La vie dure et les rêves doux d’un péruvien

Une histoire de vie d’un homme venu de l’autre bout du monde à Besançon. José, le péruvien-français nous raconte son périple, en espérant que ses mots traverseront les océans et les terres, afin de se poser devant celle qu’il aime : sa fille.

La vie d’avant

Je m’appelle José INGARUCA. Je suis originaire du Pérou et né dans les hauts plateaux de la région d’Huancayo (au centre du pays). Mon village se trouve en altitude à environ 3700 mètres. Je parle espagnol et quechua. J’ai grandi dans une famille de sept enfants (deux sœurs et cinq frères). Mon père était très violent. Surtout avec ma mère. Moi, il me traitait de feignant. Je ne pouvais plus supporter l’«enfer» familial. J’avais douze ans quand j’ai quitté ma famille. Je suis parti  à Lima (la capitale du Pérou), chez ma tante qui m’a hébergé. Je lui dois beaucoup. Cependant, la vie là-bas était difficile aussi. Je mangeais une fois par jour ; souvent ce n’était que du pain et du jus de banane. Je me souviens encore des odeurs qui se dégageaient des plats des restaurants. En passant  devant,  je rêvais d’être à l’intérieur… Enfin, maintenant quand j’y pense, j’aurais pu devenir un voleur ou un drogué… J’avais des amis qui se droguaient. C’était facile de tomber dans ces pièges. Mais je voulais être quelqu’un de bien. J’allais à l’école et après je faisais le ménage.

Le frère et la mère de José

A dix-sept ans,  j’ai voulu faire le service militaire, mais avec ma taille et mon poids (rire)… J’étais trop maigre et petit, donc ils ne m’ont pas accepté. Enfin, j’ai obtenu mon BAC. J’ai trouvé du travail comme mécanicien dans une compagnie américaine et j’y ai travaillé pendant deux ans. J’ai enchainé plusieurs contrats. Quand il me restait de l’argent, j’en envoyais à ma mère. Je lui écrivais des lettres. Je ne l’ai pas vue pendant cinq ans.
Un jour, j’ai décidé de partir pour la « Zone Rouge », une zone à risque. Les dealers de drogue, des narcos, d’autres trafiquants et criminels me payaient pour mes services de mécanicien. La drogue circulait, afin d’être vendue  en Europe.  Moi aussi j’étais dedans. J’étais « ivre » de l’argent facile qui coulait à flot. Mais, mes économies sont parties en un seul jour. Je me suis fait piller.
Ensuite,  j’ai trouvé du travail chez un particulier, et je suis resté là-bas quatre ans. En 1991-1992, j’ai vécu des moments difficiles car c’était la période dite du « Sentier Lumineux ». La population civile a été prise entre la violence terroriste de la guérilla et la violence contre-terroriste de l’Etat. C’était une époque où je faisais tout pour survivre, dans l’inquiétude de l’avenir.

Un repas au Pérou

Heureusement,  j’ai pu fuir en Guyane. Dans ce gigantesque département français situé en Amérique du Sud,  je vivais comme « une souris » car je n’avais pas de papiers en règle. J’ai trouvé du travail au noir, et quand je ne travaillais pas, je me cachais.  Ca a duré pendant quatre ans. Enfin, mon patron m’a fait une carte de séjour de 1 an. J’ai travaillé aussi comme chercheur d’or. J’étais  orpailleur dans les mines d’or à Regina pendant trois ans. Le travail était dur. On travaillait tôt le matin jusqu’à tard le soir dans des conditions très difficiles. Après cette expérience, je suis parti à Kourou (une grande ville de Guyane) et j’ai trouvé du travail comme mécanicien. Mon salaire était misérable, mais le plus dur c’était la discrimination. Là- bas, les péruviens étaient très mal vus. Il fallait vivre avec ça.
JoséEnsuite, mon histoire se poursuit aux îles du Salut (trois îlots d'origine volcanique rattachés à la Guyane, et situés à quatorze kilomètres au large de Kourou). J’ai trouvé du travail comme paysagiste dans un complexe touristique. Néanmoins, mon rêve était de continuer mes études et de devenir mécanicien-technicien pour les camions. Grâce à mon titre de séjour, j’ai pu passer des tests d’aptitude au Pôle Emploi en Guyane et ensuite j’ai pu intégrer une formation professionnelle à l’AFPA à Pau, en France.
Six mois après, j’ai obtenu mon diplôme et j’ai décidé de m’installer définitivement en France.  Au départ,  j’étais hébergé chez un ami français à Dole. Il a un grand cœur, je lui dois beaucoup. Mais après son mariage, je suis parti. 
Mon niveau en français était moyen ; en Guyane j’avais appris le minimum, seulement pour me « débrouiller ». C’est pour cette raison que j’ai demandé à suivre des cours de français au CLA de Besançon. Je n’y suis resté que trois semaines ; les cours au CLA sont très chers…
Suite à ça, j’ai alterné des périodes de travail en intérim et de RMI … Mais, j’avais toujours cette soif d’apprendre qui m’a poussé  à aller plus loin. Je n’ai pas baissé les bras. En 2007, je suis entré en formation à l’AFPA à Nevers et j’ai obtenu un diplôme de technicien en reconstruction des moteurs thermiques.  Plus tard, j’ai eu le permis D (pour la conduite d’autocars). L’entreprise  « CTV Keollis bus » m’a proposé un CDI. Je suis salarié chez eux actuellement.

Diplômes

La vie, ma vie en France au-delà du travail

En 2005, j’ai obtenu la nationalité française. Désormais, je peux voyager sans crainte au Pérou et je pars en vacances tous les ans. En 2006, pendant mon séjour là-bas,  j’ai eu une histoire d’amour avec une femme. En 2007, notre fille est née. Hélas, cette femme était mariée et son mari ne voulait pas divorcer… On est donc, condamné à être séparé et nous voir qu’une fois par an. On s’appelle souvent. Ma fille maintenant a cinq ans et elle me connait peu. Mais je lui envoie de l’argent, je lui achète des cadeaux et j’accepte aussi de faire ce témoignage pour elle. Si demain il m’arrive quelque chose, elle pourra mieux connaitre ma vie. Et elle saura que je l’aime tant !

J’imagine souvent ma retraite : au Pérou, avec ma fille et sa mère on aura un restaurant. On sera heureux et à côté il y aura un terrain de tennis, ma passion. Je donnerai des cours… ah, le rêve !
Pour l’instant je vis seul. A Planoise, dans un appartement. Les journées se ressemblent. Je pars au travail, je joue au tennis, je suis souvent seul chez moi. Avant, je disais : lire c’est perdre du temps…Maintenant, je lis aussi. Je fais de la peinture. En ce moment, je suis en train de peindre le portrait de ma fille…
J’ai des amis, mais chacun a sa vie et moi je ne veux pas les déranger. J’ai plus d’amis d’origine étrangère : une japonaise, un espagnol, un birman, des péruviens… je m’implique également dans une association péruvienne.

Collocataires

J’aimerais  aussi rendre hommage à un ami français, décédé récemment. J’étais locataire chez lui et on est devenu proches. Il a eu un cancer. Il me faisait penser à mon frère qui avait la même maladie au Pérou. Comme je n’ai pas pu rendre visite à mon frère, j’ai consacré beaucoup de temps à cet ami. La vie est surprenante. Et passe si vite.
Pourtant, elle n’est pas finie ! Peut-être qu’un jour je partirai au Canada ou en Suisse, j’y songe… Mais de sûr, pour ce Noël, je partirai au Pérou voir ma fille.

Le tennis, la passion de José

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