Note historique: Les pieds noirs d'Algérie - La vie des pieds-noirs en Algérie

Sommaire

3) La vie des pieds-noirs en Algérie

 

a) Moins de 10% étaient des colons au sens strict de  travailleurs de la terre en pays colonial. Il y avait 17 200 propriétaires de terres, dont 8 000 étaient des petits paysans. (chiffres de 1954)

b) Le reste était constitué de salariés urbains : 269 000, soit 75% des actifs pieds-noirs, dont 90 600 ouvriers et 99 400 petits employés. Les pieds-noirs n’étaient pas, contrairement à ce que veut une légende tenace, de gros colons du bled, mais des petits-blancs des villes

c) Une vie plutôt heureuse. Le « peuple pied-noir », né du mélange des Français, Espagnols, Italiens, Maltais et autres, était un peuple méditerranéen, extraverti, rieur, convivial. Des rapports simples, l’apéritif au soleil, les heures de tchatche (=bavardage), les excursions en famille à la mer, il y a du vrai dans ces clichés souriants, qui nourrissent chez les rapatriés une « nostalgérie » que le temps n’a guère atténuée.

Ce bonheur allait avec une vraie fierté : « Pour nous, l’Algérie , c’était un département français comme un autre, on racontait la conquête, je ne me posais pas de questions…C’était comme ça. On avait quand même l’impression que la France apportait le progrès, elle apportait l’éducation, l’enseignement, les écoles, les médecins…, quand même, il y avait un aspect positif en dépit des aspects négatifs, on le sentait comme ça…Il faut comprendre qu’une grande majorité des gens qui vivaient en Algérie n’étaient pas des oppresseurs. C’étaient des enseignants, des petits fonctionnaires, des employés des postes, des artisans… » (cité par Jeannine Verdès-Leroux, p. 265).

d) Les relations avec les Musulmans.

Il y a sur ce sujet deux versions des choses violemment opposées. D’un côté les nationalistes  algériens et la gauche anticolonialiste française parlaient (parlent encore) de racisme, de mépris, d’inégalité et d’exclusion. De l’autre côté, la grande majorité des pieds-noirs s’indignent de ce procès qui leur est fait, évoquent les amitiés nouées sur les bancs de l’école, les bonnes relations avec les salariés agricoles ou les employées de maison, « les conciliabules, les échanges, parfois la tendresse » (Jean Pélégri). Beaucoup concèdent l’ignorance (le système colonial avait écarté l’apprentissage obligatoire de la langue arabe ), le paternalisme, mais presque tous nient le mépris et l’hostilité qui sont contenus dans le racisme.
Le fond de la chose est que « les rapports entre les individus ne règlent pas les rapports entre les ethnies » (J. Verdès-Leroux). Les amitiés et les bonnes relations entre tel et tel ne pouvaient effacer les inégalités fondamentales au plan social et politique. Il n’y eut certes jamais d’apartheid dans l’espace public (stades, transports publics, écoles), mais l’appareil politico-administratif était totalement aux mains des fonctionnaires français et des élus pieds-noirs. Il y avait certes des médecins musulmans (encore que très peu : 75 en 1954 pour 1 400 médecins européens), des enseignants musulmans, mais le pouvoir, lui, n’était pas partagé.

e) les variations d’image. Le regard des métropolitains sur les Européens d’Algérie connut des variations très profondes : hostile aux tout débuts (« la lie des peuples d’Europe… »), il devint plus favorable vers 1880 (« des gens durs, égoïstes, mais travailleurs et patriotes… »), puis franchement élogieux en 1930 au moment de l’apogée du centenaire, qui vit se déverser des flots d’éloquence autocélébratrice, aussi bien métropolitaine que pied-noir (« un peuple de pionniers ardents, laborieux, héroïques, efficaces… »).

Le désarroi des pieds-noirs n’en fut que plus profond quand, peu de temps après, vers 1945-1960, le vent de l’histoire tourna, et que se déclencha la tempête décolonisatrice. La majorité de l’opinion métropolitaine, alors que les pieds-noirs étaient venus  nombreux (avec les Musulmans indigènes qu’un film récent a honorés) libérer la France en 1944-45, les considéra assez vite  comme un ensemble d’exploiteurs racistes à qui il était juste que les colonisés fassent rendre gorge.

 

 

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  • Les pieds noirs d'Algérie en quelques lignes

    On appelle pieds-noirs les Européens venus s’installer en Afrique française du nord (AFN : Maroc, Algérie,Tunisie) au temps de la colonisation, notamment les Européens d’Algérie.