Mon père était harki

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Je m'appelle Nora Dahmane et je suis fille de harki . L’intégration a été difficile. Nous, les harkis, on ne nous aime pas parce qu’on nous dit qu’on est des traîtres.

On ne sait pas sur quelle chaise s’asseoir, alors je n’osais pas dire que j’étais fille de harki.

Vous êtes née à Besançon. Où avez-vous vécu ?
Je suis née et j’ai vécu à Besançon. Mon père est né en 1943 en Algérie et a été rapatrié en 1962 à Valdahon parce qu’il était harki. Je ne pense pas qu’il soit devenu harki du jour au lendemain. Il avait son histoire. Mon père n’avait pas de choix en ce temps-là. Il n’y avait pas de travail. L’armée était la solution pour se nourrir et avoir un toit. Mon père a vécu dans des bidonvilles . Orphelin, il n’avait rien. Ma mère ma raconté qu’ils avaient une cuillère pour dix. Son frère lui a demandé de s’engager dans l’armée, alors il s’est engagé.

En quelle année ?
Je ne peux pas vous dire, je n’en n’ai pas discuté avec lui.

Son frère était-il harki ?
Je ne sais pas.

Il en parle facilement ?
Ce sont des souvenirs que les anciens combattants harkis ont du mal à évoquer. Il y a des choses qui reviennent en mémoire parce qu’il y a eu des massacres. Ils ont tué leurs frères, leur propre sang. Être harki, c’est être contre son pays, être contre sa culture en sachant que mon père est un bon musulman pratiquant.

Est-ce qu’il vous a raconté son histoire ?
Oui, il nous l’a racontée. Il nous a dit que les tatouages qu’il portait sont des tatouages qui signifient la guerre d’Algérie. Il y a eu des massacres. Il a tué des gens. Il a tué ses frères (je pense), qui ont le même sang que nous, mais c’était comme ça. Je ne sais pas moi, je suis née en 1971.

Les tatouages, c’était... ?
Son matricule... Pour être identifié s’il mourait.

Est-ce qu’il vous en parlait facilement ou est- ce que c’était difficile ?
Difficile, parce que mon papa, ils ne l’ont pas soutenu quand il est arrivé. Il a vécu des périodes difficiles parce que toutes les choses qu’ils promettaient n’ont pas été tenues. Rien n’a été tenu. Ce ne sont que des paroles, mais rien n’a été fait, rien n’a été mis en place pour ces personnes qui se sont battues. Lui a été parachuté ici et on l’a laissé. Ils n’ont pas eu d’aide.

Pensez-vous qu’il accepterait de témoigner ? Pas sur la guerre d’Algérie mais sur la situation des harkis en France
Je ne peux pas le lui demander parce que c’est une grande souffrance pour lui.

Est-ce qu’il est resté dans l’armée ou est-ce qu’il a été démobilisé en 1962-1963 ?
Il a été démobilisé. Ca été difficile pour lui.

A-t-il été aidé ?
Non, par exemple quand il a passé son permis il ne savait ni parler ni lire le français.

Mais a-t-il eu des aides financières ?
Oui.

À Valdahon, savez-vous comment vivaient vos parents ?
Ils vivaient dans un camp militaire spécial pour les harkis. Ils vivaient dans une petite chambre. Dans des conditions que vous ne pouvez pas imaginer. Quand l’armée française a quitté l’Algérie, elle l’a ramené en France parce qu’ils leur ont promis pleins de choses. Voilà la France comment elle est ! Un discours confronté à leur misère, alors ils se sont dit : tiens, est-ce que la France peut être mieux, un pays plus sécurisant ? Elle leur apporterait des choses que eux n’ont pas là-bas. Alors c’est comme ça qu’ils se sont lancés. Ils sont partis à l’aventure. Ils ne savaient pas. Moi, mes parents sont illettrés. La plupart des familles des harkis sont illettrées. Ils ne peuvent pas tout comprendre, ils sont un peu naïfs. Ils se sont faits embobiner. Mon père a toujours servi son pays. Il a toujours servi la France. Il en est fier. Pour lui, il est fier d’être harki et il est fier d’être un bon musulman.

Comment vivez-vous votre statut de fille de harki ?
J’ai eu un parcours très difficile parce que j’étais entre deux nationalités.

En quoi votre parcours a été difficile ?
L’intégration a été difficile. Nous, les harkis, on ne nous aime pas parce qu’on nous dit qu’on est des traîtres. Les Français ne nous aiment pas. Les Algériens ne nous aiment pas. On ne sait pas sur quelle chaise s’asseoir, alors je n’osais pas dire que j’étais fille de harki parce qu’on nous dit : « Sale traître, vous avez trahi votre pays, vous n’êtes pas digne d’être arabe, pas digne d’être musulman. »

Vous n’osiez pas le dire à qui ?
Aux Français, aux Maghrébins. Aux Maghrébins comme moi parce que je n’ai pas envie de me sentir rejetée. Déjà, il y a les difficultés que l’on vit dans la vie sociale, le problème de l’intégration. Alors vous dites à un Arabe que vous êtes harki, vous vous faites insulter. Moi, je n’y peux rien. C’est l’histoire que j’ai eue, c’est l’histoire que d’autres ont pu avoir aussi. Oui j’en ai souffert.

Dans quelles occasions on vous a insultée ? les gens savaient que vous étiez fille de harki ?
Tout le monde sait que je suis la fille d’un harki. On me reproche mon intégration mais je ne vois pas où est le mal.

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  • Qu’est-ce que l’intégration ?

    Il existe de nombreuses définitions de ce mot, car, comme le signale la Cité nationale de l’histoire de l’immigration, il s’agit d’un terme « qui évolue en fonction du contexte politique ».

  • Qu’est-ce que l’insertion ?

    L’insertion se joue au niveau social. On parle d’insertion lorsqu’un groupe minoritaire entre dans une société. L’insertion désigne ce processus, et elle s’oppose donc à l’exclusion, qui est le processus inverse, de rejet à la marge de groupes ou d’individus minoritaires.