Quand je suis en Italie...

Quand je suis en Italie, j’ai l’impression de trahir la France, et quand je quitte l’Italie j’ai un pincement au coeur.

J’ai eu une enfance en zigzag entre la France et l’Italie, et j’ai autant d’amour pour l’une que pour l’autre.
Mon grand-père maternel Tony est venu à Besançon en 1924 à l’appel de la France qui avait des besoins en main-d’oeuvre dans le bâtiment et les carrières. Il avait vingt et un ans. Ma grand-mère l’a rejoint onze ans plus tard. Aujourd’hui, mon grand-père étant retraité, ils sont retournés vivre au pays natal.

Mon père venu d’Italie, rendre visite à sa famille, a ainsi rencontré ma maman.
Plusieurs membres de la famille et des amis Italiens résidant ici, la vie sociale de mes parents était en grande partie intra-communautaire. Toute mon enfance a été imprégnée de l’Italie.

Ma grand-mère a toujours essayé de maintenir les traditions italiennes tout en adoptant les françaises. Par exemple, à Noël nous avions toujours un sachet de friandises alors qu’en Italie ce dernier est offert aux enfants lors de la Befana qui est l’équivalent de la Saint-Nicolas. Elle ne voulait pas perdre ses coutumes mais elle voulait respecter les traditions françaises. En quelque sorte, ma grand-mère faisait un patchwork entre les coutumes françaises et italiennes.
Donc, chez mes grands-parents on parlait beaucoup le dialecte italien, ce que je ne fais pas aujourd’hui avec mes enfants. En fait, il était beaucoup plus facile pour eux de parler dans leur langue qu’en français. Donc, j’ai toujours baigné dans cette double culture qui constitue pour moi une richesse parce que ça m’a donné la capacité de pouvoir m’adapter n’importe où.

Mes grands-parents maternels étaient de Vicence, mon père du côté de Venise. Dans leur région on parlait un mélange de vénitien et de trévisien. Quand ma grand-mère écrivait, on trouvait dans une même phrase du français, de l’italien courant et du dialecte. On ne pouvait pas toujours comprendre ce qu’elle voulait dire si on ne connaissait pas tout ça.

Ecouter la première partie de ce témoignage en Italien

Durant mon enfance, jusqu’à mon adolescence, pour des raisons familiales, je faisais des séjours plus ou moins longs en Italie durant lesquels j’ai fréquenté l’école italienne. Parmi les anecdotes dont je me souviens, c’étaient quelques séjours au pays lors des élections en Italie. Mon père y allait pour voter et m’emmenait avec lui. Donc, je m’absentais de l’école française pendant toute cette période. Il ne votait pas en France. Il avait une carte de séjour. En fait, je ne l’ai jamais vu voter ici. J’ai toujours vu sa carte d’identité italienne mais jamais la française et je ne sais pas exactement s’il était aussi français.

Mes grands-parents maternels eux aussi avaient une carte de séjour. Ils ne se sont jamais naturalisés français, mais à peu près en 1949, ils ont fait la demande pour leurs cinq enfants.

Maintenant que je suis maman, j’essaie de transmettre à mon tour ce qu’on m’a donné. Chaque fois que je le peux, j’emmène mes enfants en Italie en train comme je le faisais moi-même pour qu’ils apprennent à s’orienter lorsqu’ils partiront tout seuls.
Avec mes enfants, comme chaque fois que je fais quelque chose de nouveau et s’il s’agit de quelque chose d’italien, je leur traduis les mots italiens, je leur explique.
Mes enfants sont attirés par l’Italie. L’un d’entre eux voudrait bien s’y installer professionnellement. Lors de ses séjours, il ramène de la musique italienne et de la musique ancienne. Je ne leur inculque pas l’amour de l’Italie mais ils le portent en eux. Je ne sais pas si c’est l’appel des racines. Je ne leur parle pas Italien parce qu’ils ne comprennent pas tout mais ma fille me demande quand même de lui traduire le courrier lorsqu’elle souhaite correspondre avec de la famille en Italie.

Je connais l’Italien courant et le dialecte. Mes phrases sont ponctuées de ces deux langues, mais un jour le problème du réel apprentissage de la langue se posera. Mais ce qui m’énerve et les enfants aussi c’est qu’il n’y a plus l’italien au lycée. Ils apprennent l’anglais et l’espagnol mais pas l’italien !!! et les cours particuliers sont trop chers, surtout quand on a plusieurs enfants.
Moi, quand je rentrais de l’école, c’était l’Italien qu’on parlait avec mon papa. Mes enfants ne sont pas demandeurs. Aujourd’hui, on le ne fait pas à la maison parce qu’il n’y a pas l’environnement favorable. Il n’y a que moi qui parle Italien, il n’y a pas le plus de l’école car la langue évolue et il y a des mots que je ne connais pas. J’ai décidé d’acheter un dictionnaire français–italien pour pallier mes manques.
Mais la culture est transmise aussi par le biais des séjours en Italie. Leur oncle est mélomane, il pratique l’opéra, et ainsi ils ont pu découvrir que la culture italienne ce n’est pas seulement la cuisine mais aussi la musique. Grâce au répertoire lyrique de leur oncle, ils ont découvert et adoré Roméo et Juliette (en italien) alors qu’ils ne l’auraient pas apprécié de la même manière à l’école.
Comme moi, ils se sentent chez eux aussi bien en Italie qu’en France. Je les laisse s’imprégner de la culture italienne selon leur propre rythme et leur propre envie.

Ecouter la seconde partie de ce témoignage

Anonyme

12 novembre 2008

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