L'intégration des immigrés par l'économie; enjeux et difficultés

Sommaire

Les raisons qui poussent les hommes à migrer d'un pays à un autre sont bien souvent liées à un rapport économique inégal entre les États, les régions.

La destination des migrants est motivée par les représentations qu'ils ont -et qui leurs sont données- d'un pays où ils pourraient vivre, travailler, s'installer; des conditions économiques et sociales plus favorables, des opportunités qui semblent plus larges...
Les pays d'accueil aussi initient les mouvements migratoires en faisant appel à des travailleurs immigrés afin de répondre à la demande locale de main-d'œuvre. C'est le cas de la France, pays d'immigration ancienne (le milieu du XIXème est le théâtre du développement d'une immigration industrielle) qui, au lendemain de seconde Guerre Mondiale, voit dans l'immigration la possibilité de résoudre les difficultés économiques et démographiques du pays; d'Europe puis des colonies les immigrés participent à la reconstruction de la France.
Ces entrées de travailleurs étrangers sont, par la suite, suspendues. En 1974, sous la présidence de Valéry Giscard d'Estaing, l'arrêt officiel de l'immigration de travail puis la politique de regroupement familial marquent un tournant dans la perception de l'immigration et de la « question immigrée » en France. Dans l'actualité politique et publique, il n'est plus question du clivage entre nationaux et étrangers mais de l'intégration des populations immigrées à la nation française: « le thème de « l'intégration » va fonctionner comme une grille de lecture permettant de relier l'actualité internationale, la question sociale et la politique intérieure »(1).
Quels sont alors les enjeux et les difficultés de l'intégration des immigrés installés durablement sur le territoire français? Comment s'organise la politique d'intégration des immigrés en France? Quelles en sont les applications à travers l'exemple de la Franche-Comté et de Besançon?

 

Dans l'idéal, « étudier « l'intégration » c'est étudier le processus grâce auquel les discriminations qui pèsent sur les immigrés au départ doivent progressivement disparaître »(2). Ainsi, il s'agirait de déterminer les actions envisageables sur plusieurs champs d'intervention (dispositifs d'aide, accès à l'emploi, au logement et aux prestations sociales, scolarisation, etc) afin de réduire les disparités économiques et sociales sources de stigmatisations.

 

I. La situation française

C'est au cours des années 1870 que le thème de l'intégration des immigrés s'impose dans les sphères politiques et publiques. Auparavant, les immigrés dits de « première génération », installés sur le sol français dans l'entre-deux-guerres notamment, ne sont pas l'objet principal d'un débat public alors focalisé sur la décolonisation. Gérard Noiriel parle « d'intégration silencieuse »(3) pour ces immigrés dont l'intégration progressive à la société française s'est faite au sein des quartiers, des entreprises, de la cellule familiale, par les loisirs, la religion... tout en ayant la volonté de faire perdurer la mémoire de leurs origines respectives. La seconde génération est, quant à elle, plus largement rendue visible, notamment au début des années 1980, au moment de la communication de masse, de la montée de l'extrême droite, de la crise économique et de la prise de conscience du caractère permanent de l'immigration. Le débat sur l'intégration des populations immigrées relèvent donc bien plus d'un questionnement sur la présence d'origines ethno-culturelles différentes au sein d'une nation que sur les rivalités et les inégalités entre les « nationaux » et les étrangers.
« En France, la politique d'intégration est d'abord une politique d'État »(4) qui passe, en amont, par la maîtrise des flux migratoires et, en aval, par la participation de tous les individus à la vie collective. En 1977, est alors créée l'ICEI (Information Culture Et Immigration), fusion de l'Office National pour la Promotion des Cultures Immigrées (ONPCI, datant de 1975) et du Centre d'Études et de Documentation sur l'Immigration (CEDIM). En accord avec les gouvernements des pays d'origine, la politique de valorisation des cultures des immigrées entretient les envies d'éventuels retours au pays. C'est en 1982, sous le gouvernement socialiste, que l'ICEI devient l'ADRI (l'Agence pour le Développement des Relations Interculturelles). Cette transformation marque un tournant dans la politique d'intégration française. « L'arrivée à l'âge adulte de la seconde génération de l'immigration remplace la figure du travailleur immigré par celle des enfants de l'immigration qui ont grandi en France. La seconde génération devient le symbole de la mutation identitaire provoquée par l'immigration »(5); cela marque les prémices du « modèle français » en matière de politique d'intégration, c'est-à-dire accepter une société pluriculturelle et combattre les discriminations.
Aussi, la « repolitisation de la question de l'immigration »(6) permet la création du Haut Conseil à l'intégration (HCI) en 1989 par le gouvernement de Michel Rocard. Composé d'experts, le HCI à pour mission de mesurer l'intégration des immigrés, nomenclature définie selon le lieu de naissance et non plus d'après la nationalité(7); « c'est plus l'origine que le statut juridique des personnes qui prime puisque les « immigrés », ce sont désormais les individus nés étrangers dans un pays étranger. »(8). Cette nouvelle tendance à « l'ethnicisation » met de côté les facteurs économiques et sociaux et développe un discours sur l'intégration basé sur l'importance du respect des valeurs propres à la société française. Malgré tout, il existe plusieurs façons de cerner la question de l'intégration et « la situation professionnelle des immigrés constitue l'un des principaux indicateur de leur intégration à la société française »(9), comme la mobilité sociale. Il ne s'agit pas de mesurer l'intégration mais d'en explorer un domaine.


(1)    Gérard Noiriel, Immigration, antisémitisme et racisme en France (XIXè-XXè siècle). Discours publics, humiliations privées, Fayard, Paris, 2007, p. 614.

(2) Ibid., p. 526.

(3)    D'après le titre « L'intégration silencieuse », Gérard Noiriel, Immigration, antisémitisme et racisme en France (XIXè-XXè siècle), op. cit., p. 524.

(4)    Audrey Maurin, L'intégration des immigrés par l'économie, mémoire de maîtrise de géographie, 2000-2001, UFR SLHS Besançon, p. 13.

(5)    Angélique Escafé-Dublet, « L'État et la culture des immigrés, 1974-1984 », dans Histoire @ Politique, Politique, culture, société, revue électronique du Centre d'histoire de Sciences Po, n° 4, janvier-avril 2008.

(6)    Gérard Noiriel, Immigration, antisémitisme et racisme en France (XIXè-XXè siècle), op. cit., p. 644.

(7)    L'Ined redéfinit ainsi le statut administratif des immigrés.

(8)    Gérard Noiriel, Immigration, antisémitisme et racisme en France (XIXè-XXè siècle), op. cit., p. 643.

(9)    Audrey Maurin, L'intégration des immigrés par l'économie, op. cit., p. 29.

 

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