Insertion professionnelle ? Pas facile.

Je suis issue d’une famille de 9 enfants de la classe moyenne sénégalaise. Mes parents étaient très instruits, papa travaillait pour une compagnie pétrolière et maman à Air Afrique.

Ce qui nous a permis, enfants, de voyager en Afrique et en Europe. J’ai ainsi eu un premier contact avec Besançon, par relation, j’avais beaucoup aimé cette ville.

Après mon bac, je voulais être hôtesse de l’air, mais mon père me poussait vers le milieu bancaire. Quand j’ai fait des demandes d’universités, j’ai été admise à Besançon. Je suis donc arrivée fin 1989 à la Bouloie où j’ai passé mon DEUG d’économie générale.

PortraitLa transition entre la chaleur d’une maisonnée de 9 enfants en Afrique et ma petite chambre d’étudiante a été très difficile. Malgré la présence active de la communauté étudiante sénégalaise, j’ai déprimé. Mais le goût de l’indépendance toute nouvelle m’a aidée à reprendre le dessus. Il m’a  fallu faire avec la froideur de l’accueil des étudiants français, si bien que l’on se retrouve vite entre soi, dans un petit cercle d’étudiants sénégalais.
Une seule bisontine m’a accueillie chez elle, je leur ai fait un poulet yassa, spécialité de chez moi. Je voudrais bien la retrouver et renouer avec elle et sa famille.

J’avais du mal à suivre les cours, je trouvais que les professeurs parlaient beaucoup plus vite qu’au Sénégal. J’ai dû m’adapter au français local, différent de celui que je pratiquais en Afrique. Je faisais certains cours deux fois pour mieux comprendre, j’étais souvent perdue, avec toujours un temps de décalage pour comprendre les blagues ….

Après le DEUG, je suis partie à Dijon me spécialiser dans la finance, afin de pouvoir travailler dans les banques comme le souhaitait mon père. J’ai obtenu ma licence, une maîtrise et un DEA. J’ai commencé une thèse, tout en cherchant du travail en Franche-Comté, mais le milieu bancaire est très fermé. Je voulais être gestionnaire de risques de crédit. Je décrochais des entretiens, mais je n’étais jamais prise. J’avais l’impression de ne pas m’être exprimée clairement. Malgré un stage positif à la Caisse d’ Epargne, je n’ai pas été embauchée. Je pense que ma compétence n’a jamais été mise en cause, mais en fait l’institution bancaire, à la fin des années 90, n’était peut-être pas prête à avoir du personnel noir, surtout aux guichets ! Je pense que cela n’a pas beaucoup changé, et que l’on nous voit surtout faire le ménage.

J’ai fini par développer un vrai complexe d’infériorité, persuadée que je devais toujours en faire plus que les autres pour être acceptée et considérée à ma juste valeur. C’était une période difficile, je manquais de confiance en moi et me posais beaucoup de questions. Je désirais plus que tout m’intégrer au monde du travail, mais les employeurs  ne devraient-ils pas aussi faire un pas vers nous ?
J’ai fait des ménages en maison de retraite pendant les vacances, là il n’y a pas eu de problèmes, je n’avais rien à prouver …
J’ai finalement renoncé au milieu bancaire, j’en avais assez que l’on me réponde que j’étais trop diplômée. Il m’aurait fallu quitter Besançon pour trouver un emploi dans une plus grande ville.

J’ai finalement décroché un poste d’assistante à temps partiel dans une petite entreprise de publicité et marketing. Le directeur était très ouvert, la secrétaire était turque. Il m’a en quelque sorte « sauvée » et m’a redonné la confiance qui m’a manquée. J’y suis restée un an, jusqu’à la fermeture de l’entreprise.
J’ai ensuite cumulé des emplois à mi-temps, dont un à l’ ANPE comme agent d’accueil au point cadre. J’ai ainsi eu en face de moi comme demandeur d’emploi un cadre d’une banque avec qui j’avais eu un entretien quelques années auparavant, et un DRH qui m’avait reçue pour un emploi. A l’époque il était comme « Dieu », là, c’était le revers de la médaille ! Je l’ai accueilli normalement. Je m’entendais très bien avec mes collègues. Quatre d’entre eux m’ont accompagnée au Sénégal et ont été reçus dans ma famille pour des vacances, certains sont toujours des amis.

Puis pendant plus de 3 ans j’ai été assistante marketing chez Citroën. Le directeur a cru en moi, il fait partie des gens que je n’oublierai pas. Il avait confiance en mes capacités et m’encourageait. Après un licenciement économique, j’ai fait des candidatures spontanées. Je suis devenue commerciale au CRDP, je m’occupais de la gestion des stocks en documents pédagogiques, des commandes, du suivi. Cet univers professionnel était très différent... C’était beaucoup moins agressif que le monde de l’automobile.
Cela m’a plu, mais sans perspective d’évolution, j’ai passé des concours, je voulais travailler dans le social. Ma candidature spontanée au CCAS a été retenue.

Je suis maintenant intermédiaire entre les ressources humaines de la ville de Besançon et le service soutien à domicile, m’occupant de la préparation de la paie, de la gestion des besoins prévisionnels d’embauche …
Depuis un an j’ai une mission supplémentaire, je suis chargée de la mise en œuvre des règles d’hygiène et de sécurité, de l’analyse des accidents du travail et de la mise en place des mesures de prévention. Cela me sort des tâches administratives, je suis en contact avec les agents et quelquefois les usagers, ce qui m’oblige à développer mon sens de la communication, et à m’exprimer en public.

J’ai acquis la nationalité française par mariage, j’ai un enfant. Mon fils ne parle pas wolof car je voulais qu’il apprenne et parle bien le français. Maintenant je regrette de ne pas l’avoir élevé dans le bilinguisme, car c’est une richesse. Il comprend quelques mots, car quand nous sommes en vacances au Sénégal, je demande qu’on ne lui parle qu’en wolof.

Je n’ai pas mené à bien la thèse entreprise à la fin de mes études. Pourtant le sujet et les 2 années de recherches m’ont passionnée. A l’époque je pensais retourner vivre en Afrique, j’étais bien dans mon pays. Les circonstances de la vie en ont décidé autrement.
Pour ma thèse, je me suis intéressée au problème de la dette des pays d’Afrique de l’ouest. Pour ma maîtrise, j’avais fait un mini-mémoire sur ce sujet, après un stage à Dakar à la Banque Centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest. A cette occasion, j’ai compris que l’Afrique n’était pas indépendante financièrement. C’est la France qui fixait le prix des matières premières. L’aide de la France générait et alimentait la dette. Lors de la soutenance, beaucoup de professeurs et d’étudiants sont venus, le débat a été très riche, j’étais fière, malgré mon trac !
Dans la suite de mes recherches, je voulais faire le suivi des prêts de façon précise. Où va l’argent de l’aide ? Car, sur 1000 euros, par exemple, seuls environ 10 arrivaient au projet final. Je voulais mettre en évidence les difficultés, trouver les causes de cet état de fait, et essayer d’apporter des solutions concrètes. Mes directeurs de recherches m’orientaient vers des analyses théoriques, alors que j’étais très motivée pour travailler sur des cas concrets. J’ai fini par abandonner…

Avec le recul, je me rends compte que dans mon parcours, il y a toujours eu quelqu’un sur ma route qui m’a aidée dans les difficultés, m’a encouragée quand ça n’allait pas, a cru en moi quand j’en avais besoin. Je dois beaucoup à ces personnes, et je voudrais bien les retrouver pour leur dire là où j’en suis et les remercier.

Partager cette page :
  • « Une babouchka au paradis. »

    Il y a onze ans, c’était plutôt l’enfer, celui de la guerre en Tchétchènie* qui a mis Khapta sur les routes.
    Cette jeune babouchka, grand-mère en russe, berce son petit fils dans sa boutique de produits russes à Planoise, à l’enseigne RAY MARKET, « marché du paradis », nom donné par son prédécesseur.

  • Quand Ivo Andric et Victor Hugo se côtoient

    Né en 1984 à Travnik en Bosnie, Dejan, qui se dit enfant de la guerre, est maintenant chef d'entreprise. Il dirige l'entreprise familiale Façades Bisontines, lauréate de nombreux prix. Que de ponts fallait-il traverser et construire ! Tout en Dejan témoigne d'une envie de vivre, d'une détermination et d'une ouverture au monde. Son histoire, il se l'est appropriée et nous la livre.

  • De la Championne sportive à la femme d’affaires

    Je m’appelle Isabelle SOME. J’avais 14 ans, et je vivais ma vie de collégienne à Bobo-Dioulasso, au Burkina Faso. C’était un âge d’or car, avec mes trois frères, mes amis, et l’ambiance juvénile de notre naïveté, ... que de bonheur ! J’étais championne nationale du 100 mètres, une gloire locale. Mon père, dans ses activités agro-pastorales, avait des chevaux qu’il louait aux touristes pour des promenades.

  • La vie dure et les rêves doux d’un péruvien

    Une histoire de vie d’un homme venu de l’autre bout du monde à Besançon. José, le péruvien-français nous raconte son périple, en espérant que ses mots traverseront les océans et les terres, afin de se poser devant celle qu’il aime : sa fille.

  • Artisan d'art : le parcours du combattant

    Je viens de Naples, où j'ai rencontré mon mari qui, lui, est français. Je suis venue en France pour vivre avec lui.
    Je suis arrivée à Besançon en janvier 2010, mais j'ai le sentiment d'avoir commencé réellement à y vivre en septembre.