Comment les étudiants venus d’Afrique noire s’adaptent à la vie française

Dans le cadre de ses études à l'IRTS (Institut Régional de Travail social) de Besançon, en 3ème année de formation pour obtenir le diplôme d'Etat d'ASS (assistant de service social), Sophia El Morchid a rédigé un mémoire d'initiation à la recherche intitulé « L'appropriation par les étudiants africains venus pour études en France de leur nouvel environnement » (49 pages, juin 2016).

La cohorte d'étudiants qu'elle a interrogée est numériquement faible : six personnes. Quatre jeunes gens et deux jeunes filles de 18 à 30 ans, venus de Guinée, du Gabon, de Côte d'Ivoire, de Djibouti, du Sénégal, du Niger. Sauf un, ils sont de milieu moyen/aisé. L'un fait les Beaux-Arts, deux des Lettres, trois sont dans une filière tertiaire. L'étude est difficilement généralisable, mais ses conclusions recoupent celles d'autres études de ce type.
L'auteur avait mûri son projet en rencontrant quatre professionnels français. Elle avait de plus participé en observatrice à un groupe de parole créé par le CROUS (Centre régional des œuvres universitaires et scolaires) pour lutter contre l'isolement social des étudiants d'Afrique subsaharienne à la Faculté.

Les grands points qu'elle met en relief à propos de ces « migrations pour étude »:

  • Le désir de venir en France naît de l'image positive de la France véhiculée en Afrique francophone. Notamment, les diplômes obtenus en France sont plus réputés que les diplômes locaux.
  • Le financement du séjour doit être assuré, et les postulants affirment qu'il l'est. Mais les revenus déclarés afin d'obtenir des autorités françaises le droit de venir étudier en France sont massivement surévalués, largement fictifs.
  • Le choc de l'arrivée est violent, et double. Matériel : pour vivre, il faut demander des aides sociales et/ou trouver un travail d'appoint. On se trouve en situation de précarité. Moral : l'étude confirme que le passage d'une société de solidarités chaleureuses à une société où les sentiments s'extériorisent beaucoup moins est très difficile. Les Français sont ressentis comme froids ; le fait qu'on ne se salue pas systématiquement dans nos sociétés est pris par les Africains qui arrivent comme un signe de discrimination hostile. A l'idéalisation de la France succède une phase de déception, et d'idéalisation du pays natal qu'on vient de quitter.
  • Le rôle des CROUS est capital. Ils aident au logement (quatre interrogés sur six sont en chambre CROUS à 158 euros par mois). Ils assurent information et aide sociales. Ils favorisent la socialisation grâce à des groupes de parole. Ils informent les arrivants sur les codes sociaux : ne pas dire bonjour à un inconnu n'est pas en France un signe d'hostilité ou de mépris à son égard.
  • Au choc initial succède donc souvent une phase d'adaptation, qui se traduit par la participation à des activités associatives (football, radio universitaire) ou par la naissance de relations amicales avec des Français, étudiants ou autres. La chambre, d'abord lieu de solitude froid, devient un lieu « investi par des interactions sociales », ce qui facilite « l'appropriation de l'environnement global de l'étudiant ».
  • On informe peu ou pas les parents restés au pays sur les difficultés d'adaptation. Si l'on fait de la plonge pour vivre, on ne le dit pas. On valorise le positif. On ne veut pas décourager les jeunes de tenter l'aventure.
  • Le désir de rentrer au pays est unanime. Mais l'idée de travailler un peu en France avant de rentrer est parfois envisagée.

 

Quelques statistiques éclairent le contexte. Au niveau national, la France est le 3ème pays du monde qui accueille le plus d'étrangers, environ 300 000 en 2014-2015. 80% viennent du dehors de l'Union européenne : en tête 35 000 Marocains, 30 000 Chinois, 21 200 Algériens, 11 500 Tunisiens. 42,5% venaient du continent africain. Derrière les pays du Maghreb venaient le Sénégal (8 800 étudiants), le Cameroun (7 000), la Côte d'Ivoire (5 500), Madagascar (4 100).

A l'Université de Franche-Comté vers 2007, on comptait 250 Marocains, 222 Algériens, 87 Sénégalais, 62 Guinéens. Taper sur ce site « étudiants africains ». Il y a quinze réponses (conférence, témoignages, chiffres).

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