le mettre en place si les subventions et les camions écoles diminuent et si les postes ne sont pas créés. »


Désirs des gens du voyage, et réticences face au collège
« Ceux qui ont réussi participent-ils au désir d’envoyer leurs enfants à l’école ? »
« Les gens du voyage sont parfaitement conscients de la nécessité de les envoyer à l’école, du moins à l’école primaire, mais ce n’est pas jamais  facile, arrivant souvent en cours d’année. Le collège est souvent assimilé à un lieu mystérieux, fermé, où règne l’insécurité, à cause des médias,  c’est pourquoi ils les inscrivent souvent au CNED.  Nous leur disons alors que c’est nous, en qui ils ont confiance, qui allons les accueillir au collège, pour les aider à découvrir ce milieu, pour s’y faire des copains, adhérer à un club, intégrer des cours à la carte afin qu’ils y trouvent leur place. »

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  • Qu’est-ce que l’intégration ?

    Il existe de nombreuses définitions de ce mot, car, comme le signale la Cité nationale de l’histoire de l’immigration, il s’agit d’un terme « qui évolue en fonction du contexte politique ».

  • Qu’est-ce que l’insertion ?

    L’insertion se joue au niveau social. On parle d’insertion lorsqu’un groupe minoritaire entre dans une société. L’insertion désigne ce processus, et elle s’oppose donc à l’exclusion, qui est le processus inverse, de rejet à la marge de groupes ou d’individus minoritaires.

  • Qu’est-ce que l’assimilation ?

    L’assimilation est un processus qui conduit à la perte des particularités linguistiques, culturelles, religieuses, etc., d’un groupe immigré ou d’un groupe « envahi ». Le groupe assimilé est toujours minoritaire en nombre, dans ce processus.

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    La guerre d’Algérie a opposé entre 1954 et 1962 l’armée française et des dizaines de milliers d’Algériens musulmans à d’autres Algériens musulmans nationalistes membres du FLN.