Témoignage d’un maçon venu de Turquie en 1974 - Conditions d'accueil

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Conditions d'accueil

Vous êtes venu seul, au départ il n'y avait que des hommes ?

Pas de femmes. Que des hommes.

Vous aviez quoi comme bagages ?

Des habits pour me changer. C’est tout. Un peu d’argent que nous avait donné le patron pour acheter à manger. On était dans des baraques qui faisaient neuf mètres carrés pour quatre personnes. Des baraques qui étaient à côté des chantiers. Neuf mètres carrés pour quatre personnes pour manger, dormir. On avait des lits superposés : une personne en bas, une personne en haut ; ça fait quatre personnes pour manger et dormir.

Et pour se laver ?

À l’extérieur il y avait une autre baraque, mais on ne pouvait pas bien prendre notre douche. Les toilettes aussi étaient l’extérieur. Pas propres non plus.

C’est une période qui était dure, où il y a de bons souvenirs ?

Pour moi, tout est bien. Ce sont de bons souvenirs. Cela m’a permis de connaître beaucoup de personnes. Et grâce à ça, j’ai pu élever mes enfants ici. Ce que j’avais lu dans les livres quand j’étais petit, c’était vrai. Je n’ai pas rencontré de mauvaises personnes. Par contre, j’ai souffert pour élever mes enfants, pour les faire grandir. Ma femme et moi on a souffert pour les enfants.

C’est ça qui vous a permis de continuer pour votre femme et vos enfants ?

Surtout pour les enfants. Des fois on ne mangeait pas ou alors beaucoup de patates, des patates... On se privait pour les enfants. En France, les gens vivent beaucoup pour eux-mêmes, mais moi je vis pour mes enfants.

Les gens qui vivaient avec vous dans les baraques c’était aussi des Turcs ?

Oui. C’était des Turcs.

De la même région que vous ?

Non, on venait un petit peu de partout en Turquie.

Quand vous êtes arrivés, vous pensiez rester longtemps ?

J’étais fonctionnaire à Adana. Je travaillais, j’ai acheté une maison. Et quand j’ai commencé à construire, je me suis endetté. C’est pour cela que j’ai postulé pour travailler en France. Je me suis dis : en travaillant deux ans en France, je paye mes dettes et retourne en Turquie pour reprendre mon travail et y vivre. Une fois que je suis arrivé ici, je n’ai pas pu retourner. Surtout maintenant, je ne pourrai plus retourner. Les enfants sont nés ici, ils ont la nationalité française. Moi, j’aime beaucoup la France. Pourquoi retourner ? Non. Mon pays est ici, c’est tout.

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