Immigration et pratiques religieuses à Besançon - II.Migrations et pratiques religieuses dans les quartiers de Besançon

Sommaire

II. Migrations et pratiques religieuses dans les quartiers de Besançon

Les musulmans de Besançon peuvent pratiquer leur culte par le biais d'associations; l'association Sounna (association culturelle régionale de Franche-Comté) se trouve à la mosquée Sounna (dite « mosquée des Algériens ») dans le quartier de Saint-Claude. Le Centre culturel islamique de Franche-Comté présent à la salle de prière de Montarmots est né en 1987 sur une initiative d'étudiants musulmans afin de répondre aux besoins cultuels et éducatifs (cours d'arabe...) des musulmans. L'association culturelle des Turcs de Besançon et l'Amicale Franco-Turque de Besançon sont présentes à la salle de prière de Chateaufarine. Quant à l'association de la jeunesse musulmane de Besançon et à l'association islamique des Turcs de Besançon, ils se trouvent à la salle de prière des Clairs-Soleils. Le lieu de prière le plus fréquenté à Besançon reste la mosquée Sounna, suivie de la salle des Montarmots, de Planoise, des Clairs-Soleils et de Chateaufarine.
Grâce à une enquête réalisée auprès de quelques musulmans de Besançon, Najib Kawtar remarque que la croyance n'est pas toujours associée à la pratique; les cinq prières quotidiennes recommandée par l'islam ne sont pas toujours observées en raison de l'activité professionnelle ou le sont en période de fêtes religieuses. Le jeûne de ramadan est quant à lui nettement respecté face à l'Aïd el-Kebir; le sacrifice du mouton n'est pas toujours réalisable faute de moyens financiers. Pour  les étrangers interrogés, il est plus facile de pratiquer l'islam dans leur pays d'origine qu'en France car ils redoutent l'hostilité et le racisme. Pour les Français musulmans interrogés sur la même question, l'État français est le garant de leurs droits en matière de religion; il est possible d'être à la fois musulmans et citoyens français(14); l'islam est affaire personnelle comme les autres religions. L'islam souffre pourtant d'une mauvaise image construite autour d'évènements tels que le conflit au Proche-Orient, la révolution islamique en Iran, les opération terroristes et kamikazes. La représentation d'un islam monolithique nourrit les peurs et les fantasmes des Occidentaux, les confusions autour de l'islamisme qui « désigne des mouvements très disparates »(15) sont parfois transposées sur les musulmans français.

Les Cambodgiens de Besançon expriment aussi la volonté de pratiquer leur religion. C'est pourquoi ils créent le « Centre bouddhique » afin de fonder une pagode (un appartement HLM de Planoise) qui servirait de centre religieux à Besançon. Un bonze(16) est arrivé du Cambodge en 1982 afin de célébrer les cérémonies religieuses et guider les pratiquants mais il et depuis parti de la ville. Les Cambodgiens bouddhistes de Besançon s'en réfèrent donc aux bonzes de Lyon et Nancy.
Pour les Laotiens la situation est aussi complexe. Une partie d'entre eux, les Lao, ont recours à des pagodes extérieures à la ville et les Hmong pratiquent un culte des esprits qui nécessite une vie proche de la nature. Peu à peu leur religion s'atténue devant les difficultés qu'ils rencontrent localement.
Enfin, les Vietnamiens pratiquent une forme de bouddhisme différente (Mahayana). Depuis 1990 existe « l'association bouddhiste vietnamienne » à Besançon. Ils se réunissent à l'occasion de fêtes lors desquelles un bonze parisien fait le déplacement. En général, les adultes pratiquent leur religion tandis que les plus jeunes avouent méconnaître la doctrine bouddhiste.
À Besançon, les bouddhistes sont peu nombreux et peu d'entre eux sont pratiquants en raison du manque d'infrastructures et de représentants bouddhistes dans la ville.

Le paysage religieux français a évolué sous l'influence des différentes vagues migratoires. Le libre exercice du culte est garantit dans la République laïque française bien que des inégalités de faits s'appliquent sur les « nouveaux » cultes présents en France: difficultés pour obtenir des lieux de culte décents, des représentants religieux, lutte pour une meilleure représentation institutionnelle. Ces inégalités s'ajoutent aux problèmes sociaux, économiques dont souffrent, parmi d'autres, une partie des populations immigrées au moment où l'affaiblissement du mouvement ouvrier provoque la « marginalisation des identités socioprofessionnelles [...] au profit d'une ethnicisation illustrée par l'invention des « beurs » »(17). Alors que le thème de l'intégration utilise ce vocabulaire ethnico-racial, alors que la culture et la religion tendent à se substituer aux questions sociales, l'intégration religieuse peut devenir un problème d'actualité dans une République laïque, à l'heure où les fondements religieux de la France et de l'Europe sont mis en avant par le chef de l'État et où les autorités publiques se flattent de la nomination d'un « préfet musulman ».

Contribution de Clarisse Cathy, Diplômée du Master 2 en Histoire contemporaine et licenciée de Philosophie, Université de Besançon.

(14) Najib Kawtar, Immigration et pratiques religieuses. La question de l'intégration. Les disparités de pratiques religieuses dans les quartiers de Besançon, op. cit., p. 116.

(15) Alain Gresh, L'islam, la République et le monde, op. cit., p. 91.

(16) Le bonze est un religieux bouddhique, moine ou prêtre. Le monachisme bouddhique associe l'exigence ascétique au rôle social de l'enseignement de la doctrine bouddhiste (différente selon les régions), des valeurs morales.

(17) Gérard Noiriel, Immigration, antisémitisme et racisme en France (XIXè-XXè siècle). Discours publics, humiliations privées, op. cit., p. 676.

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