Etudiant algérien à Besançon (1960-63)

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Mon premier contact avec Besançon a eu lieu il y a exactement cinquante ans, presque  jour pour jour, à l’aube d’un matin froid du mois d’Octobre 1960 en débarquant à la gare (Besançon Viotte)  par le train de nuit de Marseille.

Je venais à Besançon pour entreprendre des études supérieures de chimie. Mon séjour a été bien organisé, puisque j’avais en poche l’accord pour une inscription en MPC (Mathématiques, Physique, Chimie) à la faculté des sciences,  une bourse d’études  plein taux (25.000 anciens Francs par mois) et surtout une chambre à la cité universitaire Quai Veil-Picard.  Contrairement au cliché très répandu rapporté dans les récits de voyageurs, je ne peux pas dire que je suis arrivé à Besançon à l’aventure ou par hasard.

Bien avant  l’obtention de mon Baccalauréat Mathématiques Elémentaires en Juin 1960, j avais déjà choisi de  faire des études supérieures en chimie. Je voulais plus exactement être ingénieur chimiste. Après moult recherches sur les écoles d’ingénieurs,  mon  choix s’est fixé sur l’Institut de Chimie de Besançon qui proposait un cycle d’études de trois ans avec recrutement sur dossier des  candidats admis en MPC. Donc pas de concours. Je ne tenais pas,  après un long  et dur internat de huit ans comme enfant de troupe entre l’Ecole Militaire Préparatoire de Koléa  en Algérie (5ans) et celle d’ Aix en Provence (3ans)  à faire encore deux années de classes préparatoires comme une bête à concours pour intégrer une grande école. La formule proposée par l’Institut de Chimie était attrayante pour ne pas dire  dilettante et sans risque, comparée à celle des classes préparatoires (Maths Sup-Maths Spé). Quand, j’ai fait part à mon père de mon projet d’aller étudier à Besançon, il m’a encouragé en se rappelant  que j’avais eu un oncle qui y avait  vécu heureux parait-il,  et qui y était même enterré ! Cela m’a  rapproché de cette ville et conforté dans mon choix.
C’est en taxi bien sûr que je me suis rendu  avec mes deux valises à la cité universitaire  Quai Veil Picard, où la bonne et  brave Mme Ménetrier qui était déjà à son poste à la réception m’accueillit. J’ai pris possession de ma chambre double que je devais partager comme convenu  avec mon camarade d’école Mohamed  Rouighi, non encore arrivé.

1961 sur les berges du Doubs devant la cité ULe repérage des lieux à Besançon a été très rapide. Il ne m’a pas fallu plus d’une journée pour cela : La cafétéria et le restaurant universitaire de la cité  d’abord,  la faculté des sciences et la bibliothèque universitaire au 32 rue Mégevand, avec évidemment l’incontournable Bar de l’U, juste en face.
Le trajet  cité universitaire-fac des sciences a vite été testé : 15 mn à pied. Dès la sortie de la cité, il fallait traverser le Pont  Canot,  filer tout droit puis longer l’hôpital,  tourner à gauche sur la rue de la préfecture, puis tourner  enfin à droite sur la rue Mégevand  jusqu’à l’Université. C’est incroyable, mais durant tout mon séjour de trois ans  à Besançon je n’ai pas pris une seule fois le bus ! Tout était au centre ville, à portée de pied : le logement, la faculté, les administrations, les magasins, les loisirs : cinémas, bars, bals, parcs de promenade, et même la citadelle de Vauban

Après le repérage des lieux, vint la recherche des compatriotes étudiants algériens. Au bout de 3 jours personne en vue, mais le soir,  un grand brun de type nord-africain  nous aborde Rouighi  et moi à l’entrée de la cité,  et nous interpelle en arabe : Vous êtes tunisiens ? Non, nous sommes algériens. Ahlen oua sahlen (soyez les bienvenus). C’était  Azzeddine Mrad, un étudiant tunisien en chimie, qui nous  invite aussitôt  à aller prendre le thé à la menthe dans sa chambre avec une musique de fond  d’Abdelwahab (célèbre et grand musicien Egyptien  de l’époque). Nous voilà replongé dans nos sources arabes. Inoubliable soirée qui a été  l’origine de notre amitié,  encore vivante jusqu’à ce jour.
Azzeddine nous   dresse rapidement la situation à Besançon. Petite ville tranquille, petite fac où tout le monde se connaît. Pas trop de problèmes rapport aux « évènements d’Algérie ».
Il nous confirme qu’il y a très peu d’étudiants nord-africains (4 ou 5 en tout) dont 2 algériens  Hamid Hamrakroua  et  Ahmed Lazib,  étudiants en  médecine, donc ayant une activité (hospitalière) les éloignant du milieu étudiant. C’était avant l’arrivée tardive  de ce que j’ai appelé la bande des quatre d’Alger : Kamel Fenardji, Réda Belkhodja, Abderrahmane Hamrour et Mohamed Derrough qui s’inscriront aussi en MPC et qui ont mis du temps  eux,  non préparés et très insouciants,   pour se loger définitivement.
 

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