Le Portugal est son pays-émotion

Paula, âgée alors de 11 ans, est arrivée en France, à Valentigney, en 1971, accompagnée de ses parents et de son petit frère de 4 ans. Elle venait du Portugal.

Où avec ses parents et son petit frère elle habitait la banlieue de Lisbonne. Pour trouver de meilleures conditions de vies, pendant l’époque Salazar où les conditions économiques étaient très difficiles son père était arrivé un an auparavant dans les usines Peugeot-Japy qui fabriquaient des mobylettes à l’époque.

Paula Luis au Portugal à l'école (souriante)

C’est le hasard qui a décidé, finalement de la nationalité actuelle de Paula. En effet son père avait fait une demande de travail à l’étranger, à la fois en France et en Allemagne, et c’est un de ses cousins travaillant déjà en France qui lui a obtenu un contrat de travail à Valentigney. Ce contrat est arrivé avant une quelconque proposition de travail en Allemagne. Enfant, Paula n’avait pas du tout envie de venir en France, ses parents pour apaiser les tensions lui avaient promis qu’elle pourrait y retourner définitivement à l’âge de 16 ans.
Sa mère, couturière au Portugal, est devenue comme beaucoup de portugaises en France, femme de ménage.
Paula n’avait pas appris le français au Portugal, si bien qu’à son arrivée en France on l’a mise en CP et qu’en l’espace d’un an, comme elle assimilait très vite, elle a rattrapé la totalité de la scolarité primaire. Puis après avoir passé un examen elle est entrée en 6e.
Sa scolarité dans le secondaire s’est passée beaucoup plus difficilement, un professeur, en effet avait estimé que « sortant d’un milieu ouvrier et étant étrangère, elle ne pouvait pas aller bien loin et qu’il fallait qu’elle s’oriente vers la vie active ».

Paula a donc quitté le lycée en Première alors qu’elle aurait aimé apprendre les langues étrangères pour exercer ses talents dans le tourisme, afin de repartir au Portugal. Ce qu’elle n’a pas pu faire
Mariée très tôt à 19 ans ½ elle a divorcé assez vite : à 21 ans. L’injonction de son père qui lui a dit à l’âge de 15 ans, lorsqu’elle a présenté un garçon à sa famille : « tu en apportes un à la maison mais pas plusieurs », est à l’origine de ce mariage prématuré. Or, Paula ne s’entendait pas du tout avec ce jeune homme, par ailleurs très violent et ce depuis le début de leur relation, mais ce mariage était pour elle le moyen de s’affranchir de sa famille et des contraintes qu’elle imposait.

Sa maison au Portugal-la courAprès être entrée rapidement dans la vie active comme vendeuse puis responsable de magasin, Paula a suivi une formation à l’AFPA et s’est reconvertie dans le secrétariat, métier qu’elle exerce avec une grande satisfaction (et la grande satisfaction de ses collègues, (ndr)) depuis 10 ans au CLA.
Elle retourne au Portugal, en vacances, tous les 2 ou 3 ans plutôt comme touriste mais comme elle n’a plus la possibilité d’aller dans sa famille puisque ses 2 grands-mères sont mortes cela lui semble un peu bizarre de ne plus avoir personne sinon de lointains cousins un peu âgés.  Avec la disparition de ses aïeules, pour elle « c’est aussi une partie de (son) enfance qui partait avec elles ».
En fait, en venant en France Paula a perdu, selon son sentiment,  une vraie vie de famille puisque au Portugal ils étaient assez liés et vivaient un peu en « clan ». Les conditions économiques en effet faisaient que les gens ne pouvaient pas se permettre d’avoir un appartement seuls donc Paula, ses parents et son frère, vivaient avec « le grand-père et la grand-mère sous le même toit » et sur le palier il y avait l’oncle, la tante et la cousine. Ils habitaient dans des logements agencés dans des caves avec la fenêtre en hauteur à ras du trottoir, ce qui était courant à l’époque au Portugal. Elle a été élevée plus par le clan que par ses parents si bien qu’arrivée en France elle avait l’impression de ne pas les connaître et elle leur en voulait car à cause d’eux elle avait tout quitté : ses amis, la famille… Paula a eu longtemps « le mal du pays » avec le sentiment de « traîner un boulet ».
Elle se souvient qu’à l’époque son petit frère tombait souvent malade. Le médecin avait dit qu’il s’agissait plutôt d’une dépression due au changement.

Au sujet du changement Paula a ressenti comme une perte importante d’identité l’omission du nom de sa mère dans son nom patronymique, elle est heureuse que la loi ait changé en France. Si bien que son second fils porte le nom de sa mère et de son père, ce qui n’est pas le cas de son fils aîné, car la loi n’existait pas au moment de la naissance de celui-ci.
Ses enfants ne parlent pas portugais mais ils le comprennent. Au lycée ils ont étudié l’espagnol en seconde langue parce qu’il n’y avait pas la possibilité de choisir le portugais. Elle sait cependant que si ses enfants « se trouvaient en situation de survie le portugais reviendrait vite ».

Paula Luis lors du pélerinage au Mont Rolland

Au moment où ses grands-parents sont décédés Paula a eu « un problème d’identité » elle a eu « du mal à retourner dans (son) pays », elle ne savait plus qui elle était. C’est grâce à son second fils âgé bientôt de 14 ans, en recherche de racines, et sur son insistance, qu’elle a « renoué avec son pays ».
Elle a les larmes aux yeux quand elle entend l’hymne de son pays pendant les matchs de foot. Parfois elle va au pèlerinage du Mont Rolland près de Dole, avec les portugais pour retrouver les odeurs et les chansons de son pays mais aussi l’image de sa grand-mère qui l’emmenait à Fatima.
Le Portugal est son pays-émotion mais bien évidemment la France aussi est son vrai pays maintenant.

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