Immigration et pratiques religieuses à Besançon - I.l'Islam et le Bouddhisme en France

Sommaire

I. l'Islam et le Bouddhisme en France

Les relations de l'État français avec les populations de confession musulmane sont anciennes du fait, notamment, de la colonisation de certains pays du Maghreb et de l'Afrique subsaharienne (Algérie, Maroc, Tunisie, Mali, Sénégal, Niger...). L'islam devient, avec la présence des troupes supplétives coloniales dans l'armée française et l'immigration de main d'œuvre, une des religions présentes sur le territoire français. Jusque dans les années 1970, les autorités françaises se déchargent sur les pays d'origine du soin d'encadrer, sur le plan religieux, les ressortissants étrangers présents en France(5). D'ailleurs, les travailleurs immigrés originaires d'Algérie, Maroc et Tunisie (pour l'essentiel) ne manifestent pas leur appartenance et leurs besoins religieux. D'une façon générale, le discours public ne porte pas grand intérêt à l'immigration ce qui permet « aux personnes directement concernées de se fondre progressivement dans la population française »(6). Les organisations issues de l'immigration étant interdites, les travailleurs algériens, tunisiens et marocains de confession musulmane observent les principaux rites de leur religion (ramadan, interdis alimentaires...) sans réelle reconnaissance de leur culte dans la vie collective du pays(7). Cependant, plus récemment, la « stabilisation des populations immigrées déjà présentes »(8) en France  (Algériens, Marocains, Tunisiens) ainsi que les nouvelles vagues migratoires turques, africaines (Afrique subsaharienne),etc. rendent visibles les besoins des musulmans; leur culte ne peut être considéré comme marginal, la République doit le reconnaître au rang des autres religions. Qu'ils soient convertis, Français ou étrangers, les musulmans ne veulent plus pratiquer leur religion dans l'ombre des caves transformées, faute de mieux, en salles de prières.
Dans un climat de crise économique et de montée de l'extrême droite, l'opinion publique se focalise sur les « problèmes d'intégration » de la seconde génération d'immigrés. Parallèlement, le critère de l'origine ethnique et culturelle des immigrés et des personnes issues de l'immigration s'impose dans les débats sur « l'identité nationale ». Alors que les musulmans veulent faire entendre leurs droits, l'ethnicisation de la religion rend leurs requêtes plus complexes. « La religion est vue comme la composante essentielle de ces cultures [dites « musulmanes »], composante qui peut être isolée et posée comme culture en soi »(9), quelque soit la culture d'origine et quelque soit la foi réelle des personnes. Or, les musulmans de France sont originaires de multiples pays et ont des pratiques religieuses tout aussi différentes; « l'adhésion à l'islam en France se fait désormais sur une base individuelle »(10). L'islam ne peut donc être un référent collectif définissant les rapports sociaux, l'identité nationale et politique(11) (comme cela peut être le cas dans les pays où l'islam est la religion majoritaire). En France, l'islam est un choix individuel; il n'est ni homogène (salafisme, soufisme...), ni évident dans un environnement sécularisé.
Malgré tout, le libre exercice de la religion garantit des lieux de culte. Les musulmans ne possèdent pas de patrimoine cultuel et, comme les autres religions, ne bénéficient pas des subventions publiques. Les fonds et les imams viennent surtout de l'étranger (malgré le Centre islamique de formation des imams de Saint-Léger de Forgeret). Aussi, les places pour les constructions des bâtiments religieux relèvent de l'accord des collectivités locales. En 2003 sont alors créés le Conseil français du culte musulman (CFCM) et les Conseils régionaux du culte musulman (CRCM); l'islam, traversé par diverses organisations et courants de pensée, est en voie d'être institutionnalisé, à l'égal des autres cultes présents en France.

La religion bouddhiste, est, quant à elle présente sur le sol français que depuis une trentaine d'années avec l'arrivée des premiers immigrés asiatiques; Vietnamiens, Cambodgiens et Laotiens surtout. Les courants migratoires originaires d'Asie comptent notamment des réfugiés qui font appel au droit d'asile(12). Dans les années 1975, les boat-people, migrants qui fuient leur pays (pour des raisons politiques ou économiques) sur de dangereuses embarcations captent l'attention des médias et de la communauté internationale. La France, par sa présence coloniale en Asie (protectorat du Tonkin et colonie française du Cochinchine) est alors une terre d'accueil pour les migrants Vietnamiens (les premiers à fuir la République Socialiste du Viêt Nam), Cambodgiens (fuyant les Khmers rouges(13) puis l'occupation vietnamienne) et Laotiens (contre la prise du pouvoir des communistes fondant la République Populaire et Démocratique du Laos, régime de parti unique).
Bien accueillis grâce à la mobilisation des structures officielles (avec les Centres provisoires d'hébergement, les familles d'accueil, associations d'accueil aux familles de réfugiés...), les réfugiés et migrants asiatiques de confession bouddhiste apportent une religion nouvelle au paysage confessionnel français. Comme pour l'islam, le bouddhisme comporte plusieurs courants (les « véhicules ») qui sont représentés au sein de l'Union bouddhiste de France (UBF) fondée en 1982 et, par là même, reconnus par les pouvoirs publics français et les autres religions. De plus, un temple tibétain est inauguré en 1985 à Paris et accueille l'Institut International Bouddhique.
Le bouddhisme est un culte rapidement accepté; il représente une certaine forme d'exotisme pour les pays occidentaux et ne pâtit pas de formes extrêmes médiatisées. En privilégiant l'action personnelle face au dogme, le bouddhisme est associé à un art de vivre qui a la faveur des Européens.

 

(5) Alain Boyer, L'islam en France, op. cit., p. 72.

(6) Gérard Noiriel, Immigration, antisémitisme et racisme en France (XIXè-XXè siècle). Discours publics, humiliations privées, Fayard, Paris, 2007, p. 525.

(7) Exception faite de la construction de la Mosquée de Paris inaugurée en 1926, subventionnée indirectement l'État et la ville de Paris sous couvert de la réalisation de « l'Institut musulman de la Mosquée de Paris » (bibliothèque, salle de cours...), la loi de 1905 interdisant les subventions attribuées à la construction de lieux de culte. Rappelons aussi que cette mosquée permet à la France de se poser comme une alliée des musulmans de métropole et de l'Empire colonial.

(8) Najib Kawtar, Immigration et pratiques religieuses. La question de l'intégration. Les disparités de pratiques religieuses dans les quartiers de Besançon, op. cit., p. 35.

(9) Olivier Roy, L'islam mondialisé, Seuil, Paris 2002, p. 65, cité par Alain Gresh, L'islam, la République et le monde, Fayard, 2004, p. 130.

(10) Alain Gresh, L'islam, la République et le monde, op. cit., p. 136.

(11) Jocelyne Cesari, Musulmans et républicains. Les jeunes, l'islam et la France, Complexe, Bruxelles, 1998, p. 35 reprise par Alain Gresh, L'islam, la République et le monde, op. cit., p. 136.

(12) Le droit d'asile (statut de réfugié) est accordé sur décision de l'Office française de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA).

(13) Nom officiel des membres du Parti communiste cambodgien.

 

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