1960 : M. et Mme Marmet accueillent des étudiants algériens

« Nous étions quatre quand nous sommes arrivés un soir d’octobre 1960 à Besançon. Presque en tenue d’été ! » En pleine guerre d'Algérie, quatre étudiants Maghrébins se retrouvent en Franche-Comté...

M. et Mme Roger Marmet, dans les années 1960, vivent à Palente, rue des Roses. M. Marmet entraîne une équipe de foot formée de jeunes. À l’automne 1960, il remarque sur le terrain de jeu de la cité universitaire, quai Veil-Picard, de jeunes Algériens qui jouent au foot. Il demande à Abderrahmane Hamrour de venir jouer dans son équipe, celui-ci accepte. La famille Marmet l’invite très vite chez elle, avec plusieurs de ses amis dont Mohamed Derroug.

Or, le jeune frère de ce dernier, Kamel Derroug, en classe de lycée a été interpellé à Alger par la police alors qu’il arrachait des affiches en juillet 1961. Le curé du quartier conseille à sa famille de l’envoyer en France s’ils le peuvent. Une adresse est possible : la famille Marmet à Besançon.
Mme Marmet raconte : « Le premier soir, il sort de la maison à minuit : il fait beau et chaud.
Il regarde sa montre et dit « Minuit, je peux, sans risque, rester dehors et je n’entends pas
d’armes à feu ». Il avait 12 ans au début de la guerre et il ne savait plus ce qu’était un soir d’été dans la paix ».
M. Marmet obtiendra de M. Jeunet, le proviseur du lycée Victor-Hugo, alors au centre-ville, une place en classe terminale comme interne externé : il logera avec eux rue des Roses.
Mme Marmet ajoute « Mohamed et Kamel épouseront tous les deux des Franc-Comtoises. Abderrahmane Hamrour épousera une nièce de Ferhat Abbas ; ils ont été les premiers ingénieurs autochtones dans le pétrole après l’indépendance. »

Abderrahmane Hamrour

Le hasard a voulu que l’un des quatre Algériens accueillis par la famille Marmet en 1960 et qui a fait partie de l’équipe de foot de Palente entraînée par M. Marmet, celui qui a épousé Soad Abbas, est venu à Besançon au mois de janvier 2007. Il a rendu visite à Mme Marmet et il a bien voulu confier une partie de ses propres souvenirs sur cette époque.


Nous étions quatre (Reda Belkhodja, Mohamed Derrough, Kamel Fenardji, Abderrahmane Hamrour) quand nous sommes arrivés un soir d’octobre 1960 à Besançon. Presque en tenue d’été, car la température (température, donnée météo s’entend) à notre départ d’Alger était évidemment clémente par rapport à celle que nous avons trouvé ce jour.
Mais nous étions jeunes, et bien sûr « à cœur vaillant rien d’impossible », il fallait braver le froid et toutes sortes d’adversités ; à l’exception, Dieu merci, de celle des hommes. Oui parce que nous y avons trouvé une grande majorité de Français, de véritables, ceux qui composaient le peuple de France, que le FLN lui même (il l’a dit et écrit) n’a jamais assimilés à ceux qui voulaient ou se disaient les représenter en Algérie. À tous les niveaux de la société, là où nous allions, des oreilles attentives, des esprits ouverts, des militants de causes justes et humaines nous ont le plus souvent bien accueillis et aidés.
Quelques noms inoubliables ? Bien sûr, il y avait les Ponçot, les Marmet (Roger et Maggy), les Clerc (Denis et Marie-France, à l’époque non encore mariés), les Chaffanjon, Redoutey... La liste est longue que ma mémoire, hélas défaillante, ne me permet pas de rappeler ici et maintenant. À l’exception encore des copines étudiantes inoubliables dont certaines ont épousé des amis algériens (Françoise C. par exemple) et le clan de Dominique, Nicole, Nelly, ou encore de celles qui ont meublé pour longtemps amours de jeunesse et souvenirs impérissables (n’est-ce pas Élisabeth P.) et qui se reconnaîtront peut-être à la lecture de ce témoignage.
À l’exception également, et surtout, de ceux et de celles qui ont côtoyé nos aînés (Amid Hamra Kroua...) et agi en faveur de la cause algérienne et que nous n’avons malheureusement pas connus et pour lesquels nous avions respect et admiration, tels que Francine Rapiné et d’autres encore. Ceux et celles qui, à l’époque, avaient forgé dans l’action la conviction - que nous partagions d’ailleurs – de positiver l’Histoire en jetant les bases d’un avenir de coopération d’amitié, ou même de connivences entre deux peuples se vouant une considération mutuelle, prêts à bâtir une nouvelle relation, un nouvel espoir.
Je n’épiloguerai pas dans les actions que leur fraternité agissante nous a permis de réaliser. Par respect que je dois au rôle qu’ils ont joué et dont ils ne diront que la partie visible de l’iceberg et que de toute façon ils diront mieux que moi. Par respect, en dernier ressort, à leur dimension personnelle, intrinsèque, qui ne s’accommoderait pas, ni des mots, ni de la grandiloquence des mots. Alors je n’en dirai pas plus, parce que je veux conserver leur amitié ».


Extrait de "les Nord-Africains à Besançon", éd Ville de Besançon juin 2007

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