« Une babouchka au paradis. »

Il y a onze ans, c’était plutôt l’enfer, celui de la guerre en Tchétchènie* qui a mis Khapta sur les routes.
Cette jeune babouchka, grand-mère en russe, berce son petit fils dans sa boutique de produits russes à Planoise, à l’enseigne RAY MARKET, « marché du paradis », nom donné par son prédécesseur.

« Je voulais la sécurité pour mes enfants . »
Bien qu’habitant Moscou, l’oppression dont sont victimes les tchétchènes l’oblige à quitter la Russie.
Parce qu’un membre de sa famille s’y trouve déjà, elle arrive à Besançon avec ses trois petites filles en septembre 2000. Elle a d’abord été hébergée dans les structures d’accueil de demandeur d’asile rue Gambetta, ensuite au Forum durant un an et demi, au foyer Sonacotra puis aux Roseaux.

Photo BVV

« Les assistantes sociales au CCAS m’ont beaucoup aidée. »

Khapta est embauchée chez Belot, dans la filière viande, un travail difficile dans le froid, mais qui lui permet d’obtenir la régularisation de sa situation administrative.
« J’ai appris le français toute seule, avec les enfants, les collègues, les voisins. »
« A Groznyï, j’ai fait des études d’économie, tout en travaillant, avec les cours du soir, j’ai l’équivalent de bac + 5. En Ingouchie*, je vendais des vêtements, puis à Moscou j’ai tenu un petit magasin d’alimentation, avec petite restauration. »

Elle travaille ensuite au Flunch, et prend un congé sans solde pour reprendre ce commerce d’alimentation en produits frais et conserves d’origine russe, après une préparation à la création d’entreprise pour les femmes. (BVV de septembre 2011)

« Depuis 4 mois je travaille tous les jours pour installer ma clientèle. Il y a environ une trentaine de familles tchétchènes à Besançon, des russes, des polonais, des couples mixtes, des personnes de l’ex-bloc soviétique qui trouvent ici les produits de leur pays. Certains viennent depuis Dole. L’association franco-russe Les amis de Tver m’a bien aidée. »

Même si Khapta trouve qu’en France les complications administratives sont nombreuses, elle apprécie son pays d’accueil et particulièrement Besançon.

« J’ai senti à mon arrivée un grand pays démocratique, avec des gens chaleureux, gentils, quelquefois intolérants, mais comme partout. J’aime Besançon, qui me rappelle mon pays. Comme chez moi c’est boisé, il y a des collines, il fait moins froid et il y a moins de neige. Je parlerai de la Tchétchènie à mes petits enfants, ce sont leurs racines, il ne faut pas oublier, sinon on perd le sens de la vie. »

Ses trois filles continuent à parler tchétchène, la plus jeune, qui avait un an à son arrivée, se sent entièrement française, les 2 autres appartiennent aux 2 cultures.

Khapta aimerait que son commerce se développe, elle a des idées pour cela, malgré la charge de  travail. Elle regrette de ne plus avoir beaucoup de temps à consacrer à sa parcelle de jardin familial à la Malcombe, pourtant indispensable à son économie et à son équilibre, son lien avec la nature.

Malgré les souvenirs douloureux remués et qu’elle n’a pas souhaité évoquer, Khapta est heureuse d’avoir pu apporter sa contribution et son témoignage au site migrations à Besançon.

« C’est encore trop tôt, je ne suis pas prête, mais cela m’a fait du bien de parler, et si cela peut servir à d’autres, donner de l’espoir, donner envie de faire quelque chose ici, alors je suis contente. »

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Tchétchènie : république du Caucase appartenant à la fédération de Russie, capitale Groznyi.

Ingouchie : plus petite république du Caucase (2700 km2), voisine de la Tchétchènie, faisant partie de la fédération de Russie, et où beaucoup de tchétchènes ont trouvé refuge lors des deux guerres menées par les Russes contre leur pays en 1994-1996 et en 1999 . La capitale est Magas.

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