Rapatriés

Rapatriés - Photo E. Trouche

La colonisation sous toutes ses formes (annexion, colonies, protectorats) ayant été à l’origine de l’installation de nombreux Français outre-mer, par un renversement des choses, la décolonisation allait être l’occasion d’un retour au pays d’origine, d’un rapatriement. La fin de la guerre d’Indochine (1954), mais surtout les indépendances du Maroc et de la Tunisie (1956), qui voient se produire 324 000 arrivées, et davantage encore la fin de la guerre d’Algérie qui provoque le retour de 230 000 rapatriés avant le mois d’avril 1962, puis de 612 000 d’avril à juillet, posent en termes nouveaux, par le caractère massif et rapide que revêt cette immigration, le problème de la politique de rapatriement. La notion, d’abord définie comme aide au retour, puis comme politique d’accueil, ne peut plus désormais faire l’impasse sur une aide à l’installation.

Rapatriés ? La question est plus complexe car pour de nombreux Français qui ne l’étaient que par adoption, du fait d’une naturalisation individuelle ou collective (Juifs d’Algérie en vertu du décret Crémieux de 1870) ou en application de la loi de 1889 sur le droit du sol, il ne s’agit pas d’un retour au pays d’origine mais d’une insertion dans une patrie d’adoption : Français d’origine espagnole, italienne ou maltaise. Pour ce qui est des Juifs d’Afrique du Nord, si 235 000 d’entre eux s’installent en France entre 1956 et 1967, seuls ceux d’Algérie ou ceux qui ont été naturalisés à titre individuel, sont des rapatriés. Quant aux Harkis ou « Français musulmans », 120 000, ils sont évidemment à inclure dans cette catégorie.

Tandis qu’un secrétariat d’Etat  aux Rapatriés est créé (Robert Boulin, 24 août 1961), remplacé par un ministère (Alain Peyrefitte, puis François Missoffe, 11 septembre 1962- 23 juillet 1964), puis rétabli (1964-1995) désormais sous tutelle du ministère de l’Intérieur, la définition du rapatrié s’élargit par la loi 61-1439 du 26 décembre 1961. Tous « les Français ayant dû ou estimé devoir quitter, par suite d’évènements politiques, un territoire où ils étaient établis et qui était antérieurement placé sous la souveraineté, le protectorat ou la tutelle de la France, pourront bénéficier de la solidarité nationale […]. Cette solidarité se manifeste par un certain nombre de mesures de nature à intégrer les Français rapatriés […] » (article 1er) : remboursement du voyage, prestations de retour et de subsistance, prestations sociales, prêts à taux préférentiels … L’allocation de subsistance était fixée à un niveau supérieur au SMIG (313 francs), soit 350 francs mensuels pour un célibataire. Le but est, en attendant l’indemnisation, de favoriser une insertion rapide des rapatriés. Ainsi s’amorce une politique, plus de quatre cents textes entre 1961 et 2005, qui certes presque toujours en retard sur les besoins, n’en constitue pas moins un ensemble conséquent.

Les difficultés ne manquent pourtant pas : incompréhension dont ils sont victimes de la part de leurs compatriotes métropolitains, réticence à accepter la dispersion sur l’ensemble du territoire (le plus grand nombre s’installe dans le Sud), obstacles à trouver un emploi,  difficulté à se loger, lenteur de services administratifs débordés par un afflux dont la rapidité n’avait pas été prévue … Quant à l’indemnisation des biens spoliés, elle n’est ni rapide (loi de 1970 complétée par celles de 1978, 1982 et 1987) ni équitable. Elle représente en effet, selon les évaluations, entre 22 % et 58 % de la valeur des biens spoliés. Au total la réinsertion, sauf pour les personnes âgées et les Français musulmans (16 % de harkis chômeurs dans le Midi en 1973), est cependant assez vite réalisée. Dès 1967 la catégorie « rapatriés » disparaît ainsi des statistiques du chômage. Nombreuses sont les réussites : nouvelles cultures dans le Midi aquitain ou le Languedoc-Roussillon, mise en valeur de la plaine orientale en Corse, passage de la pêche au stade industriel à Sète ou Port-Vendres … « Condamnés à réussir, parce que nous n’avions plus de terre et donc plus rien à perdre », selon Afflelou, les rapatriés devraient cette réussite à leurs qualités propres, notamment à leur faculté d’adaptation et leur aptitude à commencer une nouvelle vie ? Si ce n’est pas faux, il ne faut pas oublier que la politique de la Nation les y a grandement aidés.

Les blessures ne sont cependant pas seulement économiques, elles sont aussi psychologiques (la perte du pays natal, le déracinement), et mémorielles (la reconnaissance en tant que victimes de la décolonisation). Elles font de ces communautés de rapatriés, des communautés dont la sensibilité reste à vif.

Jean-Paul Bruckert, agrégé d'histoire, ancien professeur



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