L'art de la passion

Artiste-Peintre et Maître en arts Plastiques, Grazyna Tarkowska, née en Pologne, vit et travaille en France.
Diplômée de l'Université Nicolae Copernic à Torun en Pologne, elle s'exprime par la peinture, la sculpture, des
performances, le dessin et la poésie.

Son art pictural, qui s'inscrit résolument dans le courant expressionniste, dispose d'une palette proche de la tradition coloriste française.
Elle a exposé en Europe, aux États-Unis et en Chine, à
l'occasion de l'Exposition Universelle à Shanghai (Voir son Site www.tarkowska.com).
Vivant actuellement à Besançon, le public bisontin a pu admirer en janvier-février 2011 ses toiles dont celles, captivantes, consacrées à la Citadelle de Besançon.

Citadelle de Besançon

Rencontre :
J'ai rencontré en la personne de Grazyna Tarkowska une artiste emplie de son art, de son travail. « On peut mettre du temps à trouver, à reconnaître sa voie. Pour cela, il faut beaucoup travailler ». Travail, constance, ténacité, recherche sont parmi les mots qui figurent dans le dictionnaire personnel de Grazyna Tarkowska.
Très tôt, elle s'est mise à dessiner, a su qu'elle voulait peindre. Pourtant, elle a failli faire des études de médecine en Pologne, son pays natal, mais dès les premières semaines, elle a compris que là n'était pas sa voie. Elle désirait peindre, rien d'autre. Peindre et par la suite transmettre, dialoguer.

Principes premiers :
Toute perception artistique se fait à partir d'une position simple et pourtant primordiale : « La musique, c'est écouter. La peinture, c'est regarder » D'autre part,l'artiste aime à rappeler que la création prend son essor à partir d'un commencement, d'une base : « A partir de trois couleurs : bleu, jaune, rouge, on peut réaliser une infinité de couleurs. De même qu'à partir des lettres de l'alphabet, une infinité de livres est créée »


Provocation :
TarkowskaUn tableau, affirme-t-elle en substance, est une provocation, une attente, un vide qu'il faut combler. Pour qu'un tableau existe, il faut arriver à la paix intérieure.
Peindre, c'est aussi une technique. Une technique, l'élaboration d'une parole personnelle. Elle insiste sur ce point.
Pour Grazyna Tarkowska, la peinture est, d'esquisse en esquisse, de tentative en tentative, de réalisation en réalisation, le déroulement d'un monologue intérieur, d'une méditation. Une intériorité affirmée mais qui ne suppose pas l'enfermement, l'artiste étant aussi en recherche d'un dialogue avec les autres.


Citadelle de Besançon :
Grazyna peint des paysages qui ne laissent pas indifférent. Les yeux captés s'attardent sur les toiles, s’imprègnent des couleurs rouge, noir, bleu... Ainsi, elle
a peint une série de citadelles de La Citadelle de Besançon qu'elle voit de sa fenêtre.
Tarkowska
Bonne nuit Besançon (2010) est le titre de l'une d'elles, avec, entre autres, des bleus magnifiques. Citadelle multipliée, déclinée selon les saisons, les heures, les perceptions visuelles et intimes de l'artiste. « Elle me manquera, lorsque je déménagerai ».
Les paysages sont de grands tableaux. Je regarde ceux qui sont accrochés dans le salon de sa maison mais elle me ramène d'autres de son atelier pour que je puisse les examiner à mon gré. J'observe, questionne. La plasticienne me dit qu'il lui est plus facile de peindre des paysages.

Visages :
TarkowskaElle peint des visages, des autoportraits saisissants. Autoportrait - Plus rien (huile sur toile, 2007) est l'un de ceux-là, particulièrement fort. Se devine une quête, une poursuite, un cheminement vers quelle forme, quel point d'aboutissement?
Ses visages sont habités par un monde, un univers qui les dépasse. Au sens où un visage, espace restreint, porte un monde quasi indicible, non repérable, non identifiable, mais que l'on pourrait ressentir, pressentir, frôler. Regarder, se tenir au bord de l'énigme.
Les yeux, prunelles, pupilles, globe oculaire, regards, sont des messagers, des miroirs, des ouvertures, des voies par lesquels se révèlent, dans leur mystère, leur étrangeté, les visages. Parfois, un sourire discret, nimbant un visage, nous suggère la distance d'un horizon à
atteindre.

Mains de l'artiste... :
TarkowskaImprégnée de foi mystique, Grazyna a composé des chemins de croix qui restituent l'intolérable, la bouleversante mise en souffrance de l'homme, de son abandon, de sa solitude. C'est ainsi que je les ressens. Elle peint des piéta. Des femmes enceintes. Des peintures déployant la palette de l'effroi, de la colère, de la souffrance, de la tristesse. Nul mieux que son Petit prince ne renvoie à l'enfant esseulé, pauvre, oublié, "réfugié". Vérité d'un monde impitoyable où les plus fragiles ne sont pas protégés.
Des mains de l'artiste sont sortis de vastes tableaux contre la guerre. Guerres d'Afghanistan, d'Irak, de Tchétchénie. Tout cela relève d'une ténacité, d'une énergie, d'une capacité à la la fois mentale et physique. Capacité à totalement habiter son lieu de création, son atelier lorsqu’elle peint. Travailleuse physique, habitée, prise, donnée. Lorsqu'elle en revient, elle est exténuée. Avant de revenir aux nécessités de la quotidienneté, il lui faut passer par l'eau bénéfique d'une douche régénératrice.

Sculptrice :
Grazyna Tarkowska est aussi sculptrice. Lors de notre première rencontre, elle m'a également donné à voir des photographies de quelques unes de ses performances. Figures de béton armé enflammées. Le regard que l'on pose sur les oeuvres d'un artiste n'est pas un regard sans risque d'émotion, de saisissement.
Lorsque j'ai vu ces figures, ces statues en flammes, il y eut en moi comme une fulgurance. J'ai pensé aux actes d'immolation par le feu qui venaient (continuaient) d'avoir lieu en plusieurs endroits du monde, notre monde. Des humains, de leurs mains, mettaient leurs corps en feu, exprimant un langage. L'art était là comme un écho.

Vivante :
Tarkowska« Je suis vivante. Mes sentiments sont brûlants quand je peins. Je peins avec toutes mes forces, avec amour » Ce qualifiant de violent qui lui est parfois renvoyé, concernant certains de ses tableaux, lui est assez incompréhensible.
« Il ne faut pas me dire que c'est violent. Mais maintenant cela me fait moins mal que l'on dise que mes toiles sont violentes. Quand il y a une bonne critique, c'est-à-dire une appréciation réfléchie, alors là, je veux
bien me battre ».
D'autre part, elle n'est pas, selon ses termes, pour « la peinture noire sur noir, la négation. Je ne veux pas la peinture noire. J'aime que la peinture serve. On ne sera jamais heureux si l'on oublie, si l’on efface l'essentiel. On devrait se donner la liberté d'accepter l'âme» «S'ouvrir. S'accepter. Se respecter. Aider un peu les autres », sont les infinitifs qui ponctuent la langue réflexive de Grazyna.
Elle est à une étape de son parcours esthétique où elle voudrait « travailler plus les visages », saisir leur énergie intérieure positive, arriver à en exprimer l'âme. Tendue vers cette quête, l'artiste souhaiterait sortir d'elle-même : «J'aimerais m'oublier ».
TarkowskaÉvoquant la problématique paradoxale du modèle, de sa présence, elle a ces mots : « Il me faut la personne que je veux peindre. Avoir un modèle, c'est en même temps dérangeant » Paradoxe se résorbant, bien sûr, dans la mémorisation, dans les « portraits de mémoire ».
Plaisamment lucide, elle dit : « En général, je sais quand j'ai fait une croûte. Après, allez savoir... La limite est très mince, on peut basculer dans la mégalomanie ! »
Son interrogation est constante. Le fait de remplir un support, relève-t-il de la création? La création, ce serait « montrer autre chose, ce qui n'a pas encore été dit... » L'art, ce serait aussi le mystère et le secret dont l'artiste aurait l'intuition...


Alliages :

TarkowskaGrazyna Tarkowska est faite aussi de la pâte de l'intranquillité, de la complexité, de la bataille. De la Pologne à la France - par son mariage -, du sud de la France à la Franche-Comté, de la langue polonaise à la langue française, il a fallu réinventer l'espace, déterminer sa place, tracer, graver un chemin. Assurer l'entre-deux, le passage d'une rive à l'autre, les allers-retours. Terreau riche, nourrissant ses démarches, ses questionnements existentiels et esthétiques. Une chose est sûre. Grazyna Tarkowska porte son art telle une passion.

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